| Re: Les dernières
licences de Colette Braeckman (Congonline 17 mai 1998) |
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| Chris Sassa |
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J'aimerais croire que ce n'est pas de M. Dominique Sakombi Inongo
qu'émane le texte dont références ci-haut et qui se veut une ou la réplique à un
article de la journaliste belge Colette Braeckman sur les faux-amis du président Kabila.
Renversant. Ahurissant. Profondément affligeant.
M. Sakombi a fait ce qu'il fallait ne pas précisement faire: répondre à Mme Braeckman.
S'il fallait qu'il le fasse absolument pour avoir été visé ou s'être estimé visé, il
aura choisi la moins bonne des manières. Car, c'est bien la manière qui m'afflige. Sur
le fond, les choses me paraissent bien simples: M. Kabila compte t-il de faux amis dans
son brain-trust? Si oui, Mme Braeckman aura rendu un grand service au président de la RDC
en lui mettant la puce à l'oreille. Si non, alors tant mieux pour M. Kabila et tous les
autres. Personnellement et contrairement à M. Sakombi, je m'interdis de croire que des
écrits ou des propos d'un journaliste étranger suffisent à mettre en péril une équipe
soudée. Quand cela arrive, le journaliste -étranger ou national- n'aura alors fait
qu'enfoncer une porte ouverte ou, à tout le moins, entrebaillée. Autrement, défaire des
gouvernements ou des États, quel excitant sport ce serait pour les journalistes (et
finalement pour n'importe qui aujourd'hui avec Internet)!
Ancien cométat à l'orientation nationale, ancien cométat à l'information et presse,
"créateur" (il aimait bien s'en prévaloir en privé car en public, c'est bien
le "Guide" qui façonnait tout) de l'Institut des Sciences et Techniques de
l'Information (ISTI), entre autres et actuellement Conseiller à l'information du
président de la République, M. Sakombi est -a priori- un connaisseur de l'univers de la
presse et de l'information. C'est précisément pour cela que sa réaction est criticable
et préjudiciable au pouvoir en place à Kinshasa et au pays.
Revenons plutôt à la réaction. A la place de Colette Braeckman et de la rédaction de
Le Soir, qu'aurais-je fait? Placer côte à côte l'article et la réplique de M. Sakombi,
puis simplement demander au lecteur d'apprécier...
La réplique (démenti ou réponse) est un droit et personne ne peut contester à M.
Sakombi ou à tout autre de l'exercer. Il reste qu'on peut se passer de l'exercice d'un
droit (par opportunité ou par convenance) au contraire du devoir qu'on est tenu de
remplir. Il faut espérer que l'original de la réplique a été adressée à Le Soir,
autrement il aura manqué aux usages en la matière et sa publication sur le Net ne
procéderait que d'une intention perverse de dramatisation.
M. Sakombi a-t-il présumé de l'effet boomerang que pouvait susciter sa réplique?
Supposons que vous soyez -comme moi- tombé sur cette réplique bien musclée avant
d'avoir lu l'article lui-même, qu'auriez-vous fait? Chercher l'article. Je compte au
nombre de lecteurs supplémentaires de cet article, grâce à M. Sakombi. On écrase pas
une mouche avec un marteau: non seulement l'arme est inadaptée, mais on risque fort de
s'épuiser pour rien.
De loin, on verra le marteau voler dans tous les sens, pas la mouche. La réplique de M.
Sakombi est bien un marteau et l'article de Mme Braeckman, une mouche!
Donne-t-on trop d'importance à Mme Braeckman? Mais, qui la lui donne?
Avant-hier, glaive au poing, elle pourfendait le régime pourri de Mobutu et l'opposition
se délectait de ses écrits ou propos (vous souvenez-vous, entre autres d'un débat
celèbre à la télévision belge avec du côté zaïrois Kamada, Mpinga et cie?); hier,
lors de l'avancée victorieuse de l'AFDL, elle continuait à pourfendre Mobutu et ses
écrits étaient fort recherchés, aujourd'hui, elle est vouée aux gémonies, accusée
d'agir pour le compte de quelque puissance ou groupe dans le noir dessein de nuire au
pouvoir congolais. Finalement, à mon avis? Colette Braeckman est une journaliste et si on
la prenait comme telle avec ses possibles erreurs d'appréciation ou d'analyse, on ne
ferait pas toujours un plat de ses opinions et elle ne serait ni le démon ni l'ange qu'on
courtise ou flétrit selon les circonstances. Car, si M. Sakombi s'en prend aujourd'hui à
elle, je me souviens avoir lu sur le Net et ailleurs des attaques au vitriol contre elle
pour ... sympathie à M. Kabila. Quand un journaliste est attaqué de partout, ou c'est
parce qu'il est ou foncièrement mauvais ou parce qu'il fait son travail sans chercher à
plaire à tel ou tel. Cherchez où placer Mme Braeckman. Le problème est, je crois, qu'on
l'aime bien que quand elle parle de soi... en bien.
Spécialiste du Congo? Contrairement à M. Sakombi, moi je lui reconnais volontiers cette
qualité, ne serait-ce que par ses nombreux articles sur notre pays, ses fréquents
séjours au Congo, le nombre de personnalités et de gens anonymes qu'elle y a rencontrés
et côtoyés, ses reportages (elle doit se trouver au pays en ce moment). Il faut être
honnête, voyons. En tous cas, les moyens de son journal (et non nécessairement sa
compétence) lui permettent de se placer un pied au dessus du journaliste congolais.
