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Editorial Nouvelle Présence Congolaise (Juin 98)
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Silubwe Moke
Bonaventure
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Journal d’Opinion et d’information de la Communauté Congolaise - N°11 du 30 JUIN 1998

EDITORIAL

De la corruption : un bon sujet de philo...

Un an après son arrivée au pouvoir, le Président Kabila a opéré son premier grand remaniement ministériel. Bien que celui-ci était attendu, il était cependant précédé des folles rumeurs semant un peu la confusion dans les esprits. Avec le renvoi du mini-sommet des Chefs d’Etat qui devait avoir lieu à Kinshasa et la tenue concomitante d’un autre à Kigali réunissant ceux-là même qui avaient boudé Kinshasa, ce fut une aubaine pour les anti-kabilistes de tous bords qui s’en sont donné à coeur joie pour nourrir encore plus la confusion. Malgré tout, l’anniversaire du 17 mai fut célébré tant bien que mal, et le remaniement eut lieu. Au total, près de cinq ministres, et pas des moindres, furent écartés et mis sous les verrous pour corruption, mégestion et autres malversations financières...

L’Afrique et le Congo, en particulier le Zaïre, sont habituellement montrés du doigt pour la corruption de leurs dirigeants. On sait aujourd’hui qu’il s’agit là d’un phénomène très répandu dans le monde politique, et surtout occidental. Mais, au Zaïre, le Chef d’Etat lui-même, Mobutu, s’était érigé de général d’armée en corrupteur (et corrompu) général. Ainsi partie d’en haut, la corruption a gagné les couches les plus profondes de la société et a ainsi ruiné l’Etat. D’un ministre ou d’un dirigeant qui ne se « servait » pas, selon la devise du parti, on disait : « Ye pe, baloka ye ô boni ? » Entendez s’il ne vole pas, il est peut-être ensorcelé ! Dans ce système unique (et inique !), tous les « grands commis » de l’Etat faisaient des affaires. Les généraux en activité et les ministres étaient devenus des commerçants. Aujourd’hui encore, nombre d’entr’eux, devenus opposants, revendiquent sans vergogne la « normalité » d’une fortune ou d’une richesse accumulée sous ce régime !

Le système de corruption fonctionne comme la dictature : le corrupteur général génère partout dans le pays des petits corrupteurs, ce qui auto-entretient et pérennise le système. Ce qui a pérennisé la dictature de Mobutu. L’institutionnalisation était donc une des particularités de la corruption au Zaïre. A cela peut s’ajouter une autre particularité du Zaïre (et de nombreux pays africains) : l’impunité des actes. Le jeu était simple : qui volera le plus ? On a ainsi vu des dirigeants détruire complètement une entreprise, une société ou des infrastructures et être promus à d’autres fonctions, parfois plus importantes. Cette culture de la corruption rendait le système presque parfait, une seule chose manquait : l’institutionnalisation et l’impunité n’étaient pas inscrites dans la constitution. Mais la pratique ou la réalité ne complète-t-elle pas aussi la constitution ? Au fait, que pensent les anciens dignitaires, aujourd’hui donneurs de leçon, de l’arrestation des ministres ou des dirigeants corrompus ?

Que des ministres malfaisants existent aujourd’hui ne n’étonne pas. Il est possible qu’on en découvre encore demain, et encore d’autres dans les années à venir... Le fait d’avoir été de la « diaspora » - c’est là aussi un terme à redéfinir - ne change pas le fond du problème, et surtout pas l’état d’esprit du Zaïrois, même s’il doit devenir Congolais : c’est, nous ne cessons de le répéter, le plus grand héritage du mobutisme. Quand on s’est compromis une fois ou qu’on a toléré une compromission, on est susceptible de se compromettre. Beaucoup de compatriotes doivent se regarder, mais la vérité est unique et inaliénable. La corruption est une gangrène qu’il faut soigner. Mais le médecin ne connaît pas l’étendue réelle de la gangrène. Pour guérir la gangrène de l’orteil, un mauvais chirurgien ampute le pied, un bon chirurgien la jambe, et un excellent chirurgien ampute au-dessus du genou.

Pour notre part, l’arrestation des ministres et autres dirigeants est une véritable étape d’assainissement des mentalités. Bien entendu, dans les cas actuels, il faut établir les faits qui devront amener à l’inculpation. Lorsque les preuves seront réunies, il faudra les juger, ils devront se défendre et, s’ils sont reconnus coupables, il faudra des sanctions exemplaires. Kabila les avait prévenus : il faut couper avec les habitudes du passé. Ceux qui commettent des malversations financières doivent être justement écartés et arrêtés. A notre connaissance, c’est la première fois dans notre pays (et en Afrique peut-être) que des ministres en exercice accusés de corruption sont arrêtés. On peut raisonnablement penser qu’on s’attaque là aux deux piliers de la corruption que sont l’institutionnalisation et l’impunité. Pour cette raison, et pour cette raison seulement, qu’on soit pour ou contre le régime, on aurait voulu entendre qu’un seul cri au pays et à l’extérieur : Bravo ! Mais voilà, il s’agit de Kabila...

Néanmoins, terminons par une note d’espoir. En ce temps de leçons, d’examens, de bac et autres, un seul sujet de dissertation s’impose : « Un corrupteur ou un corrompu peut-il être juge ? » A vos tablettes, messieurs, honorables et autres dignitaires !

La rédaction.

Silubwe Moke Bonaventure
(CERDEC, Contact email : j-mangalaboyi@chru-Lille.fr )

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