Très chère Odile,La mémoire des morts est toujours sacrée. Que votre père soit
mort la veille du jour qu'il était contraint de révéler les circonstances entourant la
mort de P.E. Lumumba signifie que quelqu'un a voulu le faire taire. Et cette hypothèse
serait confirmée par les faits que vous rapportez de mise à sac de son bureau et de la
disparition des manuscrits.
Qui a fait taire votre père ? Voila la grande question.
C'est de cette question que l'histoire cherche vainement à établir la vérité.
Quant à la sécession du Katanga, il a été établi que
ce ne sont pas les Katangais qui l'ont voulue. Vous savez bien qu'elle était le fruit de
la conspiration impérialiste contre notre indépendance et notre souveraineté; elle a
été toute montée par les Belges avec la toute puissante d'alors Union Minière du
Haut-Katanga, une filière de la
Société Générale de Belgique. Il a été même
question de proclamer le Katanga comme la 10e province de la Belgique ou l'attacher à un
grand état blanc reliant la Rhodésie (actuel Zimbabwe) à l'Afrique du Sud de sinistre
racisme antimélaniste.
En quittant le Congo, les Belges de l'administration ont
aussi voulu se rendre indispensable. Pour cela, ils ont déclenché les divisions
tribales. Et comme la plupart de leader Baluba (du Kasaï comme du Katanga) - à l'instar
de leader du Bakongo réclamaient l'indépendance, les Belges ont déclenché la division
ethnique contre les "Kasaïens" ... D'ailleurs en 1959, au Kasaï même, les
Baluba se sont battus entre eux à Luluabourg puisque les leaders d'un clan voulaient
l'indépendance et d'autres pas (lire a ce sujet A. Kalanda, Baluba et Lulua. Une ethnie
à la recherche d'un nouvel équilibre) .Aujourd'hui d'ailleurs, c'est pareil, si
Tshisekedi ne voulait pas de la démocratie et la souveraineté nationale -et qu'il était
dans le camp de Mobutu - Nguz et consorts n'auraient jamais déclenché leur génocide.
Madame, essayons tous de lire l'histoire ancienne et
immédiate avec quelque recul. Le Katanga n'est pas très peuple. On y a fait venir pas
seulement les Kasaïens. Mais aussi des Rwandais et des Bakongo. Et il n'y a jamais eu des
attaques contre ces derniers.
Le tribalisme est entretenu artificiellement au Zaïre.
L'ancien Empire Luba du 18e siècle s'étendait de la lisière de la foret équatorial
jusqu'au lac Tanganika. Aujourd'hui, les langues luba de Ilebo au Lac Moero demeurent
très proche. Un tam-tam battu à Kalemie est compris à Kananga. Les balubas plus à
l'est appellent ceux plus à l'ouest "Bapemba". La langue des
"Basanga" ne ressemble pas par hasard au ciluba.
Le problème chez nous est que le pays est confronté à
deux problèmes majeurs: Celui des intérêts du Peuple et celui des intérêts
étrangers.
Et chacun doit choisir. Tout le reste c'est pour
désorganiser la lutte des nationalistes qui veulent les intérêts du Peuple.
J'espère que vous prendrez cette mise au point comme un
complément à votre argumentation
Tshim
Lu et transmis pour vous par Me Biminayi
Jean-Pierre ( licopa@hotmail.com )