M.
Muenkat,Pour quelqu'un qui a décidé de ne pas
insulter les gens, comme vous déclarez d'avoir fait, il est fort bizarre de compter les
fois que vous vous abandonnez à ce "sport" dans vos courriers.
Au contraire de ce que vous prônez - puis-je vous citer?
- "Comme on répond à un imbécile par un silence, je m'abstiens de vous
insulter", je préfère vous répondre, non parce que je vous considère un imbécile
qui aurait besoin d'un aide pédagogique pour former sa pensée, loin de moi cette idée,
mais parce que dans les miennes (d'habitudes) il est profondément inscrit celui que mon
père appelait "le sens de la courtoisie". Si je vous ai donné
l'impression de vous avoir insulter, je vous prie d'accepter mes excuses.
Pour ce qui concerne votre courrier, j'ai attentivement
cherché (après l'avoir "nettoyé" de ses parties inutilement
polémiques) une quelconque réponse dans le mérite du mien, qui était une
critique, bien sûr, à une intervention particulièrement dure et offensive
vis-à-vis des personnes qui méritent du respect. Et malheureusement j'ai du remarquer
l'absence presque totale d'un raisonnement politique à la base de votre prise de position
en faveur du gouvernement Kabila/Sakombi.
M. Muenkat, je vous assure que lors du départ des
bamobutu du Pays dans lequel je suis née, dans lequel je n'ai pas grandi mais dans lequel
je voudrais mourir, mon coeur chantait, en choeur avec ceux de toute la population de nos
villes et de nos campagnes; mais nous fêtions le départ d'un dictateur, non pas
l'arriveée d'un autre "homme fort", soutenu toujours par des centres
d'intérêts lointains des ceux du Peuple.
Vous savez aussi bien que moi, peut être même mieux que
moi, que notre société civile à derrière soi 30 ans des passions et des divisions.
Même au début de l'ère mobutiste existaient des intellectuels du genre "wait and
see" comme ceux qui soutiennent aujourd'hui Kabila et l'Afdl (je parle des positions
respectables et non pas de celles de fanatiques). Nous avons, pour plus de trente ans,
sédiment inhibitions et rancunes.
Mais le départ du conducator de Gbadolite devait être le
start d'une nouvelle saison d'innovation politique, le début d'une saison dans laquelle
le Peuple aurait participé activement, à travers des institutions claires, solides,
transparentes et élues à la construction d'une meilleur option de vie pour les
générations futures.
Il ne s'agissait pas de reconstruire tout ce que
l'opposition non-violente aux Pays avait démantelé, il ne s'agissait pas d'effacer le
travail, sûrement perfectible, de la CNS pour imposer des by-laws prives à tout un Pays.
Par contre, s'agissait de canaliser tout ce qui etait politiquement vivant, culturellement
vital de nos grandes traditions historiques.
Il s'agissait de reconnaître les nouvelles courantes
d'action et de pensée qui se sont développés au cours des années de la
"clandestinité" imposé par le régime mobutiste et qui ont éclaté lors de la
mise en place de la CNS.
Mais hélas, nous sommes en train d'assister à la
reproduction des vices politiques de l'ancien régime: à la place de renouveler la
culture politique, en ouvrant la politique à la culture de la tolérance, nous assistons
au renouvellement des axiomes de la répression de l'expression de la société civile, à
la dégradation des acquis gagnés avec un travail dur, minutieux au long des années,
avec les efforts de tous , selon les capacités et les possibilités de chacun. Il était
le moment de produire de nouvelles idées, nouvelles politiques, nouveaux instruments pour
la politique.
Vous savez, M. Muenkat, j'aimerais bien vous entendre
parler de votre vision de notre futur, vous entendre faire l'analyse de notre présent si
conflictuel. Vous êtes un vrai "pitt bull" en politique. Vous prenez votre
adversaire par la gorge et vous ne lâchez pas. Mais la politique est la capacité de nous
tous de se confronter dialectiquement, parfois même en haussant le ton comme vous le
faits, mais il dois y avoir des arguments à l'épauler, si non c'est simplement de la
vaste blague.
Je me permets de vous rappeler ce que Nietzsche dit, à
propos de l'apprentissage des hommes - je présume qu'il se réfère surtout à la
politique -, citation que je trouve très approprié pour rappeler à vous et à ceux
comme vous qu'il ne sera pas possible d'assujettir notre Peuple une deuxième fois:
"A partir du moment que j'ai appris à marcher, j'ai toujours aimé courir".
Je crois que les nouvelles du Pays ne sont pas tellement
bonnes pour quelqu'un comme vous qui a parié sur la volonté du régime kabiliste de
reconstruire le Pays. Je vous rappelle, en toute amitié et avec respect, que le respect
des droits de la personne sont à la base de la démocratie politique, et que celle-ci est
foncière pour le développement économique, ergo pour la reconstruction.
L'exclusion a priori d'un certain nombre de personnes de
la vie politique mal s'attelle à une démarche politique partante du respect des
prérogatives et de l'intelligence du Peuple dans le choix de ses dirigeants.
Je vais encore plus loin, M. Muenkat, je crois que aussi
les dyno devraient avoir le droit de se présenter aux élections, car je connais mon
Peuple et je sais très bien que leur choix sera fait en conscience en originant de la
formidable capacité de notre mémoire historique.
Vous me blâmez pour ma militance socialiste. Puis-je vous
rappeler que du début de l'historie de ce siècle il a toujours eu un conflit entre les
sociaux-démocrates, comme je le suis et les communistes? Peut être que vous serez trop
occupé, mais j'aimerais bien vous faire lire l'échange épistolaire entre Lénine et
Kausky, où les écrits de
Willy Brandt. C'est justement pour cette militance que je
crains le glissement maoïste du duo Kabila/Sakombi, et vous?
Une dernière chose, je ne suis pas un Mr. Je suis une
Mme. Et pour cela je suis vraiment très tolérante: je regarde vos dérapages verbales
comme une normale expression d'un jeune homme un peu confus et dépassé par les
évènements, en somme, je vous laisse jouer. Mais pas avec nos vies. Ok?