Monsieur le Président de l’UDPS,
Votre Mémorandum destiné au Secrétaire Général de
l’ONU et à la Communauté Internationale réjouira sans doute les agresseurs et
les terroristes étrangers, leurs complices nationaux ainsi que les dinosaures impunis qui
ne cessent de faire pression sur le Président Kabila afin qu’il consacre
l’impunité en les reconduisant au pouvoir au nom de la démocratie.
Au cours de cette semaine, la Chambre des Représentants,
démocratiquement élus aux USA, a violé notre conscience et notre liberté de choix en
nous imposant et en imposant à nos enfants les images et les sons pornographiques.
Beaucoup de pays avaient décidé de censurer ces révélations pornographiques et cette
tentative d’assassinat médiatique d’un être humain. La nausée
provoquée par cette démocratie américaine, l’indignation généralisée, est
venue corroborer notre thèse de la démocratie comme n’étant ni un idéal ni
un modèle pour l’Afrique.
Ce que nous voulons dire est que votre Mémorandum
n’était pas très différent du rapport pornographique de Mr. Starr. Nous
dirions même qu’il est pire. Car Starr est seulement allé trop loin dans son
enquête, dans sa recherche de la vérité et dans l’instrumentalisation de
cette vérité pour nuire à un " Ennemi ", tandis que vous, vous soutenez des
contre-vérités et des aberrations politiques sur la situation de notre pays.
Nos critiques se rapportent aux points suivants : 1)
Silence autour de la campagne gouvernementale pour une solution diplomatique, 2) Faux
rapports sur les causes de l’agression, 3) Votre préoccupation des intérêts
ougando-rwandais : mensonge ou caméléonisme politique, 4) Caractère irresponsable de
vos recommandations.
I. Silence autour de la
campagne gouvernementale pour une solution diplomatique
La SOCICOE est d’accord avec vous sur le fait
que la solution durable à la crise qui déchire depuis 1994 la Région des Grands-Lacs
sera du registre politique et diplomatique. La condition sine qua non de paix dans cette
Région demeure la démocratisation du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda ainsi
que la réconciliation véritable des peuples rwandais et burundais, devenus prisonniers
du cercle vicieux, voire infernal de la violence.
C’est pour cette raison que le Gouvernement
Congolais avait initié à l’occasion du premier anniversaire de la Nouvelle
République du Congo, une Rencontre Internationale sur les problèmes de cette Région et
vous savez très bien que les pays directement concernés ont boycotté cette rencontre.
Vous avez aussi remarqué les efforts déployés depuis un
mois par le Gouvernement Congolais pour ramener par la voie diplomatique les agresseurs à
se retirer de notre territoire.
Cependant, vous semblez n’avoir pas suivi tous
ces efforts diplomatiques déployés par le Gouvernement Congolais en vue
d’éviter le versement inutile du sang.
II. FAUX RAPPORT SUR LES
CAUSES DE L’AGRESSION DE NOTRE PAYS
Pire encore, vous avez transmis au Secrétaire Général
des Nations Unies un faux rapport sur la crise congolaise.
Mukulu Tshisekedi wa Mulumba, n’êtes-vous pas
le premier à avoir tenu au mois de mais 1997 un discours presque xénophobique, exigeant
le départ de nos Alliés de l’Est ? Comment se fait-il qu’au lieu de
soutenir le Président Congolais dans sa décision de mettre fin à la présence sur le
sol congolais de ces Troupes ougandaises, ruandaises et burundaises, vous vous êtes mis
à défendre les intérêts de ces agresseurs?
Tout en sachant très bien,
primo, que les causes principales de cette guerre
sont le refus du Président Kabila de satisfaire aveuglément les intérêts et les
caprices des " négriers économiques ", la paralysie de l’élan
économico-politique pris par les pays de SADC et le NON ferme que Kabila a opposé aux
intentions hégémoniques de Moseveni et de Kagame,
secundo, que cette agression a été déclenchée
au moment où le Président de la République a pris la décision de satisfaire à
l’une de vos propres recommandations et des revendications majeures de notre
Peuple,
tertio, que l’Ouganda, le Rwanda et le
Burundi ont reconnu eux-mêmes directement ou indirectement la présence de leurs troupes
sur le sol congolais, donc l’acte de violation du principe de
l’intangibilité des frontières congolaises, vous osez, Mukulu Tshisekedi wa
Mulumba, présenter au monde cette agression extérieure comme étant une crise purement
intérieure due à l’absence de démocratie et d’un Etat de droit.
