GauHome.jpg (15896 octets) Droitebandeau.jpg (20729 octets)
Re: Le Mobutisme: État totalitaire ou État de nature authentique ?
wpe141.jpg (679 octets)
Chris Sassa
wpe141.jpg (679 octets)
Cher M. Silubwe Moke Bonaventure,

Je viens de lire votre excellente et profonde analyse du Mobutisme. C'est un peu ... "cérébral" (le mot avait été en vogue à un certain moment dans l'ex-Zaïre. Quand Mobutu se découvrait un nouveau mot, il prenait la vedette non seulement dans les médias mais jusque dans la rue!). Bon, disons que j'ai dû m'y reprendre au moins une fois pour bien le saisir. Je ne suis pas sûr que je ne vais pas le relire tant l'article est intéressant et instructif.

Je suis d'autant plus intéressé que je débats de débattre du Mobutisme et de son héritage avec les Mobutistes sur le Net. Je n'irai pas jusqu'à avoir l'impertinence de dire que vous me complétez, mais disons que nos reflexions et celles d'autres personnes sont concourantes et convergent pour décrier la nature et la forme de l'État sous Mobutu ainsi que les méthodes d'administration, de gestion et de gouvernement de la bande au Maréchal, méthodes dignes du ... banditisme de grand chemin. L'État maffieux auquel vous faites allusion ? Mais, c'était cela, le Zaïre de Mobutu! Lui, c'était le "cappo de tutti cappi" (mes excuses aux Italophones si l'orthographe n'est pas correcte), le parrain des parrains, quoi. Les familles s'étaient partagées les secteurs à écumer et lui, impérial, regnaient sur elles et gare au petit cappo qui aurait quelques velléités d'indépendance.

Une doctrine, un courant de pensée? Non, le Mobutisme a été un système.

Humblement, j'admets que je n'ai pas votre formation spécifique (la mienne est dans un autre domaine) pour établir les subtiles mais importantes différences que vous relevez. Mes analyses puisent dans ma mémoire, dans l'histoire vraie de notre pays et dans ce que j'ai vécu et observé. Je me limite au fait que l'État zaïrois a existé ne serait-ce que du fait de la reconnaissance internationale, des limites territoriales, d'un gouvernement (ou de ce qui en tenait lieu), de la citoyenneté, des citoyens qui se réclament de cet État, etc. Ce que pouvait être la substance de cet État, c'est ce que vous essayez de démontrer de manière plus élaborée. Voilà qui enrichit le débat.

Et comme je l'ai déjà fait (me permettez-vous de le faire à votre place?), j'interpelle une fois encore les Mobutistes doctrinaires ou doctrinaux à répliquer aussi à votre analyse.

Dans la même veine, j'aimerais repondre à ceux qui s'interrogent sur l'opportunité d'un débat sur le régime défunt, de son chef tout aussi défunt, de son héritage, etc. Sur le Net, quelqu'un a même souhaité qu'on laisse "Mobutu dormir en paix". Mince, alors! A ma connaissance, Mobutu s'en est allé sans demander pardon au peuple congolais. Il n'est pas mort inopinément; il savait qu'il s'en allait. Ce n'est donc pas le temps de faire son examen de conscience qui lui a manqué. Ou alors, il doit avoir fait cet examen et trouvé que sa conscience (s'il en avait une) ne lui reprochait rien... Comment alors pardonner (et laisser dormir en paix) quelqu'un qui ne vous le demande pas?

A défaut de cela, un procès du régime et du passé aurait dû être fait. Pas une chasse aux sorcières, mais quelque chose de serein et de responsable du genre "commission vérité et reconciliation" comme en Afrique du sud. Il y a tant de zones d'ombre, tant de rancoeurs accumulées, des vies gâchées (qu'est-ce que je fais au Canada alors qu'après de brillantes études (au pays, SVP), j'espérais servir ma patrie et mener une vie, pas de pacha, mais décente, digne et confortable? Mais, Dieu merci, j'ai encore la chance d'être en vie, Mobutu en a fait précéder beaucoup là où il est lui-même en ce moment). Il n'y a que la vérité étalée sur la place publique, le mea culpa, la réparation, dans la mesure du possible des torts (ne serait-ce que symboliquement) et le serment solennel d'un "plus jamais cela" qui peuvent mener au pardon et nous placer sur la voie de la reconciliation, préalable incontournable à la reconstruction de notre pays dans la si riche diversité de ses citoyens!

