Il est évident qu'un jour ou
l'autre une réforme cambiaire aller survenir dans notre pays. Mais, cela aurait été
faite avec le consentement de toute la nation, par le truchement d'une assemblée
législative issue du peuple, et non pas par la seule volonté d'une poignée de personne.
La nouvelle monnaie est déjà là et nous ne
pouvons plus faire marche arrière. Nous nous sommes vu imposer une nouvelle monnaie sans
que nous ayons levé le petit doigt pour demander plus d'explications sur sa planification
et plus de garanties pour sa réussite. N'est-ce pas là, l'un des défauts majeures du
congolo-zaïro-congolais (e).
Alors, que nous reste-t-il d'autre à faire sauf de nous
poser la question de savoir si cette réforme est viable ou non ?
Avant de nous poser cette question et d'y répondre,
analysons d'abord la situation. Nous devons préalablement établir les à toutes
réformes cambiaire.
Quelles sont ces conditions préalables et ces mesures
d'accompagnements ?
1) Les conditions préalables à une réforme cambiaire
a) La stabilité politique
C'est l'une des conditions primordiales pour réduire
l'incertitude liée aux risques dus à la non continuité des politiques commerciaux tant
sur le plan national qu'international par un nouveau gouvernement au pouvoir.
Une pareille stabilité ne peut s'acquérir qu'avec
l'appui de toute une population, soit par la voie de suffrage universel, soit par le
ralliement de toutes les forces vives de la nation. Il doit aussi exister des lois et des
règlements commerciaux et politiques garantis par une constitution nationale.
b) La confiance des agents économiques dans la
politique monétaire menée par le gouvernement
Jouissant préalablement d'une stabilité politique dans
le pays, les agents économiques attendront du gouvernement en place beaucoup plus de
transparence dans la gestion du budget de l'état et dans ses relations avec l'autorité
monétaire nationale.
Sur ce dernier point, le gouvernement doit à priori
déterminer le degré de contrôle qu'il compte exercer sur l'appareil monétaire et doit
aussi déterminer la manière selon laquelle il entend influer sur la politique monétaire
de la Banque Centrale.
c) Une économie productive ou, au moins, en voie de
devenir productive
Les secteurs productifs tournés vers l'exportation
doivent bénéficier des crédits à taux préférentiel pour leur facilité, durant la
première phase de la rédynamisation, d'exporter leur production. Ce qui permettra à ces
entreprises de dégager des revenus nécessaire à se consolider sur le plan
international.
Les secteurs productifs tournés vers la consommation
intérieure ne vont pas rester en marge. La stabilité politique et la confiance des
agents économiques annihileront les craintes des particuliers à investir dans les
petites et moyennes entreprises. Néanmoins, le gouvernement, par le truchement de ses
spécialistes économiques et des spécialistes d'institutions financières, doit cerner
les créneaux spécifiques dans les domaines moteurs pour l'économie et, ensuite, donner
des incitatifs aux particuliers pour qu'ils y investissent leurs épargnes.
En plus, cette stabilité politique et cette confiance des
agents économiques, sans oublier la sécurité civile et commerciale, va attirer les
capitaux étrangers dans le pays.
2) Les mesures d'accompagnements d'une réforme
cambiaire
Selon un économiste M. Delano Villanueva qui dans son
étude intitulée "Les choix de systèmes monétaires et de régimes de change dans
les économies en transitions", une monnaie saine doit satisfaire à trois conditions
: stabilité en tant que réserve de valeur, moyen d'échange et unité de compte ;
convertibilité externe et stabilité du pouvoir d'achat interne et externe, grâce à une
structure institutionnelle capable de maintenir la crédibilité de la politique
monétaire.
a) La crédibilité de la politique monétaire
Une politique monétaire crédible doit permettre à
stabiliser la monnaie dans le long terme. Pour rendre crédible leur politique monétaire,
les institutions monétaire doivent éviter de recourir à la planche à billet pour des
fins de financement du déficit budgétaire gouvernemental et doivent limiter l'expansion
du crédit au secteur public.
Ainsi, le gouvernement doit s'engager dans une politique
budgétaire du déficit minimal et doit remettre en état le système fiscal de manière
à accroître et à diversifier ses recettes. Il doit garantir l'indépendance de la
Banque Centrale en créant une commission de contrôle de la politique monétaire qui
dépendra l'assemblé législative.
À son tour, la Banque Centrale doit garantir, aux agents
économiques, de rendre public les objectifs qu'elle compte atteindre et comment elle
compte s'y prendre pour les atteindre. Ceci à chaque semestre ou à chaque année, selon
la durée de la période considérée comme étant de court terme.
b) Le développement du secteur financier national
Le gouvernement doit encourager la concurrence au niveau
financier en restructurant ou en facilitant la restructuration des institutions
financières par des particuliers. Si cela s'avère nécessaire à la concurrence dans ce
secteur, le gouvernement doit encourager la création de nouvelles institutions
financières.
Le gouvernement par le biais de ces instituions doit
donner des incitatifs aux particuliers et aux entreprises pour les inciter à épargner
leurs revenus sous forme de dépôt auprès de ces institutions. Ces incitatifs peuvent
être des taux d'intérêt nominaux sur les dépôts bancaires supérieurs au taux
d'inflation, des réductions d'impôts sur les revenus et sur le capital des particuliers
et des entreprises à concurrence d'un certain pourcentage du montant mise en dépôt dans
une institution financière, la vente des titres financiers porteurs d'intérêt...
Un système financier qui retrouve son rôle
d'intermédiaire financier dans une économie est la garantie d'une stabilité en tant que
réserve de valeur, moyen d'échange et unité de compte pour une monnaie.
c) La stabilisation de l'inflation et de la croissance
économique
Une inflation faible et stable est bénéfique pour la
croissance de l'emploi et de la production. Elle permet aussi de maintenir le pouvoir
d'achat interne de la monnaie.
La stabilisation de l'inflation et de la croissance
économique permet à l'opérateur économique de faire plus aisément des prévisions de
long terme grâce à la réduction de l'incertitude au niveau du commerce. Il deviendra
moins réticent à investir dans les projets de long terme, telles que la recherche
scientifique.
d) Le choix du régime de change adéquat
Le choix entre un régime de change de parité fixe et
flottant doit dépendre fortement des caractéristiques financières et politiques d'un
pays. Un pays qui ne peut, par d'autres moyens, crédibiliser sa politique monétaire
préférerait généralement un régime de change fixe mais, il renoncerait du coup à son
autonomie monétaire. Ce genre de régime exige une importante réserves de change pour
défendre la parité fixe de sa monnaie. Tandis que, le régime de change flottant
nécessite moins de réserves de change et laisse aux autorités monétaires la liberté
d'utiliser l'instrument monétaire pour lutter contre certains maux économiques, tels que
le chômage et la récession économique. Mais, ce régime a le désavantage de ne donner
aucune certitude sur l'orientation potentielle de la politique financière.
À la lumière de cette petite analyse, quelles sont les
conclusions que nous pouvons tirer de la réforme cambiale en R.D.C. ?
Nous y répondrons prochainement pour ne pas rendre cette
lecture trop abondante et laisser à qui le voudra, le plaisir de se faire sa propre
opinion.
T. Tomansi ( tomansi@comnet.ca )