Nous
avons, lors de notre message du 07 juillet (publié sur congonline) portant le même
titre, établi et analysé les conditions préalables et les mesures d'accompagnement
d'une réforme cambiaire. Mais, il nous était resté de prévoir les chances de succès
du nouveau Franc congolais en se basant sur ladite analyse.Bref aperçu du contenu du message précédent.
1) les conditions préalables à une réforme cambiaire
:
- la stabilité politique ;
- la confiance des agents économiques dans la politique
monétaire que mènera le gouvernement ;
- la productivité interne.
2) Les mesures d'accompagnement d'une réforme
cambiaire :
- la crédibilité de la politique monétaire ;
- le développement du secteur financier national ;
- la stabilité de l'inflation et de la croissance
économique ;
- le choix du régime de change adéquat.
La question est maintenant de savoir si la réforme
cambiaire telle qu'entreprise au Congo réunie ces conditions.
Au niveau des conditions préalables, la R.D.C. n'en avait
réuni aucunes. Et, elle continue en à réunir aucunes !
- La stabilité politique n'était pas encore acquise
avant la réforme. Nul ne peut ignorer que la quasi-totalité de la population attend
fermement la libéralisation des partis politiques et la tenue des élections
démocratiques.
- La confiance des opérateurs économiques ne tenait que
sur base de la parole du gouvernement car aucune loi sur le plan constitutionnelle ne
garantissait l'indépendance de la Banque Centrale vis-à-vis du gouvernement. Par
ailleurs, le peuple n'avait aucun contrôle sur cette institution, ni sur la réforme
qu'elle entreprenait.
- Le secteur de production des biens et services destinés
à l'exportation, détruit par le régime précédent, n'avait pas encore amorcé sa phase
de redressement.
Au niveau des mesures d'accompagnement à la réforme, la
R.D.C. en a réuni quelques-unes.
- La crédibilité de la politique monétaire n'est
atteinte qu'en partie. Si toute fois, une certaine discipline est observée sur la
désastreuse pratique du recours à la planche à billet, il perdure toujours une
non-transparence sur les moyens que compte utiliser la Banque Centrale pour atteindre les
objectifs qui sont les leurs.
- Le développement du secteur financier national est
déjà en cours par l'encouragement du gouvernement à utiliser de plus en plus la monnaie
scripturale et par un début de la restructuration des institutions financières.
Malheureusement, jusqu'à présent, aucune mesure concrète n'a été prise pour faire
renaître dans parmi les opérateurs économiques la confiance dans ces institutions.
- Comme cela l'était bien avant la réforme cambiaire, la
stabilisation de l'inflation est, quant à elle, atteinte. Mais, il existe toute fois un
risque de déstabilisation avec le paiement des arriérés salariaux dans la fonction
publique. Chose que les autorités auriez dû faire avant de se lancer dans cette
réforme. Du côté de la croissance économique, Nous n'avons rien à dire pour le moment
sauf qu'elle n'est pas encore au rendez-vous !
- Le choix d'un régime de change flottant était
peut-être le meilleur choix vu le manque de réserves de change suffisant pour soutenir
une parité fixe du Franc congolais.
Comme nous pouvons le remarquer, les conditions
préalables à cette réforme n'ont pas été réunies et il existe des lacunes au niveau
des mesures d'accompagnement. Donc, dans pareille situation, la
"dédolarisation" de l'économie congolaise relève du domaine de la fiction,
sauf "si le gouvernement utilise des moyens coercitifs".
Donc, pour conclure, les chances de succès du Franc
congolais sont très infimes avec un environnement politique du genre de celui qui
prévaut actuellement dans ce pays. D'où, avant qu'il ne soit trop tard, le gouvernement
actuel se doit de restaurer la démocratie, en commençant par une assemblée législative
représentative de toutes les forces vives de la nation. Le gouvernement pourra ainsi
donner plus de crédibilité à sa politique monétaire, élément primordial à la
relance économique et, donc, à la bonne santé du Franc congolais.