| Deux questions
adressées à Me Kabundi |
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| Jules De Tibeiro |
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Cher compatriote,
Bonjour ! J'ai toujours été séduit par la justesse, la finesse et la rectitude de vos
propos sur ce réseau. Raison pour laquelle, je voudrais vous demander de m'éclaircir sur
l'utilisation du vocable : DIASPORA.
Ce mot grec signifie dispersion, résultat de l'action de semer (speiro), ce qui implique
l'existence première d'un groupe, qui est ensuite dispersé en tout ou partie. Il n'a
été pendant très longtemps utilisé que pour désigner la dispersion forcée des Juifs
dans l'Antiquité. Il était ainsi associé à l'idée d'un exil sous la contrainte, à
une conscience identitaire très forte, issue d'une relation privilégiée avec un dieu
unique (notion de peuple élu), à une présence minoritaire, dominée et non DOMINANTE,
dans un assez grand nombre de territoires ou de pays différents du territoire d'origine
(cas de la Palestine par exemple).
Au crépuscule de ce XXème siècle, les diasporas se déploient à l'échelle mondiale,
à des degrés différents et ce avec un tropisme continental plus ou moins affirmé. Dans
toute diaspora, le folklore, la cuisine, la langue et la culture au sens large
(littérature, cinéma, musique, presse), la vie associative ainsi que les liens familiaux
jouent un rôle fondamental. Mais l'absence ou la présence d'un élément n'est pas
discriminant.
Les liens de parenté constituent le tissu même de la diaspora, en particulier dans
celles qui sont issues de l'Asie et de la Méditerranée orientale, aux familles
élargies.
De même, le lien communautaire est toujours présent; il est constitutif de toute
diaspora. Les caractères qui permettent le mieux de différencier les diasporas sont le
degré inégal de leur structuration et de leur organisation, ainsi que le rôle plus ou
moins déterminant qu'excerce leur État-nation d'origine, lorsqu'il existe.
La religion, l'entreprise et la politique sont les trois grands champs à travers lesquels
se manifestent ces deux caractères discriminants. En l'état actuel de la recherche, on
ne peut qu'esquisser une typologie en fonction de ces critères, à partir de l'exemple de
quelques diasporas.
i) Un premier ensemble se situe autour du pôle entrepreneurial, tout le reste lui étant
subordonné ou ne jouant qu'un rôle secondaire. Les diasporas chinoise, indienne et
libanaise en sont les meilleurs exemples. La religion, trop diversifiée, ne joue pas ûn
rôle structurant.
ii) Un autre exemple de diasporas est celui dans lesquelles la religion, souvent associée
à une langue, est le principal élément structurant : diasporas juive, grecque,
arménienne, assyro-chaldéenne. Cette religion est monothéiste et très fortement liée
à une langue sacrée : hébreu, grec, araméen, arménien.
iii) Un troisième ensemble de diasporas, sur lesquelles on ne dispose d'observations que
sur une plus courte durée, s'organise autour d'un pôle politique, lorsque le territoire
d'origine est dominé par une puissance étrangère. On peut citer l'exemple de la
diaspora palestinienne, qui a réussi à constituer un véritable État en exil,
l'Organisation de la Libération de la Palestine (OLP), dont l'objectif est d'établir un
État-nation à côté de l'État d'Israél. La diaspora tibétaine est très fortement
structurée autour de son guide, leader religieux et politique, le Dalaï Lama, en vue
d'obtenir une très large autonomie de son territoire à l'intérieur de la Chine, alors
que l'occupation actuelle par l'armée chinoise remet en question l'existence même de
l'identité tibétaine.
PEUT ON PARLER AUJOURD'HUI D'UNE DIASPORA CONGOLAISE (OU ZAIRO-CONGOLAISE SI VOUS VOULEZ)
? C'est ma première question.
SI OUI, AU NOM DE QUELS CRITÈRES OU PRINCIPES UN INDIVIDU SUR CE RÉSEAU PEUT SE
PERMETTRE DE SIGNER SES "LIVRAISONS" INTÉGRISTES AU NOM DE CETTE DIASPORA OÙ
JE SERAIS INTÉGRÉ A L'INSU DE MA VOLONTÉ DANS LA MESURE OU JE N'ADHERE PAS À SES
IDÉES ? Ce sera ma seconde question.
Dans l'affirmative, peut on dire que la diaspora zairoise est permanente dans la mesure
où elle n'a pas pu se dissoudre après la mort de Mobutu.
Dans ce droit fil, les anti-mobutistes constituant cette diaspora devaient regagner le
pays. S'ils continuent à vivre en exil, cela pose problème ...
Dans l'espoir de vous lire, cher compatriote, recevez mes meilleurs sentiments.
Jules de Tibeiro, Ph.D
Profeseur agrégé. |
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