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La parole aux congolais
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Gaston Badila
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Chers Messieurs.

Nous sommes un groupe d'universitaires du Congo-Kinshasa et du Congo-Brazzaville résidant en RFA. Nous suivons avec beaucoup d'inquiétudes, ce qui se passe dans ces deux pays depuis deux ans. Nous nous posons alors la question de savoir combien de temps encore on va terroriser ces deux peuples et combien de sang va encore couler de part et d'autre du fleuve, voire jusqu'en Angola, pour que l'on connaisse enfin la paix dans cette sous-région. Nous avons donc pensé qu'en transmettant à un bon nombre de Noirs-Africains l'analyse que voici, que nous contribuerons ainsi à dénoncer une politique venue de l'extérieur et qui semble avoir pour objectif, d'étrangler économiquement le continent avec des conséquences que l'on a du mal à percevoir pour le moment. Cette politique a un jeu facile car elle trouve en Afrique-noire encore beaucoup de gens qui pour un sac de sel, sont toujours prêts à vendre leur fille ou leur fils au marchant d'esclave comme il y a deux cents ans de cela.

En effet, le conflit militaire en République du Congo-Kinshasa ce dernier mois et en République du Congo-Brazzaville presque 12 mois auparavant, laisse apparaître petit à petit une stratégie élaborée de longue date par ceux qui se veulent être des anciennes et nouvelles puissances coloniales de nos jours. Ces conflits qui ont l'air d'avoir des aspects régionaux ou de lutte d'intérêts personnels, couvrent en réalité une politique perfide qui a un objectif bien déterminé. Il s'agit en réalité d'installer dans beaucoup de ces pays du continent noir, des gouvernements dirigés par des ressortissants des tribus ou des croyances minoritaires.

Cette stratégie qui n'est pas nouvelle et qui est pure doctrine néocoloniale a en effet dans son premier aspect, deux avantages:
a) Dans les pays où on réussit une telle offensive, des tensions au sein des groupes ethniques ou religieux sont garanties et créent un climat de permanente déstabilisation politique d'un tel ensemble. Ceci oblige le ressortissant du groupe ethnique ou religieux se trouvant au pouvoir, de se replier en général sur les gens de son milieu pour former son gouvernement et en plus d'être très dépendant de la puissance étrangère lui ayant permis d'accéder au pouvoir.
b) La très forte dépendance de la puissance étrangère fait qu'ensuite un tel dirigeant du pays se met à signer avec celle-ci, des contrats de toutes sortes qui souvent vont au détriment du pays concerné. Le pillage des matières premières d'un tel pays d'Afrique est ainsi donc assuré.
Le deuxième aspect d'une telle politique est d'ordre purement racial pour ne pas dire fachistoide. En effet, les républiques africaines déstabilisées, pillées, marginalisées économiquement et en fait humiliées, ne représente plus une menace quelconque pour beaucoup de ressortissants d'origine européenne installés depuis plus de cents ans surtout dans le sud du continent.

On comprend alors les réactions des pays comme le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie qui ont mené des années durant des luttes de libération à la perspective de se revoir récoloniser. Ces trois pays ont fort heureusement très vite compris que le conflit entre le Congo-kinshasa et le Rwanda réduit à une brouille des Banyamoulengés avec Kabila était aussi leur conflit; qu'il s'agissait ici plutôt d'une lutte de libéralisation politique, donc qu'il fallait s'y mêler. Félicitations au Président de la République du Zimbabwe pour avoir été le premier à réagir comme il fallait à cette imposture...

Les Noirs-Africains dans leur majorité, sont prêt à entretenir des relations commerciales avec toute personne éprise de bonnes intentions et d'où qu'elle vienne, mais ils admettrons de moins en moins à ce qu'on veuille leurs imposer tel ou tel dirigeant politique afin de mieux leurs voler leurs matières premières. Ils sont prêt à souscrire la formule du Président Clinton qui parle de " Trade no Aid ", si dans ce jeu d'échanges de produits, aucun parti n'était lésé.

On ne peut qu'espérer que les autres chefs d'état africains soient maintenant conscients de la menace qui pèse sur l'Afrique-noire et oeuvre ensemble pour bouter l'envahisseur qui s'est masqué et qui est déjà à nos portes avec l'intention de peut-être demain, nous voler nos terres et après-demain, chercher à nous exterminer. L'histoire du génocide des indiens de l'Amérique du Nord devrait être raison suffisante pour unir tous les Africains quelque fussent leurs ethnies et leurs croyances... Les bases militaires françaises du Sénégal et du Gabon, américaine du Botswana et les conférences de sécurité sur Afrique qu'ont veut organiser en France ont pour objectif nous dit-on, d'assurer dans le futur la sécurité des Africains... Honni soit qui mal y pense.

Salutations à tous.

Gaston Badila, Duesseldorf (RFA)
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