| En réponse à la
demande M. Mangalaboyi : le parcours politique d'E. Tshisekedi |
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| Mwamba K. Tshibangu |
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Le parcours politique dEtienne
Tshisekedi, lhomme qui inquiète le nouveau pouvoir au pays (extrait de la
Renaissance n° 11, mensuel de l'Union de la Diaspora Congolaise, du 20 février 1998,
édité à Montréal, au Canada.)
Alexis M. Kabambi
Tshisekedi est une figure emblématique de lopposition congolaise. Ce nationaliste
radical, pur et dur, fidèle à ses convictions et prêt à les défendre jusquau
sacrifice de sa vie suscite peu dattention à létranger, mais force
ladmiration de ses concitoyens à lintérieur du pays. Dans les lignes qui
vont suivre, je vais tenter de cerner le parcours de ce personnage hors du commun,
complexe et courageux. En effet, Etienne Tshisekedi est né le 14 décembre 1932, à
Luluabourg, débaptisé depuis Kananga, dans la province du Kasaï Occidental. Il fut ses
études secondaires au collège de Kamponde, puis sinscrivit à lUniversité
Lovanium à la faculté de droit, où il sortira en 1963 premier docteur dans cette
discipline. Sa carrière politique débute au sein du mouvement national congolais de
Patrice Lumumba, il est son conseiller politique en 1958. Après la scission du M.N.C., il
soutient en 1960 laile Kalonji. Lorsque Mobutu tente son premier coup dEtat en
septembre 1960, Tshisekedi est nommé membre du collège des commissaires généraux. En
1961, il est désigné ministre de la justice de lEtat Autonome du Sud-Kasaï dont
Albert Kalonji Ditunga sest proclamé Empereur. De 1963 à 1965, il est
respectivement; Directeur Général de lEcole nationale de Droit et
dAdministration(ENDA), commissaire aux comptes de la Banque Nationale du Congo, et
parlementaire du Kasaï Oriental.
Après le deuxième coup dEtat de Mobutu, le 24 novembre 1965, Tshisekedi est nommé
respectivement ; Ministre de lintérieur et des affaires coutumières, ministre de
la justice, et ensuite ambassadeur au Maroc. Il a aussi participé à la rédaction de la
constitution de la deuxième république, promulguée le 24 juin 1967. Daprès
Colette Braeckman, cest de là que date le différend entre Mobutu et Tshisekedi.
larticle 4 de cette constitution révisée prévoit "quil n'y y aura pas
plus de deux partis politiques en République du Congo". Mobutu interprète le même
article comme une clause exclusive ; en 1970, il crée le Mouvement populaire de la
révolution, parti unique, Parti-Etat, alors que Tshisekedi interprète le même article
comme la possibilité de créer une seconde formation politique(1).
Malgré ces divergences de vue, de 1968 à 1970 Tshisekedi est responsable du secrétariat
national du MPR et Président de la commission de politique générale du parti.
Cest seulement en 1979, lorsquéclate laffaire du massacre de
Katekelayi, que Tshisekedi en tant que parlementaire du Kasai oriental et cosignataire
dune lettre virulente destinée au Chef de lEtat et réclamant entre autre la
constitution dune commission denquête pour faire la lumière sur le massacre.
Lors de laudience accordée au parlementaires signataires de cette lettre, Mobutu
sen prend tout particulièrement à Tshisekedi, laccuse dêtre, en tant
que juriste, auteur de la lettre. Il tient des propos directement menaçants : "vous
voulez ma peau, vous ne laurez pas, ou vous le payerez très cher, car moi je peux
avoir votre peau quand je veux et comme je veux". A partir de ce moment,
lopposition de Tshisekedi au régime de Mobutu a constitué un défi permanent ; le
12 janvier 1981, il est déchu de son mandat parlementaire et privé de ses droits
civiques et politiques pour 5 ans. Il se retrouvera en prison pour ensuite être relégué
dans son village dorigine. Discrètement libéré, il fonde le 15 février 1982 dans
la clandestinité avec ses collègues parlementaires, un parti politique dénommé : Union
pour la Démocratie et le Progrès Social(UDPS). Pour à la fois lintimider et le
décourager, le pouvoir le traduit devant la cour de sûreté de lEtat qui le
condamnera en juillet 1982 à 15 ans de prison ferme. Il est emprisonné à Makala, puis
amnistié quelque temps après. Les hostilités reprennent, lorsquil rencontre une
délégation du congrès américain invitée par Mobutu à Kinshasa, il est sauvagement
battu avec dautres parlementaires à leur sortie de lhôtel intercontinental
où ils se sont entretenus pendant plus de six heures avec la délégation américaine.
Exil intérieur, amnistie, arrestations se succèdent. Le pouvoir va jusquà
lenvoyer au centre neuro-psycho-pathologique de Kinshasa, où les psychiatres le
déclarent malade mental, atteint de paranoïa. Relégué ensuite à Isiro, puis à Dungu
dans le nord-est du Zaïre, enfin dans le village Ngbandi de Monga, près de la frontière
soudanaise ... jusquau 24 avril 1990 qui marque le début du multipartisme,
Tshisekedi est encore en résidence surveillée à Kinshasa. Le 22 juillet 1991, Mobutu le
nomme Premier ministre pour le limoger quelques jours plus tard. A la Conférence
Nationale Souveraine, le 14 août 1992, il est élu à 70,8% des voix, Premier ministre.
En réalité, le charisme de Tshisekedi réside dans la ténacité dont il a su faire
preuve face à Mobutu, que celui-ci lait assailli de ses offensives de charme ou
accablé de ses persécutions.
Son combat pour la conquête des libertés publiques, se poursuit après larrivée
de lAfdl au pouvoir. Pour le faire taire, le président Kabila vient de le faire
arrêter le jeudi 12 février 1998, au motif davoir enfreint linterdiction des
partis politiques, son arrestation a provoqué des échauffourées dans plusieurs
quartiers de Kinshasa. Sa relégation au Kasaï intervient à la veille du 16ième
anniversaire de lUDPS qui avait appelé à des manifestations de commémoration.
Elle intervient aussi deux jours après lentrevue de Tshisekedi à la résidence de
lambassadeur américain à Kinshasa, avec le Révérend Jesse Jackson,
lémissaire personnel de Bill Clinton. Cette rencontre a irrité Kabila qui a
refusé de recevoir lémissaire américain à la présidence de la république.
(1) Colette Braeckman, Le dinosaure, le Zaïre de Mobutu, Fayard, Paris 1982.
(2) Table de concertation sur les droits humains au Zaïre, Zaïre 1992-1996,
chronique dune transition inachevée, lHarmattan, Paris 1996. pp. 98-99 |
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