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J'interpelle les Mobutistes.
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Chris Sassa
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Il est reconfortant de constater que les Mobutistes ne sont pas une espèce en voie d'extinction et je me surprends moi-même à m'en satisfaire. Il ne s'agit de faux Mobutistes que nous avons tous été de par la confusion constitutionnelle de la citoyenneté zaïroise et de l'appartenance au MPR (olinga olinga te ozali kaka MPR: on était militant du MPR déjà dans le sein de sa mère et on le restait dans sa tombe, proclamait-on officiellement). Il ne s'agit pas non plus de ces barons du régime déchu, Mobutistes par intérêt et non par conviction, coffres forts ambulants en exil intérieur ou extérieur (doré pour certains, mais c'est l'exil quand même) ou qui -toute honte bue- se sont découverts une âme afdlienne et qui auraient leur place plutôt là où Olengankoy et Ngoma n'auraient jamais du se trouver. Il ne s'agit pas non plus de jeunes héritiers de ces barons, Mobutisme par nostalgie et dont certains commencent déjà à réaliser comment il est dur de gagner son pain à la sueur de son front (le caillou, ce n'est pas une partie de plaisir!).

Il s'agit de ces jeunes et moins jeunes Mobutistes qui le seraient par conviction, qui proclament fièrement leur filiation et qui, à l'occasion, rendent un pathétique hommage à feu le Maréchal Mobutu. Je les trouve courageux et je respecte ceux qui savent faire montre de courage. Je ne suis pas de ceux qui vous dénient le droit à la parole. La démocratie est avant tout tolérance et le champ politique congolais est vaste et ils trouveront toujours un lopin, peut être un tout petit, à cultiver même si eux n'en ont laissé à personne entre 1965 et 1990.

Pourquoi est-il réconfortant que vous soyez là? Pour qu'on puisse discuter, pardi! Pas se quereller. Discuter. Le Mobutisme a régi notre pays pendant trois décennies. Quand une maison s'est écroulée ou a flambé, on revient fouiller sous les décombres dans l'espoir de retrouver ce qui peut avoir échappé à la catastrophe...

La première question, toute simple et qui pourra même paraître saugrenue est: qu'est-ce qu'un Mobutiste? Si cela à quelque chose à avoir avec de l'attachement à la personne de M. Mobutu, nul n'y trouvera à redire, bien que cela confine à ... l'idôlatrie! Mais, enfin cela n'aurait rien d'étonnant: le MPR enseignait aussi bien la fidélité au PF que l'attachement à sa personne.

Par contre, si Mobutiste signifie partisan du mobutisme considéré comme idélogie, système de pensée ou doctrine, là il y a moyen de discuter. A l'origine (dans les suites du coup d'État et au cours des cinq premières années), était le "nationalisme congolais authentique", concept aussi alléchant et pompeux que vague et vide qui se voulait une continuation de la pensée lumumbiste. C'était un fourre-tout qui peut contenir tout ce qu'on veut, mais qui n'a jamais été concrètement défini (fallait-il ajouter "authentique" ? Y avait-il à côté ou avant un nationalisme congolais non authentique ? Le nationalisme, c'est ... le nationalisme). Plus tard (dans une annonce du Bureau politique), ce concept a été coulé ou résumé en un autre: "recours à l'authenticité", puis "authenticité" tout court. Même le Manifeste de la N'Sele, bréviaire original et programme de gouvernement du MPR, trouvait son alvéole dans l'authenticité, à côté du rejet de la cravate et de noms chrétiens ou occidentaux ou encore de l'animation politique.

Le Manifeste de la N'Sele: un beau et ambitieux document (conçu entre autres par quelques opposants célèbres d'aujourd'hui), un ambitieux programme dont la faiblesse était d'être trop beau pour être réalisé par un régime autocratique et dictatorial. Il impliquait en effet une énorme mobilisation d'énergies, de ressources et de sacrifices." 67 mbul'oyo tokanga mabumu, ba mbula ekoya nde tozui oyo tokoluka, ebandeli pasi na suka malamu" avait chanté Jeannot Bombenga en contribution à la vulgarisation du programme. 1967, c'était l'année du lancement du Manifeste de la N'Sele et du MPR. Moins de deux ans plus tôt, on nous avait invité à "retrousser les manches"...

