| Re: Le Mobutisme: État
totalitaire ou État de nature authentique ? |
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| Chris Sassa |
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Cher M. Silubwe Moke Bonaventure,
Je viens de lire votre excellente et profonde analyse du Mobutisme. C'est un peu ...
"cérébral" (le mot avait été en vogue à un certain moment dans l'ex-Zaïre.
Quand Mobutu se découvrait un nouveau mot, il prenait la vedette non seulement dans les
médias mais jusque dans la rue!). Bon, disons que j'ai dû m'y reprendre au moins une
fois pour bien le saisir. Je ne suis pas sûr que je ne vais pas le relire tant l'article
est intéressant et instructif.
Je suis d'autant plus intéressé que je débats de débattre du Mobutisme et de son
héritage avec les Mobutistes sur le Net. Je n'irai pas jusqu'à avoir l'impertinence de
dire que vous me complétez, mais disons que nos reflexions et celles d'autres personnes
sont concourantes et convergent pour décrier la nature et la forme de l'État sous Mobutu
ainsi que les méthodes d'administration, de gestion et de gouvernement de la bande au
Maréchal, méthodes dignes du ... banditisme de grand chemin. L'État maffieux auquel
vous faites allusion ? Mais, c'était cela, le Zaïre de Mobutu! Lui, c'était le
"cappo de tutti cappi" (mes excuses aux Italophones si l'orthographe n'est pas
correcte), le parrain des parrains, quoi. Les familles s'étaient partagées les secteurs
à écumer et lui, impérial, regnaient sur elles et gare au petit cappo qui aurait
quelques velléités d'indépendance.
Une doctrine, un courant de pensée? Non, le Mobutisme a été un système.
Humblement, j'admets que je n'ai pas votre formation spécifique (la mienne est dans un
autre domaine) pour établir les subtiles mais importantes différences que vous relevez.
Mes analyses puisent dans ma mémoire, dans l'histoire vraie de notre pays et dans ce que
j'ai vécu et observé. Je me limite au fait que l'État zaïrois a existé ne serait-ce
que du fait de la reconnaissance internationale, des limites territoriales, d'un
gouvernement (ou de ce qui en tenait lieu), de la citoyenneté, des citoyens qui se
réclament de cet État, etc. Ce que pouvait être la substance de cet État, c'est ce que
vous essayez de démontrer de manière plus élaborée. Voilà qui enrichit le débat.
Et comme je l'ai déjà fait (me permettez-vous de le faire à votre place?), j'interpelle
une fois encore les Mobutistes doctrinaires ou doctrinaux à répliquer aussi à votre
analyse.
Dans la même veine, j'aimerais repondre à ceux qui s'interrogent sur l'opportunité d'un
débat sur le régime défunt, de son chef tout aussi défunt, de son héritage, etc. Sur
le Net, quelqu'un a même souhaité qu'on laisse "Mobutu dormir en paix". Mince,
alors! A ma connaissance, Mobutu s'en est allé sans demander pardon au peuple congolais.
Il n'est pas mort inopinément; il savait qu'il s'en allait. Ce n'est donc pas le temps de
faire son examen de conscience qui lui a manqué. Ou alors, il doit avoir fait cet examen
et trouvé que sa conscience (s'il en avait une) ne lui reprochait rien... Comment alors
pardonner (et laisser dormir en paix) quelqu'un qui ne vous le demande pas?
A défaut de cela, un procès du régime et du passé aurait dû être fait. Pas une
chasse aux sorcières, mais quelque chose de serein et de responsable du genre
"commission vérité et reconciliation" comme en Afrique du sud. Il y a tant de
zones d'ombre, tant de rancoeurs accumulées, des vies gâchées (qu'est-ce que je fais au
Canada alors qu'après de brillantes études (au pays, SVP), j'espérais servir ma patrie
et mener une vie, pas de pacha, mais décente, digne et confortable? Mais, Dieu merci,
j'ai encore la chance d'être en vie, Mobutu en a fait précéder beaucoup là où il est
lui-même en ce moment). Il n'y a que la vérité étalée sur la place publique, le mea
culpa, la réparation, dans la mesure du possible des torts (ne serait-ce que
symboliquement) et le serment solennel d'un "plus jamais cela" qui peuvent mener
au pardon et nous placer sur la voie de la reconciliation, préalable incontournable à la
reconstruction de notre pays dans la si riche diversité de ses citoyens!