Celui-ci n'a même pas les moyens de parcourir son propre pays pour y faire des enquêtes
ou des reportages. Mme Colette Braeckman a les moyens d'aller aussi bien à Mbuji Mayi
qu'à Shabunda. Le complexe de nos gouvernants devant la presse étrangère aidant, elle
peut rencontrer n'importe quelle autorité et lui poser toutes les questions qu'elle veut,
ce que ne peut espérer un journaliste congolais. Et puis, vraiment, M. Sakombi est-il de
ceux qui croient encore que seuls des Congolais devaient parler du Congo?
Mais, qui donc a déjà interdit à un journaliste congolais d'écrire ce qu'il veut sur
la Belgique, d'aller y faire des reportages et des enquêtes? Il n'aurait même pas besoin
d'une autorisation spéciale pour cela!
Aujourd'hui, M. Sakombi porte aux nues un analyste américain (nulle part il ne cite son
nom) dont les conclusions ou les études seraient bien vues à Kinshasa. Qu'en sera-t-il
demain quand il s'avisera de penser autrement?
Le style "diatribe" de la réplique appartient à une autre époque. En lingala
courant, on dirait: natie ye na esika na ye, natie ye na ba droiture, etc. Généralement,
on croit que parce qu'on a crié, qu'on a usé de mots choisis et de propos crus, on a
convaincu le monde et fait taire l'autre. Les vociférations ne peuvent, en fait,
convaincre que celui qui les profère. La réplique de M. Sakombi nous ramène aux
"cartes blanches" qui ont rendu si celèbre un certain Mavungu Malanda Mamongo
et qui remplissaient de satisfaction le Maréchal. Elle ne repond que peu au contenu de
l'article de Mme Braeckman, elle attaque plus et plutôt la personne. La tactique est bien
prisée les avocats nord-américains: attaquer la crédibilité d'un témoin et
discréditer, du coup, son témoignage. Cela a permis à OJ Simpson de se sortir du
pétrin!
Mais, crédibilité pour crédibilité, il faut que l'attaquant soit crédible aussi. Or,
il n'est pas nécessaire d'avoir une mémoire d'éléphant pour se souvenir de ce qu'a
été M. Sakombi sous le régime défunt. Qu'il ait fait son mea culpa est certainement
une bonne chose et il faut le féliciter pour avoir eu ce courage, à condition de ne pas
refaire la même chose. Je comprends que le rappel de son passé puisse mettre M. Sakombi
mal à l'aise et l'amener à se défendre. Malheureusement, ce passé, s'il peut être
absous, ne peut s'effacer. Seul ce qu'il fait maintenant et à condition que ça jure avec
le passé, peut le faire oublier.
On peut aimer M. Kabila ou non. Pour le moment, c'est lui qui préside aux destinées du
pays. Et c'est de l'image du pays qu'il s'agit. Le ton vociférateur, polémique et
vindicatif ne sied pas à une institution comme la présidence d'une république. Or,
c'est ce ton que semble avoir adopté la Direction des communications de la présidence de
La RDC. Enfermée dans tour d'ivoire, elle ne peut mesurer les effets dévastateurs qu'il
peut avoir à l'étranger: une république, oui, toute une république, via sa présidence
en guerre contre un journaliste ou un individu. Voit-on ce que ça fait?
Croit-on que Wall Street (le vrai) puisse trouver cela sérieux? J'aurais aimé que le
conseiller du président de la république aide plutôt à tempérer les ardeurs de ceux
qui seraient tenté de hausser le ton à tout crin et d'en découdre avec le premier venu.
On devrait se consacrer aux mises au point sobres et objectives quand il le faut, à aider
le président dans ses délicates relations avec la presse et à promouvoir ses actions et
initiatives. En lieu et place de cela, il parait plutôt que le conseiller à
l'information et sa commission soient plutôt les querelleurs en chef. A la limite alors,
pourquoi s'étonner que des gens -dont Mme Braeckman- en arrivent à penser que certains
collaborateurs de M. Kabila le poussent à se radicaliser. La radicalisation commence
par... le verbe! cela permet d'enrober le chef dans une auto-satisfaction en lui fisant
croire que tout ce qu'il fait est bon, qu'il est assiégé par de méchants, mais qu'eux
veillent au grain.
Comment mes propos seront-ils reçus? Je ne sais pas. je ne suis qu'un Congolais anonyme
et généralement nos gouvernants estiment que par le seul fait d'occuper certaines
fonctions, ils sont investis de l'omniscience et d'une infaillibilité dont le pape lui
même ne se prévaudrait pas. Ils ont raison et tout ce qu'ils font est bon. Serai-je
accusé d'anti-Kabila? C'est possible. Mais, que M. Sakombi se rassure: je ne compte peut
être pas parmi ses tout premiers partisans, mais je ne me range pas non plus parmi ses
opposants inconditionnels. J'ai le droit de me préoccuper de l'avenir de mon pays, de son
image et cela n'a rien à avoir avec le camp où on pourra me ranger.
PS: Je note que le journal -bien congolais, je précise- La Société (édition du 17 mai)
a aussi mis en cause l'entourage de M. Kabila et demande à celui-ci de le revoir.
N'est-ce pas, en d'autres mots et entre autres, ce que dit Mme Braeckman? Quid? Je note
aussi que pour avoir tenu une conférence de presse, un colonel belge à la retraite a
aussi eu droit aujourd'hui à une réaction musclée de M. Sakombi, toujours sur le Net.
Quel honneur pour cet anonyme colonel! A qui le prochain tour?
Chris Sassa. |
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