| "Ismes" et
"istes": le nationalisme, un panier à crabes! |
 |
| Chris Sassa |
 |
|
|
|
Pour réserver ma petite santé mentale et
psychique ainsi que mon indépendance de jugement et d'appréciation, je me méfie des
"ismes" conceptualisant des idéologies, des courants de pensée, des doctrines
et systèmes politiques ou philosophiques ou le culte voué à un individu. Les
"ismes" récèlent généralement le fanatisme, l'exclusive, la raison unique,
le bon droit, etc. En bons porte-voix de leurs "ismes", les "istes"
(les partisans des "ismes") sont fanatisés, intolérants et limitent leurs
horizons à ceux de leurs "ismes". Avez-vous déjà vu un "iste"
convenir qu'il se trompe, qu'il peut y avoir du bon dans le "isme" concurrent au
sien? Faites l'inventaire des "ismes" et vous verrez bien...
Les "istes" peuvent précèder les "ismes" (et même exister sans
eux). Sauf à désigner le système et l'arbitraire qui nous ont régi pendant 32 ans, le
Mobutisme est un concept creux; les Mobutistes eux, existent. Le Tshisekedisme et le
Kabilisme ne sont pas encore structurés en doctrines que les Tshisekedistes et les
Kabilistes existent déjà. C'est vrai que chez les uns et les autres, à part le culte de
la personne, le "nationalisme" hurle fort.
Ah! Le nationalisme. Malgré la noblesse dans lequel le concept se drape, le nationalisme
est à compter au nombre des "ismes" dangereux. Question à un dollar: qu'ont en
commun Mobutu, Kabila, Tshisekedi, Lumumba, Kengo, Gbanda, Olengankoy, Ngoma Zahidi,
Mutombo Dikembe, etc. (et peut-être vous qui me lisez en ce moment)? Ils sont tous
des
nationalistes. Attendez, je vous vois bondir d'indignation devant ce mélange.
Ce n'est pas moi qui le dit, c'est ce que tous disent d'eux-mêmes (sauf pour Mutombo
Dikembe: c'est le magazine de la Fédération congolaise de basket ball qui l'a
"élevé" au rang de grand nationaliste après qu'il soit venu au secours de
l'Équipe nationale féminine de basket ball lors des J.O.).
Le fait est que le nationalisme est à la fois un panier à crabes et un fourre-tout dans
lequel tout le monde trouve son petit coin. C'est en emboûchant la trompette nationaliste
qu'on nous fait avaler n'importe quoi: nous sommes supérieurs à tous les autres, le
monde entier nous en veut, nous sommes les plus beaux, les plus forts, les plus
intelligents... C'est au nom du nationalisme qu'on nous amène à croire qu'à travers un
match international de football, c'est l'honneur de la nation qui est en jeu (d'où tous
les moyens pour gagner, y compris la corruption). Pourtant, le lendemain de la défaite,
l'honneur ne se porte pas plus mal. Un musicien en tournée à l'étranger défend
l'honneur de la nation. Le journaliste Basunga Nzinga a eu son heure de gloire quand il a
été cité par Mobutu au cours d'un rassemblement populaire: "J'entends Basunga lors
de ces reportages se plaindre des arbitres. Il doit savoir qu'il n'est pas facile d'être
le Zaïre". Et les groupes d'animation de se mettre en transes pour saluer ces
paroles du Président-Fondateur. Ah, oui, tout le corps arbitral africain en voulait aux
Léopards, sauf quand ces mêmes Léopards se qualifient pour le tournoi final de la Coupe
du monde à partir d'un but irrégulier.
Non tempéré et habilement exploité par des bandits politiques, le nationalisme
s'exacerbe et cause des torts au monde. Qu'on se souvienne de ce que Nazi veut dire, que
le nationalisme était le credo du parti nazi
J'aime mieux être un patriote. La patrie. Y a t-il plus beau mot? Mais, direz-vous, le
patriotisme, c'est aussi un "isme". D'accord, mais avez-vous déjà entendu
parler de "patriotiste"? On est patriote. La patrie et le patriotisme ne sont ni
des doctrines, ni des systèmes et moins encore des idéologies. C'est naturel comme la
démocratie: il n'y a pas de démocratisme et de démocratistes. Il y a des démocrates.
On aime sa patrie comme sa famille, on la sert avec dévouement et abnégation: "la
patrie ou la mort", dit-on. Il y a quelque chose de profond quand vous dites
"mes chers compatriotes
". Oui, la patrie transcende toutes les
différences et tous les courants politiques, y compris le nationalisme. Mais, le patriote
peut garder la lucidité de jugement: ce n'est pas parce qu'on aime passionément sa
famille qu'on glorifie un père ivrogne et irresponsable. Le nationalisme parfois ferme
les yeux sur tout. "Tout va bien, c'est la faute aux autres".
Avez-vous remarqué comment le concept de nationalisme est prisé par les régimes
autoritaires et dictatoriaux, mais aussi par les pays les moins avancés qui s'en servent
comme soporifique pour endormir leurs peuples?
Avez-vous remarqué comment on est prompt, dans ces univers là à accuser les gens de
nationalisme et de militantisme mous ou tièdes pour les exclure? Si les seules
vociférations nationalistes pouvaient suffire à développer un pays, c'est le
Tiers-monde qui serait le G7!
Vous trouverez peut-être que je joue avec les mots. Nenni. En français comme dans toute
autre langue, il n'y a pas deux mots qui disent exactemment la même chose. Si tel est le
cas, l'usage finit par en tuer un.
Si vous pensez que je joue avec les mots, alors vous êtes certainement un patriote qui
s'ignore
Pour l'aide spontanée qu'il a apportée à l'Équipe nationale, Mutombo
Dikembe est assurément un patriote. Nationaliste? Il faudrait le lui demander...'
Chris Sassa ( csassa@hotmail.com
) |
|