Nous vous citons : " Les causes de la crise se trouvent essentiellement à
l’intérieur même de la RDC à savoir : absence de démocratie et de
l’Etat de droit, violation des droits de l’homme et des libertés
".
Comment expliquer une telle déformation des faits
historiques et politiques ? Nulle part, vous ne parlez de l’agression. Votre
Mémorandum, œuvre d’une paresse intellectuelle manifeste, a tout
simplement plagié la Déclaration du mois d’août de l’Union
Européenne.
Vous avez osé justifier l’agression contre le
Congo, la présence des troupes ougandaises, rwandaises sur notre sol et nous nous
demandons si vous êtes réellement un politicien responsable. Vous soutenez
l’agression ougandaise et burundaise contre le Congo, car le Congo serait, selon
vous, incapable d’ "empêcher les forces rebelles de ces deux pays
d’utiliser le territoire congolais comme base arrière ou voie pour attaquer
leurs pays ". Peut-on, en âme et conscience, confier la responsabilité des
Institutions de l’Etat (Président, Gouvernement, Parlement, Pouvoir judiciaire)
à une personne qui tient un tel raisonnement ?
III. VOTRE DÉFENSE DES
INTÉRÊTS OUGANDO-RWANDAIS: PREUVE DU CAMÉLÉONISME POLITIQUE ET DE LA HAUTE-TRAHISON
Ce raisonnement se fonde sur un mensonge et ne se gêne
même pas de ses propres contradictions.
Vous savez très bien que jusqu’au jour où le
Président de la République a pris la décision de rapatrier les troupes alliées,
l’Est du Congo était pratiquement et à majorité contrôlée par des soldats
ougandais et rwandais, donc par " des patrouilles militaires conjointes ". Vous
aviez essayé de mettre les crimes qu’ils commettaient dans cette zone sur le
dos du Président Kabila et vous aviez exigé leur départ. " Mon Frère est
prisonnier " de ses Alliés, disiez-vous en parlant de Kabila. Aujourd’hui
que le Président a pris la décision de remettre aux seules troupes congolaises le
contrôle de nos frontières, vous adoptez brusquement la position des agresseurs en
disant qu’ils ont le droit d’occuper l’Est du Congo pour
empêcher les rebelles de leurs pays de rentrer chez eux.
Vous argumentez comme si les intérêts et les visés de
Moseveni et de Kagame se limiteraient à poursuivre leurs propres opposants sur le sol
congolais et vous faites semblant d’ignorer les dégâts économiques (pillage
de nos richesses) et anthropologiques causés par ces troupes dans cette zone.
Vous qui souteniez le départ des soldats étrangers, vous
vous êtes transformé, tel un caméléon, en défenseur de l’ancienne position
du Gouvernement Congolais : assurer la sécurité de la frontière entre la RDC,
l’Ouganda et le Ruanda grâce à " des patrouilles militaires conjointes et
installations des points d’observation ... pour éviter que le territoire ne
soit utilisé par les forces rebelles de l’Ouganda et du Rwanda ".
Espérons que vous tiendrez le même langage lorsque le Congo prendra la décision
d’imposer sa présence militaire dans ces pays afin d’empêcher les
traîtres congolais qui collaborent avec les agresseurs à ne plus jamais venir attaquer
le Congo à partir de ces pays.
Pour avoir nié le fait de l’agression, pour
s’être révélé " caméléon " en soutenant la présence forcée des
troupes ougandaises et ruandaises contre qui vous aviez organisé les meetings et les
marches publics - lesquels étaient aussi à la base de votre mise à l’écart
-, pour avoir ignoré nos intérêts, les intérêts de la République Démocratique du
Congo, nous considérons votre Mémorandum comme un Acte de Haute Trahison.
IV. CARACTÈRE IRRESPONSABLE
DE VOTRE PLAN
Alors que la priorité est accordée par tout le Peuple
Congolais à la libération du territoire national occupé par les agresseurs, vous vous
permettez d’amuser l’opinion internationale avec la "
démocratisation du Congo " comme priorité des priorités. Vous ne dites aucun mot
sur le fait que cette agression a été déclenchée à deux semaines de mise sur pieds du
" Parlement de Transition " ou de l’Assemblée Constituante dont la
mission était la mise au point du texte final du projet de Constitution à soumettre au
référendum et l’élaboration de la Loi électorale. Vous ne dites aucun mot
sur le fait que le projet de Constitution qui allait être corrigé pour la dernière fois
est un hymne en l’honneur du multipartisme ou du pluralisme politique. Vous avez
soigneusement évité d’utiliser le terme " agression ".