Sautons les petites étapes intermédiaires qui a vu s'amplifier le culte de la personnalité. Finalement, toute la doctrine du MPR (authenticité et tout le reste) s'est retrouvée dans un mot, un seul: Mobutisme. Il se définissait comme "la pensée, l'action et les enseignements du Président-Fondateur". Dans la féroce compétition que se livraient les zélateurs, Dominique Sakombi avait trouvé le moyen de lancer un nouveau concept: la mobutuité. Il a fait long feu: faute de définition (on lançait d'abord le slogan et on en cherchait un contenu après), on s'en est tenu au Mobutisme. C'est donc de ce Mobutisme que se définiraient les Mobutistes.
Si ce n'est pas cela, alors j'aimerais que les Mobutistes doctrinaux disent à quoi ils se refèrent!

La pensée du PF? Quelle était-elle au fait, parce qu'à ma connaissance, il n'y a pas eu de pensée unique dans la lignée de laquelle on peut situer son régime. Le pilotage à vue était plutôt son système de pensée et on sait que par mauvais temps, ce système de pilotage vous mène droit vous écraser contre la montagne. C'est, je crois bien, ce qui est arrivé. Mobutu avait beaucoup de pensées, on pourrait même parler d'illuminations ou d'hallucinations. A l'issue de chaque réunion du BP ou du CC, au cours de chaque meeting ou, dans les années '70 (les années d'or de Mobutu), au retour d'un périple à l'étranger, une idée était lancée. Par exemple: de retour de Pyonyang (Corée du Nord), il avait trouvé les dix péchés capitaux qui minaient la société zaïroise. En Corée, Kim Il Sung avait aussi trouvé les dix péchés capitaux qui minaient la société coréenne. Les mêmes.

On aimerait donc que les Mobutistes nous instruisent un peu sur la pensée du PF, celle qu'on pourra enseigner à mes arrières-arrières petits enfants lorsque leur cours d'histoire du Congo abordera les années 65-90 ou 97. La pensée, rappelons-nous, est la base de toute action politique et elle fait les grands leaders.

L'action procédant de la pensée et en étant la matérialisation, il faut se demander quel peut être l'action du PF ou le bilan de ses actions. Et là aussi, j'aimerais qu'on cite une action ou un programme conçu dans la durée et qui a pu se réaliser (comment pouvait-il en être autrement avec des gouvernements qui changeaient plus vite que la météo?). Le PAM (programme agricole minimum dont il a copié le sigle du Programme alimentaire ou agricole mondial) et qui devait assurer l'autosuffisance en nourriture? Le plan Mobutu? On peut continuer la série... Mais, que retiendra-t-on donc d'action concrète des années Mobutu? A moins qu'on ne tienne pour historiques des réalisations comme la construction de Gbadolite, le pont de Matadi (comment a t-il éte rebaptisé déjà?), le stade des martyrs ou le Domaine de la N'Sele. Dommage, car ce n'est pas ce que l'histoire retient.
By the way, on peut se demander à quelles réalisations sont allées les 40 milliards de dollars que nous devons aux banques et gouvernements étrangers!

Les enseignements? Là aussi, ce n'est pas mieux. On aime dire, par exemple, qu'il nous a inculqués la fiérté d'être Zaïrois. Vraiment? Je crois plutôt que c'est uniquement l'amour de leur pays qui continuait à faire accepter leur nationalité aux Zaïrois, surtout à l'étranger. Avec le temps, on sait avec quel oeil on regardait le Zaïrois! Ce que Mobutu a appris aux Zaïrois est horrible.

Pour moi, son plus grand crime, plus que le pillage du trésor public, reste l'immoralité et même l'amoralité: le Zaïrois était devenu un être sans morale. Voici deux exemples simples mais édifiants: dans ma prime jeunesse, un monsieur de mon quartier s'était retrouvé en prison pour avoir puisé dans la caisse de la société qui l'employait. Ses enfants étaient désignés du doigt dans le quartier ("tata na bango ayibaki") et la famille, couverte de honte, a du quitter le quartier. Voler était une honte. Sous Mobutu, prendre l'argent de la collectivité était un honneur. Lorsqu'on est passé par un poste important et qu'on ne s'est pas enrichi, on vous demandait si vous n'êtes pas maudit ("baloka ye")! De même, autrefois, les maisons closes (les flamingos, comme on les appelait alors) étaient des lieux infréquentables. Voit-on votre père en sortir? Vous êtes couverts de honte. Les années Mobutu ont vu ces maisons se multiplier et être fréquentées par des jeunes filles en uniformes scolaires au bras d'un "respectable" quinquagénaire en abacos et Mercedes Benz qui pouvait être le voisin du père de la fille. Non, franchement, j'aimerais un peu que les Mobutistes élaborent un peu sur les enseignements du PF!

