| Etienne Tshisekedi vs
Anicet Kashamura |
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| Chris Sassa |
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Dans une "note d'information"
datée du 10 avril dernier, un concitoyen nous retraçait la vie d'Anicet Kashamura (1)
avant qu'un autre ne lui demande de faire de même pour Etienne Tshisekedi pour,
soulignait-il, "éclairer certains débats"(2). Ce dernier vient d'avoir sa
réponse sous la forme d'un article de "La Renaissance" publiée à Montréal
par l'Union de la Diaspora congolaise, édition du 20 février 1998 (3) et transcrite sur
le Net.
Ce qui, de prime abord, crève les yeux est que l'auteur de la note d'information n'aime
pas Anicet Kashamura d'amour tendre et que celui qui a transcrit la biographie de
Tshisekedi sur le Net est est un inconditionnel du leader de l'UDPS, autant que celui qui
l'a rédigée. Les deux biographies émanent donc d'admirateurs de M. Tshisekedi.
L'objectivité est, de ce fait, discutable.
La lecture impartiale de ces deux biographies fait se demander ce qu'il y aurait
d'impardonnable dans la vie de Kashamura et qui ne le serait pas dans celle de Tshisekedi.
A moins de faire motre de partisanerie aveugle, voici ce que nous apprend, entre autres,
son parcours politique:
1. Conseiller de Patrice-Emery Lumumba (MNC) qu'il quitte pour suivre Albert Kalonji.
Pourquoi choist-il celui-ci et non celui-là ? Il faut espérer qu'il y avait des raisons
profondes à la base de ce choix et non les simples affinités régionales ou tribales.
2. En 1960, il entre au Collège des Commissaires généraux issu du premier "coup
d'Etat" de Mobutu. Rappelons que c'est ce coup qui a mis fin à la légitimité des
urnes. Nous étions en régime parlementaire presque de type belge avec un chef d'État
élu seulement par le parlement alors que les parlementaires, eux, sont élus par le
peuple et que le chef de la majorité au Parlement -Patrice-Emery Lumumba, en l'occurence-
est, de droit, le chef du gouvernement (il détient la légitimité populaire bien plus
que le Chef de l'État). Le collège des commissaires généraux qui a remplacé le
gouvernement légitime était donc illégal et anti-démocratique. M. Tshisekedi a
participé à cette structure.
3. Ministre de la justice de l'État autonome du Kasai. M. Tshisekedi a donc activement
participé à une sécession et si celle-ci avait réussi, la carte de la RDC ne serait
pas ce qu'elle est aujourd'hui!
4. Avec le deuxième coup d'État de Mobutu, il est appelé au gouvernement comme ministre
de l'intérieur et des affaires coutumières, un des postes-clés de tout gouvernement. Ce
deuxième coup a aussi mis fin à une légitimité conférée par les urnes (des
élections générales venaient d'avoir lieu précédées par la promulgation d'une
nouvelle constitution). Nouvelle participation à un gouvernement illégal et
anti-démocratique.
5. Il quitte le ministère de l'intérieur pour celui de la justice. Il est, avec Joseph
Nsinga et quelques autres, le grand juriste du régime. C'est à cette période qu'est
élaborée et promulguée la constitution de la Deuxième République. Cette constitution,
dans sa version originale déjà, contenait les germes de la dictature et du monopartisme.
Certes, elle limitait le nombre de partis à deux, mais pourquoi et de quel droit n'offrir
au peuple le choix qu'entre deux partis?. Surtout que ceux qui allaient choisir ce
hypothétique deuxième parti s'affichaient comme opposants, adversaires ou ennemis de
celui qui "a sauvé le Congo", donc favorables à l'ordre ancien qu'on nous
avait sppris à ne voir que négativement. D'ailleurs, au cours d'un entretien avec la
presse, Mobutu avait dit: "j'ai créé mon parti, j'attends le leur". "Le
leur", c'était celui qui devait regrouper tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec
lui et M. Tshisekedi n'était pas au nombre de ceux-là (il était dans son gouvernement
et on ne le voyait pas prendre la tête d'un parti opposé à Mobutu et au gouvernement au
sein duquel il siégeait!).
