| Mobutu: Nationaliste ou
pompier- pyromane ? |
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| Chris Sassa |
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Cher M. Ngama,
Ma réplique à votre réplique sera livrée en tranches. Il y a tant d'aspects à aborder
qu'une seule livraison serait trop longue. Aujourd'hui, il sera question du nationalisme
qu'on attribue à Mobutu. Soi-dit en passant, j'aimerais que vous lisiez mon opinion sur
le nationalisme que je livre ailleurs sur nos web sites. Dans cette réplique, je prends
donc
nationalisme dans le sens noble qu'on peut lui attribuer et qui serait, pour moi, du
patriotisme.
En Mobutu, assurent ses partisans, nous devrions donc d'abord voir le nationaliste sans
concession. Ce serait grâce à lui notamment que le Congo doit d'être demeuré dans ses
frontières actuelles. C'est toujours grâce à lui que nous, natifs de la RDC, avons
retrouvé la fierté d'être Zaïrois hier et Congolais, aujourd'hui en plus de former un
peuple et une nation.
Voilà pour la thèse. Les Mobutistes ne font que la reprendre, d'ailleurs. Mobutu Sese
Seko dont la modestie n'était pas la première des vertus ne manquait pas de le rappeler.
Ainsi, au cours d'un rassemblement populaire au Stade (ex-) du 20 mai, il a vertement
tancé le peuple par un arrogant "qui doit à qui ?". Il estimait lui, ne rien
devoir au pays et à son peuple. Par contre, ceux-ci lui devaient tout, jusqu'à leur
existence!. Je n'invente rien: c'est de Mobutu Sese Seko lui-même et ceux qui ont
écouté cette verte remontrance au stade ou à la radio et à la télévision sont des
millions et encore en vie.
Aux USA,on a récemment condamné à la prison à vie un analyste du Pentagone pour
intelligence avec une puissance étrangère. La puissance étrangère en question?
Israël, l'ami et le protégé des USA!
Quand Mobutu fait irruption à la Table ronde et se fait admettre dans la délégation du
MNC, il était déjà agent d'une puissance étrangère. Par la suite, il s'est affirmé
comme agent de la (CIA) et on sait que Lumumba était entouré de secrétaires d'Etat
félons agissant pour le compte de l'étranger. Il n'a jamais vu le fameux télégramme
sollicitant l'intervention de l'URSS et qui a été le point de départ de sa perte.
C'était pourtant sorti de son brain-trust dont Mobutu faisait partie.
L'agent Mobutu (avec d'autres dont le fameux "Groupe de Binza) a continué à servir
ses maîtres et les malheurs des premières années de notre indépendance sont à situer
dans la droite ligne de ces services: limogeage du gouvernement légal, démentèlement du
parlement, assassinat de Patrice Lumumba, rébellion, etc. L'Amérique luttait contre la
pénétration communiste au Congo. Peu importait le prix à payer par le peuple congolais.
Mobutu était là pour servir (et se faire payer). Le feu allumé, on lui prêtait un
sceau d'eau avant que le maître n'accoure avec du matériel anti-incendie plus
approprié.
Devenu chef d'État, il a continué à servir et dans cette position, il avait les
coudées plus franches encore (pensez à son implication dans la guerre de l'Angola,
c'était au nom de qui?). En 1974, à l'occasion du "coup d'État monté et
manqué" (selon ses termes), il s'était lamenté sur la "trahison" d'un de
ses fils (comme César; il aimait se comparer aux personnages historiques): le colonel
Omba, son secrétaire particulier.
Mais, il devait encore plus regretter que ceux qu'il avait servilement servi, en
l'occurrence les Américains, aient inspiré le coup! Cela ne l'a pas empêché de
continuer, surtout que son ancien boss, George Bush, était à la Maison blanche.
D'où il est (comme Noriega de sa prison), il doit méditer sur l'ingratitude de ses
anciens maîtres qui l'ont lâché sur la fin pour se ranger derrière Kabila. Mais, la
guerre froide était terminée et on pouvait mettre fin aux services de l'agent Mobutu.
Sacrifié. Terminé. L'intelligence avec une puissance étrangère est le plus grand crime
qu'un citoyen peut commettre contre son pays. Et quand ce citoyen a de plus occupé les
positions stratégiques, parvenant même à la tête de l'État, le crime est
inqualfiable. Ailleurs, il aurait eu droit à un rétentissant procès avant d'être pendu
haut et court.
Mais, revenons à ce qui nous concerne: comment concilier le nationalisme qu'on lui prête
et ses trahisons au profit de l'étranger?
Quelques temps après sa mort, on a découvert de l'or qu'il avait fait cacher en
Gambie (c'est à pleurer!). Passons sur ses possessions et fortune éparpillées ça et
là dans le monde. Pensez-vous, vraiment, que ce soit là des actions dignes d'un
nationaliste? Un père qui prend le revenu de la maison pour aller le dilapider ou le
cacher ailleurs, laissant ses
enfants mourir de faim et de maladie est-il responsable?
C'est vrai qu'il est facile d'accuser l'entourage de Mobutu, les profiteurs. Mais, qui a
créé cet entourage? Combien de pères de l'indépendance est-il resté dans cet
entourage? Est-il responsable (et nationaliste) de sa part d'avoir laissé faire des
vautours sur lesquels il avait la haute main et même le droit de vie ou de mort? Ne se
comportait-il pas plutôt en vulgaire chef de bande? C'est nationaliste, ça? Au fait, le
Mobutisme était un système et non une idéologie ou une doctrine.
Décidement, j'ai raison de me méfier du mot nationalisme. Parce que si trahir son pays,
réduire son peuple à la misère la plus noire, en faire la risée du monde, mettre sur
pied ou tolérer des gangs qui le tiennent en otage, le terrorisent et lui prennent tout
son argent, c'est cela le nationalisme, alors il faut se demander ce qu'il est au juste,
même dans sa compréhension la moins acceptable! Un seul, je dis bien un seul de ces
crimes suffit à exclure quelqu'un des rangs de vrais nationalistes!
Mais, à quoi tenait et tient donc le nationalisme de Mobutu pour qu'on nous demande de
l'enfouir au plus profond de notre mémoire?
Chris Sassa ( csassa@hotmail.com
)
PS: J'anticipe sur la suite de ma réplique. Les 40 milliards de dollars de dette, je ne
les ai pas inventés! Lisez l'interview de M. Kengo dans la Libre Belgique. Y a t-il mieux
qualifié que lui pour avancer les chiffres de la dette? |
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