| Non à la Culture de la
Violence |
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| Aben Ngay Omer-Bernard |
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La situation qui prévaut actuellement dans
notre pays ne laisse personne indifférent. Pour plusieurs, il s'agit de défendre le
régime Kabila contre une rébellion perpetrée par les Rwandais et les Ougandais. Pour
d'autres, il faut faire partir le « dictateur Kabila ». Comme plusieurs autres
observateurs de la dynamique de l'équation Congolaise, j'ai relevé une série d'erreurs
de la part du Président Kabila, erreurs que je qualifie de bombes à retardement (J'en
parlerai plus en détails prochainement). Oui, des bombes à retardement, le Président en
a planté plusieurs en quelques mois seulement au pouvoir. Et voilà que l'une de ces
bombes éclate si prématurement que le pouvoir est menacé, vascille et se voit comme
traqué de tout côté. On se demande combien de temps encore Kabila restera sur le «
fauteuil présidentiel congolais » ; qu'il lui reste seulement des jours, ou des mois
(voire quelques années), il est de notre devoir à tous d'envisager des solutions
durables pour le pays. Nous avons donc deux scénarios, l'un favorable au régime Kabila,
l'autre favorable au mouvement rebelle. Face à chacun de ces scénarios, il est
impérieux que l'on envisage des priorités réalistes et susceptibles de nous éviter le
chaos que nous redoutons tous.
Premier scenario. Les Forces Armées Congolaises arrivent à renverser la situation, ou du
moins, à freiner la poussée rebelle. Mr Kabila serait comme un homme en sursis. Il irait
de son intétrêt personnel et de celui de toute la nation qu'il change entièrement sa
stratégie politique. Au lieu vouloir faire chemin seul et de continuer à se leurrer de
l'illusion de « libérateur » du peuple congolais, il doit rapidement réaliser cinq
actions prioritaires :
1)Redemarrer le processus démocratique en revenant sur les acquis et le schéma de la
Conférence Nationale. On sait que si la CN a été diabolisée, c'est principalement à
cause de feu Président Mobutu. Maintenant que l' élément Mobutu ne fait plus partie de
l'équation, on peut espérer adapter les textes et résolutions de la CN aux réalités
actuelles. Cela permettra de réunir les filles et les fils du pays et faire repartir le
pays sur des bases plus saines afin de ne pas complètement rater l'entrée au 21 ème
siècle.
2) Refaire l'armée. Que le Président Kabila se soit longtemps appuyé sur des jeunes
recrues (les fameux kadogo sans véritable expérience militaire) et surtout sur les
Rwandais (il y a à peine un mois seulement qu'il a nommé un Chef d'Etat Major Congolais
en remplacement de James, le Rwandais) tout en négligeant, excluant et même humiliant
les ex-FAZ, était sans doute l'une des bombes à retardement les plus meurtrières qu'il
a preparées. Il faudra que le Président Kabila récupère les ex-FAZ (du moins ceux qui
ont honnêtement servi leur pays même sous un régime vomi de tous), et qu' avec les
nouvelles recrues et les ex-FAZ, il forme une véritable armée nationale.
3) Faire la paix avec les fils et filles du pays qui sont actuellement en rébellion.
Même s'il est vrai que les Rwandais et Ougandais sont derrière cette rébellion, il faut
reconnaître que des milliers de congolais s' y sont investis aussi. Plutôt que de les
exclure et de leur faire la chasse aux sorciers, il faudra les intégrer dans l'armée
nationale et dans la vie politique.
4) Faire la paix avec les pays voisins. Ces derniers jours on entend le gouvernement
Kabila parler le langage du droit de poursuite. C'est à dire qu'on écrase la rébellion,
et on exporte la guerre au Rwanda et en Ouganda. Pure folie. Nous devons dire non à la
culture de la violence pour accéder au pouvoir, pour s'y maintenir ou pour menacer les
voisins. Pousser les populations à la haine tribale fût-elle contre les Tutsis est la
fois inhumain (même contre la parole de Dieu) et dangereux. La culture de laviolence
engendre une spirale de vengeance et de tueries difficile à stopper.
5) Tendre la main aux pays ocidentaux et aux organismes internationaux. Que le Président
Kabila se soit aliéné l'ONU lors de l'enquête sur les « massacres des Hutus au Congo
» est une autre erreur quil n'avait vraiment pas besoin de commettre. Le Congo a besoin
de s'ouvrir au monde extérieur et de vivre en bonne intelligence avec tous ceux qui
peuvent nous aider à sortir du gouffre où nous nous trouvons.
Il me semble que la revalorisation des acquis de la CN constitue la condition sine qua non
de l'unification interne des fils et filles du pays ; tandisque la main tendue au monde
extérieur (surtout l'Occident) est un geste indispensable à la reprise de la
coopération internationale et au flux des investissemesnts et capitaux internationaux. Il
est utopique de prétendre qu'au stade où il se trouve actuellement, le Congo puisse se
passer de ce genre d'apport international. Cela ne veut pas dire qu'il faille devenir
valet des puissances occidentales.