En lieu et place de cela? M. Kabila arrive, fait arrêter ceux qui n'avaient pas eu le temps de quitter le pays, les libère par la suite, invite ceux qui sont partis à revenir, en incorpore quelques uns (et parmi les plus fameux du régime défunt dans son gouvernement) et la roue devrait continuer à tourner! Que ces gens soient en prison ou chez eux m'importe peu, mais je veux, M. le président, que les choses soient dites publiquement, franchement avant de tourner le page. Je veux qu'ils me demandent pardon, à moi leur concitoyen. Qui donc ne peut pas pardonner à quelqu'un qui reconnait ses fautes, se répand et essaie de les réparer? Faire autrement, c'est reconstruire sur des ruines.

Comment veut-on qu'on oublie, qu'on pardonne, qu'on laisse Mobutu dormir en paix quand ceux qui ont gâché ma vie affichent la même morgue à l'étranger, au pays ou dans les cercles du nouveau pouvoir, que certains d'entre eux affirment, toute honte bue, qu'ils veulent se poser en recours alors qu'ils sont souillés et pourris jusqu'à la moelle pendant que d'autres, avec l'argent qu'ils nous ont volés et dont ils ne savent plus que faire, veulent revenir, armes au poing pour "faire notre bonheur"?

Je lis aujourd'hui, sur Congoline que quelqu'un cherche des informations objectives sur Lumumba. Nous y voilà. Mobutu arrive au pouvoir et proclame Lumumba, héros national. L'effigie de celui-ci apparait même sur les billets de 20 makuta. M. Mobutu se dédouannait à peu de frais et même sans frais... M. Kabila arrive, pardonne aux assassins de Lumumba et, une fois de plus, son effigie va apparaître sur des pièces d'argent. Pardonner aux assassins de Lumumba ? Mais, je ne demande pas mieux, mais pardonner qui et quoi puisque les choses n'ont jamais été publiquement et clairement dites ?
M. Kabila, en tant qu'individu, a certainement le droit de pardonner, mais il n'y avait pas que Lumumba, il y avait ses compagnons et beaucoup d'autres... Il y a leurs familles, leurs amis et le peuple congolais tout entier à qui les suppliciés appartiennent. Et il y a l'histoire qui devrait repondre au compatriote Mutach Emmanuel dans sa recherche d'informations
objectives sur Lumumba. Je ne suis pas un lumumbiste, mais j'ai le droit de savoir avant de pardonner, mes enfants, mes petits-enfants et les générations à venir ont le droit de savoir. Malgré tout le respect que je dois au président de mon pays (qu'on le veuille ou non, qu'on l'aime ou non, il l'est en ce moment), je dénie à M. Kabila le droit de solder "comme ça" les comptes de plus de trois décennies mobutistes, de pardonner aux assassins de Lumumba et de ceux d'autres. M. Kabila doit créer les conditions qui permettront au petit-fils fils ou à la petite-fille de Julianna Lumumba de travailler avec celui ou celle de la fille de Munongo, au fils ou la fille de Manda Mobutu de côtoyer celui ou celle du fils
d'Evariste Kimba (allié au mercenaire Mallants, Dieu où allons-nous ?), les conditions qui auraient permis à feue Abeti Massikini et feue Mpongo Love (Dieu ait leurs âmes) à sympathiser (à défaut d'être des amies) ...

Feu le Cdt Mpongo? Ma vieille mère m'a dit qu'il était son cousin lointain (certaines origines de ma mère sont du côté de Luangu Bendu dans le "deep" Mayombe). L'histoire retient de lui comme étant celui qui a pourchassé Lumumba et l'a fait arrêter avant d'être lui-même pris plus tard et brûlé vif à Kisangani (on dit qu'un certain M. Finant, père d'Abeti y aurait été pour quelque chose, je ne peux l'affirmer). Moi, j'aimerais savoir... Et ce n'est pas en occultant l'histoire, en la trafiquant qu'on rendrait service à la nation.

Reconciliation avant la reconstruction ? Je suis tout à fait d'accord avec Étienne Tshisekedi. Mais, sur le principe, seulement car, pour lui, la réconciliation passerait par la reconnaissance de la Conférence nationale "souveraine" et de ses acquis et l'un de ces acquis est celui qui ferait de lui le premier ministre...


Chris Sassa ( csassa@hotmail.com )
Copyright Afriqu'Info asbl.