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ONU - CONGO : L'addition est trop lourde. Trop !
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Chris Sassa
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Le 29 juin (lundi déjà), la République démocratique du Congo risque, non pas de se trouver dans l'effervescence qui prépare habituellement les fêtes (le 30 juin, c'est le lendemain), mais dans le deuil. C'est en effet ce jour là que sera rendu public le rapport de l'ONU sur le massacre des réfugiés. Avec les obstructions imputées par les enquêteurs au gouvernement Kabila, avec tout ce qu'on a dit et écrit sur ces messacres, avec tous les témoignages que les enquêteurs ont quand même pu récueillir, les conclusions de ce rapport ne peuvent pas être autres que ce qu'on imagine.

Le 29 juin ou un peu plus plus tard puisque le Conseil de sécurité doit se prononcer, le Congo risque d'étre mis au ban de la communauté internationale, privé d'aide entre autres sanctions et nous, ses citoyens, frappés d'opprobre. Il est étonnant que nous ne semblions pas nous en préoccuper outre mesure et que nous discutions d'autres choses alors que ce qui pourrait arriver, si ça arrive et qu'on le qualifie de génocide, compterait parmi les calamités majeures qu'aura connu notre pays.

Pour votre information, dans l'histoire, seulement trois génocides sont reconnus comme tels: le génocide arménien, le génocide juif et le génocide rwandais. Celui-ci pourrait être le quatrième, à moins qu'on ne le considère comme le prolongement du troisième. Nous aurons tout connu. Et voici l'accusation la plus infâme pour un peuple qui risque d'être porté contre nous. Les Allemands ont toutes les peines du monde à s'en relever un
demi-siècle après.

Face à cet événement, les réactions sont plutôt malheureuses. Le grand public semble indifférent, les intellectuels versent dans des débats épistolaires sur la qualification de ce qui s'est passé, les responsabilités (l'exercice n'est pas inutile, je conviens), l'opposition y trouve matière à noyer Kabila et l'AFDL; et le gouvernement, lui, se livre à une fuite en avant effrenée. Pendant ce temps, à New-York, le cours du temps ne s'est pas arrêté et la machine s'est mise en branle.

Kinshasa y va en dénégations indignées: il n'y a pas eu génocide. D'accord. Sa parade est plutôt triste, ressemblant plutôt à celle d'une personne en train de se noyer et qui saisit même les feuilles flottantes. Lisez donc la "Déclaration de la République Démocratique du Congo sur le rapport de l'ONU relatif aux prétendus massacres des réfugiés Hutu (Présidence de la République - Direction de la communication - 24/06/98)" sur Congonline.
Triste. Qu'est-ce que le fait qu'il y ait eu des fuites avant la publlication du rapport, que Richardsson ait parlé à un journaliste va changer à l'affaire ? Cela va-t-il arrêter la machine onusienne ? On accuse la France, et puis après ? Sur le fond de l'affaire ? La France peut avoir créé les conditions du massacre (ne parlons pas encore de génocide), mais ce n'est tout de même pas elle qui l'a perpétré! On va même jusqu'à remettre en cause l'existence de l'ONU!

Sur le plan interne, on fait vibrer la corde nationaliste (ceux qui comme moi se méfient de ce terme qu'on mange avec toutes les sauces ont-ils tort?). La patrie est en danger, non pas parce que des armées étrangères campent à nos frontières prêtes à nous envahir, mais parce qu'il y a pire.
On convoque les journalistes congolais et les voilà, en nationalistes convaincus, prêts à guerroyer contre l'ONU. Heureusement qu'il y a encore quelques esprits lucides parmi eux (lire: "A bout portant: l'ONU et les droits de l'homme en RDC" de Kayembe Mukuna in "Le Potentiel" du 23 juin 1998 et que reprend Congonline, merci à ce dernier soit dit en passant).

On a recherché le soutien de l'OUA. Accordé, dira-t-on. Mais, qu'est-ce qu'il vaut ? A-t-on déjà vu l'OUA refuser son soutien (de pure forme) à un État-membre qui le sollicite. Si ce soutien valait quelque chose, il y a longtemps que la Lybie ne serait pas sous embargo!

Et comme pour anticiper sur ce qui va arriver, Kinshasa veut plonger le pays dans l'autarcie. Que valent les "contributions volontaires" des ministres (10% de leurs salaires, soit-dit-on 400 à 500 US$ par mois). Que peuvent verser dans la tire-lire commune des gens qui n'ont presque rien dont certains n'ont pas été payés depuis des mois ? Un pays aux dimensions continentales peut-il se reconstruire avec un budget de 700 millions de dollars (duquel il faut soustraire déjà de gros et scandaleux salaires) ?
L'autarcie ?.Demandez aux Albanais et aux Guinéens, ils en savent quelque chose. Saddam Hussein a cru défier un ambargo international: c'est piteusement qu'il s'est plié aux exigences de l'ONU. Mais, avons-nous les moyens de l'Irak ou de la Lybie, surtout avec l'état dans lequel Mobutu a laissé le pays?

Y a-t-il eu génocide ? Ce qui est certain est qu'il y a eu mort massive d'hommes, de femmes et d'enfants. Très peu d'entre eux étaient en armes. Il ne sont pas morts des suites d'un cataclysme naturel. Certains ont été tués, d'autres ont été poussés à la mort.

Écartons cet argument subjectif qui veut que nous soyons des gens pacifiques qui ne feraient pas du mal à une mouche. Ce n'est certainement pas ce genre d'argument qui pourrait convaincre la communauté internationale. Examinons plutôt objectivement la situation. La question est: AVIONS-NOUS INTERET A MASSACRER DES TUTSIS RWANDAIS ? Nul besoin de démonstration pour repondre: NON. QUI AVAIT INTERET DANS CE MASSACRE ? Là aussi, nul besoin de boussole pour les pointer du doigt. Bon Dieu, on ne perpétre pas un acte aussi ignoble sans mobile! Il se fait que ce massacre a eu lieu sur notre sol. Voilà encore une vérité aussi évidente que le nez
au milieu du visage.

Ceux qui avient intérêt dans ce massacre nous ont-ils aidé à chasser le dictateur ? Merci. Mais, le prix à payer était-il celui de la complicité tacite par le silence et la couverture ? Là, le prix est lourd, trop lourd.
L'opprobre, la honte pour des générations, la misères pour les générations actuelles. Non, le prix est trop lourd.

Monsieur le président, vous, vos compagnons et vos combattants n'aviez aucun intérêt dans ces massacres. Vous avez certainement une dette de reconnaissance envers ceux qui vous ont aidé. mais, je crois que le moment est venu de revoir les termes du marché. Considérez-vous délié de ces engagements et tout le peuple congolais vous soutiendra au moins en cela.
Le prix est trop lourd et quand nous accepterons de nous plier aux conditions de la communauté internationale, le peuple aura déjà enduré d'indicibles souffrances. DANS CE BRAS DE FER, CE N'EST PAS L'ONU ET LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE QUI PLIERONT, MAIS LE CONGO UN JOUR OU L'AUTRE.

Dénoncez ce qui doit l'être. Et que l'opposition (surtout Mobutiste car c'est à cause du régime défunt qu'on en est là), ne profite pas de ce moment grave pour l'histoire de notre pays pour enfoncer le clou. Luttez contre Kabila sur d'autres terrains, SVP.

C'est un élan patriotique qui me pousse à crier haut et fort! Pas une opposition à je ne sais qui.


Chris Sassa ( csassa@hotmail.com )
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