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Hypocrisie comme réponse à la crise congolaise
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Aben Ngay Omer-Bernard
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Note : Le texte ci-dessous est une traduction (avec quelques modifications) du texte posté il y a quelques jours "Une petite réflexion... ". Je l'avais conçu initialement pour le présenter à un groupe d'anglophones. Des amis m'ont demandé de le traduire en français pour les compatriotes qui ne maîtrisent pas l'anglais.

La situation actuelle au Congo semble diviser les pays de la SADEC, voire même toute la communauté internationale, concernant l'envoi des troupes étrangères pour voler au secours du Président Kabila.

J'aimerais désavouer l' hypocrisie qui semble caractériser la réponse de la communauté internationale à la crise Congolaise.

C'est connu de tous que à l'instar de la rébellion qui a mis fin au régime Mobutu, la rébellion actuelle a été initiée et soutenue sur le plan militaire et logistique par les gouvernements Rwandais et Ougandais. Pendant la guerre contre le régime Mobutu, le Rwanda avait nié toute implication dans ce qui se passait au Zaire. Après le départ de Mobutu, le Vice-Président Kagame du Rwanda a déclaré que c'est lui qui avait planifié et fait mener la guerre qui avait emmené Kabila au pouvoir.

Réagissant à la crise actuelle, le Président Pasteur Bizimungu et son gouvernement ont nié toute implication dans ce qu'ils ont appelé une guerre congolo-congolaise. La plupart de pays Africains gardent un silence de mort. L' Angola, la Namibie et le Zimbabwe ont pris une position claire en faveur du gouvernement Congolais. D'autres pays condamnent ces trois pays ouvertement et leur reprochent de soutenir Kabila, ou de chercher à étendre le conflit.

D'abord, j'aimerais dire que c'est injuste de considérer l'intervention de ces trois pays comme une simple excuse pour protéger Kabila. Je me demande pourquoi ceux qui critiquent cette intervention refusent de la considérer comme un engagement à protéger l'intégrité du territoire Congolais. Pourquoi mettre l'accent sur la personne de Kabila plutôt que sur un pays souverain en danger de desintégration ? Ensuite, je me demande pourquoi personne ne condamne clairement le Rwanda et l'Ouganda en tant qu'initiateurs de cette rébellion ? J'appelle cela hypocrisie. J'invite toute personne éprise de paix à regarder la situation dans sa globalité, plutôt qu'à se limiter au régime kabila. Il est vrai que c'est un régime qui a commis beaucoup de bévues en quelques mois d'exercice de pouvoir.

Il faut que l'on comprenne que même si Mobutu avait été remplacé par un président démocrate et meilleur gestionnaire, la crise qui secoue le Congo aujourd'hui ne serait pas évitée tant que les régimes Rwandais et Ougandais sont en place.

Réagissant à la décision de l'Angola et du Zimbabwe d'aider le Congo (qui est un pays souverain et encore dirigé légitimement par Kabila - jusqu'à preuve du contraire du moins), le gouvernement Rwandais avait d'abord annoncé qu'il se réservait le droit d'aider le peuple Congolais (pour dire qu'il allait maintenant intervenir officiellement aux côtés des rebelles). La question qu'on peut se poser est de savoir qui a donné au gouvernement Rwandais le droit d'aider le peuple Congolais ? Le Rwanda est-il devenu le policier régional dont la mission est de sauvegarder le bien-être des citoyens des pays voisins ? Il y a de cela quelques jours, le gouvernement Rwandais a renouvelé la menace d'intervenir officiellement pour protéger les Tutsis contre la persécution.

L'Ouganda s'est officiellement engagé dans le conflit Congolais en combattant aux côtés des rebelles. Une déclaration du gouvernement Ougandais justifie cette intervention comme moyen d'assurer la stabilité et d'empêcher les rebelles Ugandais d'utiliser le territoire Congolais pour attaquer l'Ouganda. Cette fois la question est de savoir si le Président Mousseveni a besoin de soutenir une rébellion au Congo voisin pour écraser la rébellion qui le menace l'Ouganda ? Le comble du ridicule et du mensonge Ougandais a été exposé par le porte-parole du Président Mousseveni. Lorsqu' un journaliste de la chaîne de télévision BBC lui demande de justifier la présence de l'armée Ougandaise loin à l'intérieur du territoire Congolais, il nie cela tout en reconnaissant que l'Ouganda a envoyé des militaires au Congo pour protéger sa frontière contre l'infiltration des rebelles Ougandais soutenus par le Soudan. Lorsque le journaliste lui rappelle que c'est l'un des généraux Ougandais qui avait lui même revelé la présence Ougandaise loin à l'intérieur du Congo, le porte-parole ne trouvera pas mieux que de dire que le général est un grand militaire qui malheureusement ne sait pas ce qu'il faut dire!

Ce qui est beaucoup pus frustrant, c'est l'attitude de la communauté internationale. Au lieu de condamner le comportement belliqueux des Rwandais et des Ougandais, on préfère reprocher au Zimbabwe et à l'Angola d'aider Kabila. Pourquoi d'un côté est-il acceptable que les rebelles reçoivent l'aide de l'Ouganda et du Rwanda ; pourquoi de l'autre côté est-il inacceptable que l'Angola et le Zimbabwe viennent au secours d'un gouvernement jusqu'ici reconnu par tous et qui lutte contre la desintégration du pays ? Etrange ! Il s'agit peut-être de l'une de ces logiques bizzares que seuls les politiciens peuvent comprendre. Le commun des mortels se demande quant à lui quels sont les véritables intentions des Rwandais et des Ougandais. Sommes-nous en train de dire qu'un pays souverain ne devrait pas recevoir de l'aide d'autres pays souverains lorsque son intégrité est menacée ?

On prétend qu'une telle aide ne servira qu'à étendre le conflit à toute la région, à la déstabiliser et à enliser la crise.

Ceux qui soutiennent un tel point de vue devraient répondre honnêtement à la question de savoir d'où vient la menace de déstabilisation de la région. Une telle menace vient-elle du Congo ou du Rwanda?

En 1996 - 1997, le Rwanda et l'Ouganda ont initié une rébellion qui est parvenue à installer Kabila à la tête du Congo. Ils croyaient que Kabila serait un client toalement acquis à leur cause.

Malheureusement pour eux, Kabila n'était pas le bon élève qu'ils voulaient. En conséquence, une autre rébellion ravage le Congo. On n'est même pas encore certain qui est le chef de cette rébellion. On cherche un homme fiable. Que se passerait-il si les Ougandais et les Rwandais se rendaient compte que le remplaçant éventuel de Kabila n'est pas un homme à leur solde ? Ne risquons-nous pas de voir une autre rébellion partir du Kivu cherchant à renverser le nouveau Président ? La communauté internationale (particulièrement les pays qui ont condamné Mugabe et Dos Santos, tout en ménageant Mousseveni et Kagame) est-elle en train de nous dire que l'on peut encourager la culture de violence, de rébellion et de guerre civile comme moyen de changer nos chefs d'Etat ?



Aben Ngay Omer-Bernard

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