On aime dire qu'il a préservé le pays de la division et bâti une nation au coeur de l'Afrique. Un principe du droit dit que "nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". On oublie que notre pompier est celui (ou parmi ceux qui ont allumé l'incendie). La sécession katangaise? Mais elle était d'inspiration occidentale et on sait (qui peut le nier?) que Mobutu était un agent de l'Occident. Elle n'a pris fin que parce que la Belgique était trop petite, peu influente sur la scène internationale et les USA ont amené l'ONU à intervenir.La rébellion dont Mobutu aimait nous attendrir avec ses 500 mille morts? Mais, il était impliqué jusqu'au cou. N'est-ce pas à la négation des institutions et du pouvoir issus des élections de Mai 1960 qu'on doit cette triste page de l'histoire de notre pays? Qui ignore le rôle ignominieux joué par Mobutu (et son groupe de Binza) dans tout cela? Les épisodes des mercenaires? Mais, qui les a récrutés? Alors, comme ça, vous allumez l'incendie ou vous contribuez à l'allumer et ensuite, vous vous accourez avec un sceau d'eau et vous vous dites, pince-sans-rire, héros.Soyons sérieux: ceux qui veulent être frauduleusement payés par leur assureur agiraient-ils autrement? Ce pays, le Congo a été tracé par la Conférence de Berlin. Ce n'est pas le tracé le plus intelligent, bien sûr, mais nos intérêts n'étaient pas ceux de nos anciens maîtres. Il a parfois failli se disloquer et Mobutu a créé ou participer à la création des conditions qui ont failli mener à sa dislocation. Son dernier forfait en date? L'épuration ethnique au Shaba: s'il n'en a pas été le maître d'oeuvre direct, il l'a plus ou moins inspirée et ça arrangeait bien ses affaires...

Les victoires militaires? Mais, tout le monde sait qu'à part les glorieuses campagnes de la Force publique (Saïo, Birmanie, Ethiopie, etc.), l'ANC et les FAZ n'ont jamais, seules, remporté de victoire militaire. Il aura bien fallu une intervention étrangère ou de mercenaires pour en finir avec la rébellion (l'était-elle vraiment?), les mercenaires, les sécessions ou tentatives de sécession, etc. On se gausse de Moba 1 et Moba 2, mais ce n'était que des échauffourées et c'est faire trop d'honneur à certains que de les qualifier de guerre. Même les interventions à l'étranger (Angola, Tchad, Rwanda notamment) n'ont pas été plus heureuses. Vous souvenez vous des "Moi vivant, plus jamais ceci ou cela..." qu'aimait lancer Mobutu?.
Alors, à quoi tient le Maréchalat de Mobutu? Sur la fin, il a juste été capable de sauver sa tête par une fuite éperdue devant l'AFDL et ses alliés!

Ah! le discours à l'ONU. Voilà une tribune où on peut dire n'importe quoi sans danger. Brillant, ce discours, c'est vrai avec comme point d'orgue la rupture avec Israël. Une rupture toute factice: qui ignore que Israël est malgré tout resté présent au Zaïre, d'une part et que les dividendes attendues des pays arabes ne sont jamais venues? Le ressentiment a été à la hauteur de la déception!

Messieurs, Mesdames les Mobutistes, c'est à un débat que je vous invite, un débat sans invectives dans l'objectivité. Défendez le Mobutisme et dites-nous ce qu'il est, ce qu'il a réalisé et ce qui vous fonde à en être les héritiers. Je suis partisan du débat démocratique et personne, à mon sens ne devrait en être exclu, vous comme les autres. En tant que parti ou courant politique, vous aspirez certainement à prendre le pouvoir au Congo (via les urnes cette fois, j'espère). J'aimerais, comme beaucoup d'autres, comprendre ce qu'est le Mobutisme dont vous vous réclamez. Congonline et Congo'2000 nous offrent l'espace pour discuter dans leurs forums ou groupes de discussion. Si vous n'avez rien à dire, laissez ceux de vous qui ont de vraies répliques à apporter s'exprimer.

Vous êtes mes compatriotes et je vous aime bien.

Chris Sassa.
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