Votre paragraphe 14 soutient une équation aberrante qui
se présente comme suit : " être élu = être responsable et compétent ". Non,
Mukulu Tshisekedi, on ne devient ni responsable ni compétent du simple fait
d’être élu par le peuple. Hitler est un exemple éloquent de ces monstres
démocratiquement élus. Les personnes élues par la Conférence Nationale ont brillé par
leur irresponsabilité et par leur incapacité à gérer la Transition. Ils avaient
constitué ce que nous avons appelé : Parlement de la Trahison, mieux Gouvernement et
Parlement de la Trahison. Vous étiez Membre influant de cette équipe qui passait son
temps à aller embrasser Mobutu et à prier pour lui. Votre irresponsabilité a fait que
la transition est passée de deux ans initialement prévus à cinq ans (1992-1997).
Votre proposition " des patrouilles militaires
conjointes ", de la " fusion des deux forces armées qui se sont affrontées sur
le terrain " en une " armée nationale républicaine " (produit de la
fusion entre les FAC et les agresseurs ougando-rwandais et burundais !) ainsi que votre
plaidoyer pour une force internationale d’interposition afin empêcher les FAC
à poursuivre l’opération de ratissage dans la zone occupée, donc de stopper
la contre-offensive pour la libération de la zone de l’Est, nous imposant
par-là la reconnaissance de fait de la division du Congo, font de vous un politicien
hautement irresponsable et dépassé.
Pour plaire à l’ONU et à la Communauté
Internationale, lesquelles soutiennent l’agression du Congo, vous avez divorcé
d’avec les aspirations fondamentales de notre Peuple.
Nous suspendons notre commentaire sur les expressions du
genre " forces politiques représentatives et significatives du pays (Gouvernement
Kabila, opposition démocratique non-armée et opposition armée) " ou "
opposition démocratique " constituée de l’aile " non-armée "
ET de l’aile "armée " à travers lesquelles vous semblez avouer que
vous êtes le " Leader de l’Opposition démocratique " sous ses deux
aspects, donc le Chef ultime des terroristes, car il risquerait d’entraîner
certaines conséquences judiciaires.
V . NOTRE RECOMMANDATION POUR
LE GOUVERNEMENT ET LE PEUPLE CONGOLAIS
Nous demandons au Gouvernement et au Peuple Congolais de
ne pas vous suivre sur cette voie de la haute-trahison.
Le Pays est agressé. Cet acte d’agression est
aujourd’hui indubitable. Notre Gouvernement et nous tous avons le devoir sacré
non seulement de chasser, par tous les moyens, nos agresseurs hors de notre territoire,
mais aussi de leur donner une leçon historiquement inoubliable. Aussi longtemps
qu’il y aura des troupes ougando-rwandaise et burundaise sur le territoire
congolais, la priorité des priorités demeure leur neutralisation définitive. Sur ce
point, il n’y a pas de concession. L’unique concession à faire
portera sur la ceinture de sécurité que les FAC devront étendre jusqu'à 150 kms de nos
frontières avec des pays agresseurs. Même s’il arrivait au Président Kabila
de tomber sur le champ de bataille, nous avons le devoir sacré de poursuivre cette guerre
jusqu'à la victoire totale.
VI. CONSEIL GRATUIT
Pour terminer, un conseil gratuit : Nous apprécions
beaucoup votre engagement pour le partage du " Gâteau-National " entre Mobutu
et vous, mais nous n’apprécions pas ce caméléonisme politique, ces mensonges
ou cette falsification des faits historiques dont vous venez de faire preuve dans votre
Mémorandum.
Vous pouvez chercher à gagner le Prix-Nobel de la Paix
autrement, mais non en sacrifiant les intérêts majeurs de notre pays et de notre Peuple.
Tout en vous exprimant notre désaccord fondamental sur le
contenu de votre Mémorandum, nous vous prions d’agréer, Mukulu Tshisekedi wa
Mulumba, nos prières pour votre conversion patriotique avant la fin de cette guerre.
Pour la Société Civile Congolaise à l'Etranger
Dr. Mubabinge Bilolo
Chargé de la Cellule Stratégique de la Société Civile
Congolaise à l'Etranger