6. Il est possible qu'il ait divergé avec Mobutu sur la définition du bipartisme, mais
cela ne l'a pas empêché de devenir l'un des grands manitous du MPR (Responsable du
Secrétariat national, responsable de la Commission "politique générale" du
parti). Le MPR s'imposait déjà comme ... parti unique. Soit dit en passant, le MPR a
été créé en 1967 et non en 1970 comme dit dans la biographie.
7. Pendant les massacres de Katekelayi, il est député. Les députés provenaient tous du
MPR et le candidat du MPR était le seul en lice. Autant dire qu'ils étaient nommés par
Mobutu.
Je ne relève là que les points de la biographie telle que reprise sur le Net et qui nous
vient d'un inconditionnel de Tshisekedi. Sincèrement, peut-il prétendre honnêtement que
tout cela est beau? Il y a des points qui sont tus. On fait allusion à la constitution de
1967 juste pour relever qu'il aurait divergé avec Mobutu, mais on est silencieux sur sa
participation à l'élaboration du Manifeste de la Nsele et à la création effective du
MPR dont il est resté l'un des responsables même quand ce parti s'est imposé comme seul
et unique acteur sur la scène politique.
C'est en 1981 à partir de la déchéance de son mandat de député que Tshisekedi a
commencé à devenir le virulent opposant que nous connaissons et admirons aujourd'hui.
Car, je suis d'accord avec l'auteur de la biographie qu'il est un personnage "hors du
commun, complexe et courageux".
Contrairement à l'auteur de la biographie de Kashamura, mon but n'est pas de noircir
Tshisekedi. Comme tout un chacun, il a commis dans sa vie, des fautes et des erreurs
d'appréciation et je suis sûr que s'il pouvait revenir 40 ans en arrière et repartir,
il n'emprunterait pas exactemment le même parcours. L'important, oui, l'important est
qu'il ait pris une nouvelle direction qu'il estime être la bonne. Nul ne peut nier les
sacrifices qu'il a consentis ni son action dans le cours et l'évolution actuelle de la
vie politique congolaise. Mais, faire montre de cécité sélective au nom de la
partisanerie fanatique ne profite à personne.
Je note que M. Tshisekedi et M. Kashamura sont des Congolais, de grands Congolais, qui
aiment leur pays bien que chacun à sa façon et selon des lignes politiques différentes.
A ce que je sache, aucun d'eux n'est coupable de crime de sang ou de pillage du trésor
public, les seuls crimes que je ne paux pardonner. M. Kashamura -dont je ne suis pas un
partisan et je laisse aux gens de l'AFDL le soin de la défendre, s'il y a lieu- n'a pas
activement participé à l'instauration et à la consolidation du régime Mobutu pas plus
qu'à une sécession. Dans son analyse, il a jugé que la légitimité ne se trouvait pas
du côté de Léopoldville et est entré en rebellion. Ne sont-ce pas des mérites?.
Certains pourront dire qu' il est en voie de commettre une erreur avec la commission
constitutionnelle. C'est possible, mais cela aussi, c'est dans la vie des hommes et des
hommes politiques. D'ailleurs, pouvait-il en être autrement quand on considère son
parcours et son opposition au "gouvernement de Léopoldville"?
Tsisekedi et Kasamura sont deux acteurs de la vie politique congolaise. Tout ce pour
lequel il faut prier est que la démocratie, la vraie, s'instaure dans notre pays afin de
permettre à ces deux acteurs et à tous les autres de s'exprimer librement. Et au peuple
de jouer son vrai rôle et non celui qu'on lui fait jouer.
Chris Sassa.
(1) "Note d'information au sujet de M. Anicet Kashamura, président de la
Commission constitutionnelle de l'AFDL" de Léon Mukendi Tumba in
Congonline (forum du 10 avril 1998).
(2) "Question à Léon Mukendi Tumba" de Mangalaboyi Jacques in Congonline
(forum du 23 mai 1998).
(3) En réponse à la demande de M. Mangalaboyi: le parcours politique d'E.
Tshisekedi de Alexis M. Kabambi/Tshibangu K. Mwamba in Congonline (forum
du 26 avril 1998) |
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