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Attention au corset légaliste!
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Chris Sassa
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Je me sens un peu désorienté devant le légalisme de plus en plus invoqué sur nos forums. Je ne vise aucun des cas qui ont fait couler beaucoup d'encre et de salive virtuelle et qui m'ont semblé, avoir sombré dans le légalisme. C'est d'un point de vue plutôt général que je me place.

Avec le Net et nos forums, nous sommes dans l'univers de la communication et de l'information. On devrait donc, à mon avis, d'abord en appeler aux principes qui régissent cet univers. L'un de ces principes, une règle d'or, veut qu'on n'affirme rien qu'on ne puisse prouver. C'est vrai que la règle est contournée même par les plus grands journalistes. Mais, que serait le monde sans les règles ?
On dira que c'est ce qu'on exige dans nos forums. OK, alors empruntons le principe à l'univers dans lequel s'inscrivent nos débats et échanges: celui de la communication et de l'information. Pas celui des cours et tribunaux.
Le droit, dans l'entendement commun, rappelle trop la police, le tribunal, la prison (on n'oublie que le droit, c'est aussi le chemin inverse: la liberté, la justice, etc.).

Ce principe parait même plus contraignant du point de vue de la presse. Le "n'accusez pas sans preuve" des juristes peut et doit finalement être compris comme "ne condamnez pas sans preuve". Car, c'est surtout de condamnation qu'il s'agit, pas de la simple accusation. Celle-ci peut, certes, anéantir toute une vie et on connait des gens qui ne se sont pas relevés d'une accusation. Mais... A preuve (décidement): la police peut décider qu'il n'y a pas matière à enquête et une plainte s'arrêtera là ("Nothing we can do about that", au moins une fois, je me suis fait dire cela par la police). La couronne (le parquet au Canada) peut aussi décider de ne pas porter des accusations ou les abandonner alors que l'affaire est en cours et votre accusation s'arrêtera là. Enfin, le tribunal peut toujours donner raison à l'accusé (le comble pour une accusation).

Il en va différement dans l'univers de la communication et de l'information. C'est en principe dès le départ qu'il ne faut rien affirmer (càd accuser) qu'on ne puisse prouver. Ceci compensant cela, la presse offre la possibilité de rétablir les faits: répliques, démentis, mises au point (pas au poing), droit de réponse, etc. Ce qui n'exclut pas, bien sûr, le recours devant les tribunaux, mais il y a moyen au moins de s'arranger.
La grande hantise du journaliste ? C'est d'accoucher des inepties et de contre-vérités qui le discréditeront et le disqualifieront. La sanction populaire est impitoyable.

Cela dit, je n'irais pas jusqu'à exiger des intervenants sur nos forums la même rigueur que pour les professionnels de la communication et de l'information. Justement, parce que ce ne sont pas des professionnels et nombreux sont des dillettantes, ce qui n'enlève rien à la qualité de leurs réflexions, interventions et répliques (bien qu'on puisse trouver parfois à
redire sur la forme et le ton). Le minimum à conseiller ? Éviter la mesquinerie et la bassesse, demeurer objectif et être guidé par le bon sens. Sur nos forums aussi, la sanction populaire joue: il y a des gens qu'on a de la peine à lire ou à suivre le fil des idées; chez d'autres la rigidité de la pensée le dispute à l'étroitesse d'esprit; il y a ceux qui ne disent rien et ceux qui se croient plus Congolais que les autres. Chacun a "ses" gens comme ça et peut-être que moi-même je le suis pour certains!