Deuxième scénario. Les rebelles remportent la victoire militaire et chassent le
Président Kabila du pouvoir. Un scénario plein d'interrogations et d'ombres
d'inquiétudes.
Un mouvement rebelle qui prend le pouvoir en quelques jours seulement après son
lancement. On peut se demander : faudra s'en rejouir ou plutôt s'en inquiéter ? Je ne
suis pas fanatique de la politique du Président Kabila, mais je crois qu'il n'y a pas
lieu de pousser un ouf de soulagement après une victoire aussi facile du mouvement
rebelle. On pourra se demander si ce mouvement aura eu le temps d'élaborer un plan
d'actions cohérent, si les diverses tendances qui la composent (on parle des banyamulenge
et de leur chef de file Bizima Karaha, des ex-DSP, des FONUS d'Olengha Nkoy, du parti de
Jacques Matanda, des anciens Mouvanciers, du Professeur Ngoma, etc) auront eu le temps
d'harmoniser leurs vues, de signer des accords solides et de s'entendre sur un partage
équitable du pouvoir. A présent il n'est toujours pas clair qui est le chef de ce
mouvement rebelle. Le rôle de l'Ouganda et du Rwanda n'est pas clair non plus (du moins
officiellement. On se rappelera que le Rwanda avait catégoriquement nié toute
implication dans la lutte contre Mobutu. Quelques semaines à peine après son départ,
Paul Kagame faisait savoir - comme pour se moquer de Kabila - que c'est lui qui avait
planifié et mené la guerre contre Mobutu). On parle du Prof. Ngoma comme Président du
mouvement rebelle , et de Bizima Karaha comme Vice-Président. Ngoma serait-il un
figurant, le véritable homme du pouvoir étant Bizima Karaha (un allié plus sûr du
Rwanda) ? Un tel schéma copié sur le modèle Rwandais rencontrerait-il l'assentiment du
peuple Congolais ?
Si la rébellion actuelle accède au pouvoir sans qu'elle ait résolu cette question de
leadership, nous serons repartis pour une autre rébellion. Ceux qui se seront sentis
délaissés accuseront le nouveau pouvoir de tous les maux ; et comme nous semblons petit
à petit nous enraciner dans cette culture de la violence, la spirale des rébellions se
développera sans fin. On peut bien s'imaginer le lancement d'un autre mouvement rebelle
visant à chasser un tel régime. Ce nouveau régime qui sera installé, pourra-t-il
travailler en paix sans craindre une contre-rébellion ? La spirale des rébellions et la
culture de la violence qui l'engendre s'étendra jusqu'à peut être balkaniser le pays
pour aboutir à de petits Etats tribaux. Vive alors la Somalisation ou la Liberiasation du
Congo. On aura des chefs de guerre imposant leurs lois sur de petits territoires sous leur
contrôle.
Mais supposons que ces inquiétudes ne soient que le fruit de mon imagination, et que une
fois au pouvoir, les rebelles d'aujourd'hui présentent un leadership uni, crédible et
accepté par les congolais, et que les Rwandais et les Ougandais leur laissent le temps de
remettre le pays sur le rail. Quelles devraient être les actions prioritaires de ce
nouveau régime ? Il me semble que la plupart d' actions recommandées précédemment au
Président Kabila seraient valables aussi pour le nouveau régime.
D'abord, faire immédiatement la paix avec Kabila et ses hommes. Le traiter avec la
dignité dûe à un ancien Chef d'Etat. Ensuite intégrer les militaires Kabilistes, les
ex-FAZ, les ex-Katangais, et les actuels militaires rebelles dans une même armée sans
distinction de traitement. Troisièmement, revaloriser les acquis de la CN. L'importance
d'une telle action a été discutée précedemment dans le cadre du premier scénario. On
ne peut trop insister là dessus. Quatrièmement, négocier une paix durable avec les pays
voisins. Enfin s'ouvrir au monde et aux organismes internationaux.
Quelque soit le scénario qui prévaudra, il faudra que les responsables du pays ainsi que
les masses congolaises comprennent qu'il est temps de dire non à la culture de la
violence, et que nous devons instaurer la culture des urnes et non celle des armes comme
moyen d'accéder et de se maintenir au pouvoir. En plus de ces actions immédiates que
devront entreprendre nos dirigeants de demain, il faudra qu'à terme, la communauté
internationale intervienne pour aider à trouver une solution durable au problème
Rwandais. Car il faut le reconnaître, si le Congo se trouve plongé davantage dans le
gouffre aujourd'hui, c'est en tr grande partie cause du conlit Rwandais.
N.B. A propos, je viens juste de lire l'appel lancé par Jacques Matanda au Président
Kabila pour la création d'un Conseil National de Salut Public. Il me semble que ce serait
là une excellente idée. Le Président Kabila devrait exploiter une telle idée, ce qui
pourrait d'ailleurs constituer un geste précurseur de la reprise du schéma de la CN.
Aben Ngay Omer-Bernard |
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