La résistance active base et
condition sine qua non pour l'affranchissement général de la populationDr Mwamba K. Tshibangu
Face à l'enracinement, jour après jour, de la nouvelle
dictature de l'homme du 17 mai et de ses thuriféraires au pays(la R.D.C), comment est-ce
le peuple souverain détenteur légitime du pouvoir devrait-il se comporter pour stopper
cet élan malveillant, pour endiguer cette tendance maladroite, ce mode anormal et
antiquaire de concevoir l'autorité et l'exercice du pouvoir ? A titre de rappel, il ne
serait pas superflu de se référer à l'expérience non lointaine du précédent régime
qui nous a démontré sans détour que, quand on galvaude la démocratie, quand on abuse
du pouvoir, le résultat final est irrémédiablement la ruine économique et le chaos
social et politique. Dès lors, comment est ce que les citoyens devraient assumer leur
avenir, leur destin collectif ? Que faire pour qu'ils deviennent maîtres du jeu en
imposant concomitamment leur présence physique et leur volonté morale afin que le cours
des événements prenne la trajectoire souhaitable par la majorité au lieu que celle-ci
leur soit imposée une fois de plus par un groupe d'individus ou encore qu'ils puissent
tout simplement et tout bonnement la subir passivement ?
Le pouvoir réel, authentique, émane du peuple
Ces interrogations soulèvent le problème d'une prise de
conscience aiguë de ses propres responsabilités et de la façon de les assumer. On le
sait, le peuple en lui même ne peut exercer le pouvoir que par délégation et l'on sait
aussi qu'en déléguant, ce même peuple opère un choix et détermine ses critères et
ses priorités d'action. Vue sous cette forme le pouvoir devient au vrai sens du mot une
émanation du peuple, lequel a la faculté de légitimer tout exercice du pouvoir par les
autorités politiques et de sanctionner positivement ou négativement ceux qui les
représentent à divers échelons de la hiérarchie politique.
Le refus de nos autorités actuelles de s'en tenir à ce
schéma, qui est loin d'être abstrait, traduit un malaise certain et une mauvaise
volonté de se mettre au service de la population. Leur désorientation face à une
ouverture démocratique du système politique congolais est le fruit d'une confusion
mentale exercée par la conjonction de plusieurs facteurs que nous n'analyserons pas ici.
Corsetées dans leurs obscurantismes par la portée de la
charge politique dont ils ont des difficultés évidentes à en assumer le poids et en
plus, n'étant pas éclairés par une doctrine politique limpide, le déboussolement
desdites autorités les a sans doute conduits à vouloir imposer leur volonté au lieu de
se laisser imprégner par la volonté populaire.
C'est ainsi que le pays a connu le Mobutisme avec ses
méfaits indescriptibles et aujourd'hui, il est subjugué par un Kabilisme pernicieux et
destructeur dans ses actes et dans ses intentions. Il en résulte une léthargie et un
état patent d'instabilité sociale à tous les niveaux. Sans un minimum de consensus
social et politique, il est difficile sinon téméraire de prétendre reconstruire le
pays. Ainsi, ne devient-il pas un leurre de demander aux investisseurs étrangers de
risquer leurs capitaux en leur garantissant sur parole les conditions majeures de
sécurité qui ne seront jamais tenues puisque objectivement parlant, la situation sur le
terrain ne s'y prête pas.
Les ressources du peuple
A ce point, la parole passe de nouveau dans le camp du
maître absolu de la souveraineté d'un pays. Les dirigeants politiques ne gouvernent le
pays qu'avec le consentement implicite ou explicite du peuple qui se laisse gouverner. Le
peuple peut donc à tout moment agir et faire sentir sa présence.
Dans le cas d'une dictature agissante, ombrageuse et
destructrice pour l'avenir du pays, cet agir, cette prise de conscience pour opérer un
changement positif deviennent des armes pour une résistance active. Car, si le pouvoir
possède des moyens énormes pour imposer la dictature, le peuple possède aussi des
ressources énormes pour ne pas subir passivement le diktat de la nomenklatura au pouvoir.
La moindre des actions que l'on pourrait s'imaginer ou
entreprendre sont autant des signes pour exprimer son mécontentement et pour ne pas
cautionner un régime tortionnaire et dictatorial. L'essentiel c'est d'agir à tous les
niveaux avec civilité bien sûr mais aussi avec la force et la brutalité nécessaire
pour que les actions ne soient pas vaines, pour qu'elles puissent produire une force
d'impact sur le régime en vue de le changer.
La résistance active : un impératif
La résistance qu'elle soit active ou passive n'a
fondamentalement rien de personnel contre les individus dans la mesure où son action est
dirigée contre un système et par ricochet contre tout ce qui le symbolise. La
résistance active est un impératif et un devoir auquel tout bon citoyen ne pourrait se
soustraire en vertu des raisons majeures qu'elle est porteuse. La manifestation contre
Fréderic Kibassa Maliba, ministre des mines du gouvernement de Kabila lors de son voyage
au Canada au courant du mois de mars 1998 s'inscrit dans cette perspective. L'agir dans
son emprise infinitésimale vaut mieux qu'une léthargie. Car, il a le mérite de
désemparer le pouvoir, de désarticuler et désarçonner leur prétention et leur manie
dictatoriale. La résistance dans toutes ses formes et particulièrement celle active est
la première étape d'un affranchissement général du peuple face à toute tentative de
son asservissement et/ou de son aliénation par le pouvoir dictatorial.
Dr Mwamba K. Tshibangu ( mwambakt@dsuper.net )