Si l'exigence de la preuve devenait une règle absolue sur nos forums, je crois que ceux-ci deviendront tellement aseptisés qu'ils perdront de leur intérêt. Conclure que parce qu'on a pas apporté des preuves, les accusations sont futiles est dangereux. Tenez: il a été question du pardon de Mobutu. Dans mon esprit, les choses sont claires et simples: Mobutu a causé du tort au peuple congolais et à moi (Dieu merci, je suis encore en vie). J'ai droit au pardon. A ce jour, je n'ai enregistré de pardon ni de son vivant, ni à sa mort (il n'est pas mort subitement comme le Abacha ou Habyarimana) et moins encore en post-mortem. Et, on veut que je dise: "il se peut qu'il a demandé pardon et je ne le sais pas" ? Non, ne m'en
demandez pas trop, ne demandez pas que j'aie été à Rabat ou non. S'il a demandé pardon, ceux qui l'ont enregistré ont tort de ne pas le dire. A moins qu'ils ne craignent qu'en rendant public ce pardon, cela impliquerait une reconnaissance tacite des méfaits de l'ex-"Père de la nation" et donc à amener ses héritiers à rendre ce qui nous a été pris! Mobutu n'était pas incapable de sentiment: n'a-t-il pas versé des larmes lors du sabordage de son régime (discours de la Nsele) ? J'ai droit au pardon, je ne l'ai pas enregistré à ce jour donc il n'existe pas. Point. Je n'ai rien à prouver.
La rétention de la preuve ou le refus de témoigner est aussi un délit. Chargez alors ceux qui garderaient pour eux "mon pardon" !

J'aime comparer la situation actuelle à une digue ou un barrage qui cède soudainement. Qui peut endiguer, canaliser les impétueuses trombes d'eau qui s'échappent ? Plus tard, plus loin, le courant se calmera, le fleuve retrouvera son lit. Plus de trente ans de frustration, de rage impuissante ont été brusquement libérés. Comment empêcher les gens de crier leur haine et leur colère avec tout cela implique comme débordements ? Mais, y a t-il moyen que ça se passe autrement ? D'ailleurs, cela se traduit aussi bien dans d'autres secteurs: voyez la presse congolaise, combien de titres et qu'écrivent-ils ? Voyez les partis politiques. On dit qu'il y en a 400.
Nous nous trouvons donc à cette période un peu folle et je suis convaincu que la situation se calmera d'elle-même. Y compris pour les partis politiques: déjà avec la disparition de Mobutu, je suis sûr que les partis "alimentaires" qu'il entretenait n'auront pas les moyens (et les raisons) d'aller aux élections. Certains autres s'élimineront aussi d'eux-mêmes et comme ailleurs, il restera les grands partis et quelques partis-satellites.Mais, d'ici là, qu'y peut-on ?

Les choses se compliquent encore parce que le nouveau pouvoir ne semble pas regler les comptes du Mobutisme comme il faut. La frustation des uns et des autres ne peut que s'accroître quand certains des fossoyeurs ont repris du service, que d'autres se prélassent sans être inquiétés le moins du monde et les plus culottés veulent même revenir, armes à la main! Puisque la justice institutionnelle semble ne pas s'en préoccuper, c'est la justice
populaire qui s'en saisit. Elle peut être sans loi, mais elle est parfois pleine de bon sens. Quand une technicalité libère un criminel, quand -comme c'est dans le cas d'espèce- la justice institutionnelle laisse courir des malfaiteurs, la justice populaire condamne. Certes, elle n'envoie pas en prison -autrefois, on pendait haut et court, ailleurs et il n'y a pas
longtemps, c'était le supplice du collier (pneu enflammé)- mais elle frappe essentiellement d'opprobre. Plus que toutes les peines, celle-là est sans commune mesure.

Des preuves ? On sait comment il est difficile de les réunir, même pour le parquet, les avocats, les détectives. Les criminels ne sont pas bêtes.
C'est incidemment que l'or de Mobutu en Gambie a été découvert. Si un élément de la garde industrielle de Kilo-Moto avait dit: "Mobutu prenait l'or pour l'entreposer à l'étranger", comment l'aurait-il prouvé, à son niveau ? Devait-il se taire et ne pas crier quand l'occasion lui aurait été donné ? Doit-on demander aux pauvres gens, pour se défouler ou crier leur colère de produire des preuves que tel baron qu'ils connaissent bien et dont ils connaissent les méfaits, a volé ? Si ces barons vont pousser le cynisme jusqu'à envoyer leurs victimes en prison, coupables de les avoir accusés sans preuves, qu'ils le fassent. D'ailleurs cela leur ressemble bien!