En lieu et place de cela? M. Kabila arrive, fait arrêter ceux qui n'avaient pas eu le
temps de quitter le pays, les libère par la suite, invite ceux qui sont partis à
revenir, en incorpore quelques uns (et parmi les plus fameux du régime défunt dans son
gouvernement) et la roue devrait continuer à tourner! Que ces gens soient en prison ou
chez eux m'importe peu, mais je veux, M. le président, que les choses soient dites
publiquement, franchement avant de tourner le page. Je veux qu'ils me demandent pardon, à
moi leur concitoyen. Qui donc ne peut pas pardonner à quelqu'un qui reconnait ses fautes,
se répand et essaie de les réparer? Faire autrement, c'est reconstruire sur des ruines.
Comment veut-on qu'on oublie, qu'on pardonne, qu'on laisse Mobutu dormir en paix quand
ceux qui ont gâché ma vie affichent la même morgue à l'étranger, au pays ou dans les
cercles du nouveau pouvoir, que certains d'entre eux affirment, toute honte bue, qu'ils
veulent se poser en recours alors qu'ils sont souillés et pourris jusqu'à la moelle
pendant que d'autres, avec l'argent qu'ils nous ont volés et dont ils ne savent plus que
faire, veulent revenir, armes au poing pour "faire notre bonheur"?
Je lis aujourd'hui, sur Congoline que quelqu'un cherche des informations objectives sur
Lumumba. Nous y voilà. Mobutu arrive au pouvoir et proclame Lumumba, héros national.
L'effigie de celui-ci apparait même sur les billets de 20 makuta. M. Mobutu se
dédouannait à peu de frais et même sans frais... M. Kabila arrive, pardonne aux
assassins de Lumumba et, une fois de plus, son effigie va apparaître sur des pièces
d'argent. Pardonner aux assassins de Lumumba ? Mais, je ne demande pas mieux, mais
pardonner qui et quoi puisque les choses n'ont jamais été publiquement et clairement
dites ?
M. Kabila, en tant qu'individu, a certainement le droit de pardonner, mais il n'y avait
pas que Lumumba, il y avait ses compagnons et beaucoup d'autres... Il y a leurs familles,
leurs amis et le peuple congolais tout entier à qui les suppliciés appartiennent. Et il
y a l'histoire qui devrait repondre au compatriote Mutach Emmanuel dans sa recherche
d'informations
objectives sur Lumumba. Je ne suis pas un lumumbiste, mais j'ai le droit de savoir avant
de pardonner, mes enfants, mes petits-enfants et les générations à venir ont le droit
de savoir. Malgré tout le respect que je dois au président de mon pays (qu'on le veuille
ou non, qu'on l'aime ou non, il l'est en ce moment), je dénie à M. Kabila le droit de
solder "comme ça" les comptes de plus de trois décennies mobutistes, de
pardonner aux assassins de Lumumba et de ceux d'autres. M. Kabila doit créer les
conditions qui permettront au petit-fils fils ou à la petite-fille de Julianna Lumumba de
travailler avec celui ou celle de la fille de Munongo, au fils ou la fille de Manda Mobutu
de côtoyer celui ou celle du fils
d'Evariste Kimba (allié au mercenaire Mallants, Dieu où allons-nous ?), les conditions
qui auraient permis à feue Abeti Massikini et feue Mpongo Love (Dieu ait leurs âmes) à
sympathiser (à défaut d'être des amies) ...
Feu le Cdt Mpongo? Ma vieille mère m'a dit qu'il était son cousin lointain (certaines
origines de ma mère sont du côté de Luangu Bendu dans le "deep" Mayombe).
L'histoire retient de lui comme étant celui qui a pourchassé Lumumba et l'a fait
arrêter avant d'être lui-même pris plus tard et brûlé vif à Kisangani (on dit qu'un
certain M. Finant, père d'Abeti y aurait été pour quelque chose, je ne peux
l'affirmer). Moi, j'aimerais savoir... Et ce n'est pas en occultant l'histoire, en la
trafiquant qu'on rendrait service à la nation.
Reconciliation avant la reconstruction ? Je suis tout à fait d'accord avec Étienne
Tshisekedi. Mais, sur le principe, seulement car, pour lui, la réconciliation passerait
par la reconnaissance de la Conférence nationale "souveraine" et de ses acquis
et l'un de ces acquis est celui qui ferait de lui le premier ministre...
Chris Sassa ( csassa@hotmail.com
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