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RDC : la guerre vue et vécue d'en-bas.
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Ilunga Bernard
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Un ami congolais, d'origine tutsi, vient de rentrer de la RDC, il y a une semaine. L'ami en question est religieux. Depuis trois ans, il vit en Europe, pour des raisons d'études. A l'aéroport où je suis allé l'accueillir, il me dit, l'air triste, le visage chiffonné : "J'ai vécu de
tristes jours..."
En juillet dernier, il est arrivé à Kigali. Puisque sa famille, depuis deux ans, s'est déplacée de Goma à Kigali. Il est né à Goma, il a grandi, étudié, tout fait dans cette ville. A Kigali, où il n'avait jamais vécu, il se retrouve déphasé. Il ne se sent pas chez lui... Le premier dimanche qu'il était là, il va participer à la messe dans une paroisse... Il ne comprend pas grand-chose à cette messe; la liturgie lui semble froide, étrange. En famille, il demande s'il n'y a pas à Kigali une paroisse "zaïroise" (sic) où on célèbre en swahili. Sa petite soeur le conduit le dimanche suivant dans une paroisse "zaïroise". Et jusqu'à la fin de son séjour à Kigali, il n'ira prier que dans cette paroisse dite "zaïroise".
Pour tout dire, mon ami a de la peine à enfoncer ses racines dans sa nouvelle terre. Toute sa famille d'ailleurs. Pour preuve, au même mois de juillet, ladite famille a envoyé le fils aîné à Goma pour préparer le retour de la famille dans cette ville. Entre temps la guerre est arrivée !
Fin juillet, mon ami est arrivé à Lubumbashi, dans sa congrégation. Il doit passer là tout le mois d'août. Il prend son avion à Goma, le 29.07. Quelques jours après, la guerre commence ! A Lubumbashi, on lui conseille, étant donné ses origines rwandaises, de rester entre les quatre murs du couvent, pour sa sécurité. Et de fait, plus de cinq semaines, il restera claquemuré, il ne vivra que dans son couvent.
Voilà, maintenant, il se demande quel est sont pays ! Au Rwanda, il ne se sentait pas chez lui. En RDC, qu'il dit être son pays, on l'oblige à se terrer. Quand il me racontait ses tristes aventures, à la fin, il l'a lancé ce cri de désespoir : "Où, mais où finalement me sentirai-je chez moi?".
Quand il est venu chez moi, nous avons parcouru ensemble les titres des articles parus sur les forums de congonline et de congo2000. Parcourant ces titres, il a littéralement enragé quand il a lu quelque part : "Il n'y a pas de congolais tutsis, il n'y a que des tutsi au Congo". Il a crié, d'une voix forte : "Mais ce n'est pas vrai". Et il a voulu sur le champ répliquer audit article. Je l'en ai dissuadé pour une raison que tous dévineront. "Non, m'a-t-il dit, ça, c'est l'erreur qu'on est en train de commettre actuellement en RDC. Tous les banyamulenge ne sont pas solidaires avec les rebelles". Je pourrais continuer à narrer le désespoir de l'ami, mais je préfère m'arrêter par ici pour parler d'un autre fait...

Un monsieur, appelons-le, Jérémie, vit à Mbuji-Mayi. Sa profession : trafiquant, comme on dit chez nous. Fin juillet, il s'envole pour Goma après avoir promis à sa famille d'être de retour dans moins de deux semaines. Monsieur Jérémie ne peut pas d'autant plus traîner longtemps à Goma que sa femme attend famille et la grossesse est à son terme. Mais voilà, la guerre le surprend à Goma ! Sa famille nombreuse qui vit de ce trafic en fait les frais. Et sa femme met au monde en l'absence du mari...
Le plus douloureux, c'est que cette famille n'a pas de nouvelles de monsieur Jérémie depuis qu'il est parti. A cette inquiétude, il faut ajouter celle de la subsistance. Si madame a pu compter sur la solidarité familiale pour payer les frais de maternité, maintenant elle comprend que ladite solidarité ne peut pas fonctionner en permance....

Conclusion : si j'ai rapporté ces deux faits, c'est pour attirer l'attention des compatriotes sur les misères dans lesquelles cette sale guerre plonge de milliers de personnes qui la vivent, mieux la subissent d'en-bas. La guerre, en RDC, abordée d'en-bas, c'est-à-dire du côté de ceux qui la patissent jusqu'à "la dérilection de la veuve et de l'orphelin qui crient justice", est par-dessus tout une absurdité, une monstruosité ! Au nom de mon ami, au nom de monsieur Jérémie et de sa famille, au nom de tous les Jérémie, au nom de tous ceux qui dans les larmes et souvent loin des caméras de la presse subissent cette guerre absurde (pensons aux populations du Kivu, de Kisangani... prises littéralement en otage), oui au nom de ce peuple martyr, qu'on arrête la guerre. Vous qui avez provoqué cette guerre, arrêtez la ! Notre conscience d'homme nous empêche de nous taire, d'assister, comme ça impuissants, à la douleur que vos armes sont en train de provoquer chez des innocents, ces hommes et ces femmes, ces enfants et ces vieux qui ne demandent pas mieux que d'être laissés en paix.
Ecoutez la voix de votre coeur, enfin ! ne l'étouffez pas. Pour monter sur le trône du pouvoir, vous n'avez pas le droit de mettre à mort un seul de ces hommes que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance. Un jour, vous en rendrez compte.

B. Ilunga

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