Non, je crois qu'il ne faut pas trop demander aux gens. Mais, maintenant, attention, je ne délivre pas une licence pour insulter, injurier et accuser n'importe qui. Le cas de ceux qui ont ruiné notre pays est tout à fait spécial. Qu'on fasse le procès de ces gens via un tribunal ou une commission "vérité et réconciliation" et tout rentrera rapidement dans
l'ordre. Quiconque s'est trouvé aux premières loges du pouvoir, même s'il ne s'est pas trop compromis (il y en a, je vous assure), devait avoir du respect pour l'expression populaire de la frustration. Les moins compromis devront laisser passer la vague et quand tout se tassera, ils pourront refaire surface. L'histoire reconnaîtra leurs mérites. C'est comme lors d'un deuil chez nous: quand la nouvelle du décès arrive, on assiste à toute sorte de débordements spontannés et poignants (tout le monde a vu ça). Et puis, on pleure plus calmément, quelques autres débordements à la fermeture du cerceuil et à l'enterrement, puis le deuil et la vie reprend. Mais, il faut respecter ces débordements, même s'ils sont parfois spectaculaires, qui sont l'expression de la peine.

Mes observations ne valent pas pour des gens comme Muganga et Jeanpy par exemple. Elles n'ont rien à avoir avec les basses mesquineries. Puisque la justice institutionnelle ne peut rien, alors, il nous reste le choix: continuer à ruminer les frustrations ou en parler. Les années Mobutu ne sont pas de l'histoire ancienne: leus acteurs, à part le maître, sont
encore là.
Ai-je tort ? Je ne déclare pas la guerre aux juristes, mais je crois que nous qui ne le sommes pas, pouvons aussi voir les choses de notre façon. Il reste que quand eux écrivent, ils ont intérêt à s'en tenir aux règles de l'art. Mais, nous ? Le bon sens, l'objectivité, la logique dans le raisonnement, la suite dans les idées et pas d'insultes.



PS: L'occasion faisant le larron, je finis par une paranthèse. J'ai lu sur ce forum, rapporté par un inconditionnel que son parti, une fois arrivé au pouvoir, n'autoriserait que celles des formations qui auront fait élire des députés. Voyons donc! La liberté d'association est un droit constitutionnel et de quel droit (la vilaine répétition) la restreindrait-on ? De quel droit présumerait-on qu'un parti qui n'a pas fait élire de députés cette fois n'en fera pas élire la prochaine fois ? De quel droit ignorerait-on le suffrage populaire (aux élections canadiennes de 1994, le parti conservateur est passé de plus de 200 députés à ... deux seulement! Mais, en terme de suffrages populaires, il venait en deuxième position. Ce qui veut dire qu'il y a plus de Canadiens qui ont voté pour ce parti que pour le Bloc québéquois, le Reform et les Néo-Démocrates) ? De quel droit présumerait-on qu'un parti hors du parlement n'aurait aucune influence sur l'opinion ? La dictature a des débuts parfois insidieux.
Comme pour le reste, il faudrait laisser faire les choses et agir le bon sens. Déjà avec la disparition de Mobutu, je suis sûr que les partis "alimentaires" qu'il entretenait n'auront pas les moyens (et les raisons) d'aller aux élections. Certains autres s'élimineront aussi d'eux-mêmes et comme ailleurs, il restera les grands partis et quelques partis-satellites.
On peut regler la question du cadre de fonctionnement des partis politiques (qui sont tout de même des associations un peu spéciales). Mais, de là à décreter que tel parti peut exister, non. D'ici là, qu'y peut-on ?

Chris Sassa ( csassa@hotmail.com )

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