On ne peut que se féliciter
de constater que de plus en plus des Congolais s'intéressent à la vie de leur pays. A la
radio, dans des journaux, sur l'internet, des points de vue souvent contradictoires mais
enrichissants sont exprimés avec comme maître mot Démocratie.- Actualité oblige.
Cependant, beaucoup donnent à ce terme des connotations
trop techniques au point que le peuple qui a envie d'en comprendre le mécanisme n'a que
de la poudre aux yeux. Je n'ai aucunement la prétention de donner ici une leçon de
démocratie à personne, je voudrais tout simplement prendre ma part au débat actuel en
vue d'éclairer les esprits.
La Démocratie, qu'est-ce donc
?
D'origine du mot grecque -"demokratia" dont
-"demos" signifie peuple et -"kratos" autorité, la démocratie peut
être définie comme le gouvernement du peuple par le peuple, où la souveraineté est
exercée ou contrôlée par lui. " Lorsque, dans la république, le peuple en corps a
la souveraine puissance, c'est une démocratie " dit Montesquieu. Le petit Robert
définit la Démocratie comme le régime politique dans lequel le peuple exerce sa
souveraineté lui-même de manière directe ou par des représentants. Vraisemblablement,
que l'on soit en démocratie directe ou en démocratie représentative, le pouvoir relève
toujours du peuple souverain.
La Démocratie dans le monde
Pour ne pas trop m'étendre sur des généralités, j'ai
sélectionné quelques exemples de types de démocratie pratiqués dans certains pays,
notamment les USA et la France.
Les Etats-Unis ont choisi la démocratie de type fédéral
dans lequel, élu au suffrage universel, le Président exerce le pouvoir gouvernemental et
dirige l'effectivité du pouvoir politique de l'Unité des Etats. Tandis que le pouvoir
législatif incombe au Congrès comprenant le Sénat et la chambre des Représentants
élus dans les proportions de la population de chaque Etat. Quelle que soit l'étendue de
ses pouvoirs, la gestion de chacun des élus est sanctionnée par le peuple en bien ou en
mal. C'est le cas de Richard NIXON avec l'affaire Water Gate.
La France a opté pour un régime de type présidentiel et
parlementaire. Le Président est élu au suffrage universel, c'est-à-dire directement par
le peuple. Cela lui confère la légitimité d'agir au nom de la communauté nationale. Le
pouvoir législatif est exercé par deux chambres : le Parlement et le Sénat. Les
Députés sont élus par la population de leur canton, tandis que les Sénateurs le sont
par les élus locaux et nationaux réunis. Somme toute, le pouvoir est représentatif et
la sanction appartient au peuple. C'est par le verdict du peuple que de Gaulle a quitté
l'Elysée en 1969.
Dans les cas de monarchie constitutionnelle comme la
Belgique, la Grande-Bretagne et l'Espagne par exemple, le Roi ou la Reine détient un
pouvoir héréditaire, il règne mais ne gouverne pas. Un gouvernement issu des urnes est
responsable devant le Parlement qui représente le peuple souverain, quand bien même la
monarchie repose sur un Roi symboliquement souverain. Ici comme ailleurs, le suffrage du
peuple a l'avantage de favoriser l'alternance qui oblige chaque gouvernement à une
gestion transparente
Comme on peut le constater, aucune démocratie du moins
libérale, ne confère le pouvoir absolu aux gouvernants élus. Le peuple donne le pouvoir
et le retire quand il estime nécessaire
Je me garderais de parler ici de la démocratie populaire
du type ex URSS ou Chinois
, car, je suis de ceux qui n'acceptent pas que dans une
démocratie l'on puisse museler les contradicteurs d'opinions. Pour moi, il n'y a pas
démocratie sans liberté qui, elle même peut se définir comme la mesure du bon sens. On
n'est donc pas libre si on ne sait pas gérer ses choix. D'où, démocratie et liberté se
tiennent.
Le cas de la République Démocratique du Congo
La puissance colonisatrice avait trouvé sur l'actuel
territoire congolais, des Etats organisés et structurés avec un pouvoir monarchique
stable. Les Sages de la cour étaient choisis selon leur âge dans le peuple et avec le
consentement de celui-ci. Parmi ces Etats, on peut citer: l'Empire Lunda, l'Empire Kuba,
l'Empire Yaka et le Royaume du Kongo .
Le découpage géographique imposé par les colonisateurs
avait bouleversé l'ordre ancien et ramené l'autorité traditionnelle au niveau de Chefs
Coutumiers, et ce, dans un rôle purement symbolique d'auxiliaires politiques. En fait,
les Chefs Coutumiers ne servaient plus que des béquilles pour l'autorité coloniale.
Les revendications de l'élite congolaise qui
déstabilisèrent le pouvoir colonial vers 1955 aboutirent en 1958, aux premières
élections communales dans l'histoire de la colonie. Cela était perçu comme une double
révolution : d'abord dans les usages de la colonie qui venait de céder une partie de son
autorité; ensuite, l'émergence d'une nouvelle couche politique parmi les autochtones.
Désormais, le pouvoir politique dans les communes est exercé par les élus; alors que le
rôle d'auxiliaire des Chefs Coutumiers en sort diminué. Le système nouveau ouvrait donc
une ère nouvelle. C'est avec ce système que le pays accédera à l'indépendance en
1960, et qui va fonctionner tant bien que mal jusqu'au coup de force du 25 novembre
1965.Mobutu qui venait d'arracher le pouvoir politique voulait encore plus: moyennant
argent, il va pousser les Chefs Coutumiers à lui concéder tous leurs pouvoirs. C'est
donc en maître absolu que le dictateur a occupé le fauteuil présidentiel pour trois
décennies.
Trop agacé par l'absolutisme et la mauvaise gestion du
régime, le peuple se réveille et réalise bien que tardivement que sa souveraineté est
confisquée par un individu de surcroît sans scrupule. C'est le début d'une long lutte
en vue de rétablir les institutions issues de l'indépendance; c'est-à-dire : un
gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. C'est également dans cette
optique que s'inscrit la lutte armée qu'a menée l'AFDL , lutte à laquelle beaucoup des
Congolais ont participé de près ou de loin, au premier rang desquels les Forces Armées
Congolaises ( à l'exception de la DSP), en refusant de combattre celles que tout le monde
croyait être les Forces de progrès. Souvenons-nous, par respect, que le Général Mayele
et beaucoup d'autres avant lui, ont signé de leur sang cette victoire que l'AFDL doit à
tout le peuple. Ainsi, la question qui se pose aujourd'hui tourne autour de la principale
règle de la Démocratie : la loi de la majorité. Le problème c'est que bien souvent,
ceux qui accèdent au pouvoir par la force cherchent à imposer le statu quo par crainte
d'alternance.
Les optimistes pensent qu'en dépit de la mauvaise fois du
pouvoir actuel, la Démocratie par la loi de la majorité est aujourd'hui irréversible en
Afrique en général et au Congo en particulier; d'autant plus que le retour à l'ordre
monarchique pré-colonial n'est plus possible en raison des bouleversements provoqués par
le découpage géographique hérité de la colonisation.
KABILA est-il vraiment Démocrate
?
Si l'on ne peut pénétrer les intentions, les faits ne
trompent vraisemblablement pas.
Que s'est-il passé et que se passe-t-il
réellement
?
Depuis 1980, des voix se sont levées à maintes reprises
pour dénoncer les méfaits et exiger le départ de la dictature de Mobutu. Je ne peux
m'empêcher de penser ici au sang versé tout au long de la lutte
et de saluer le
courage et la détermination de ceux qui, de diverses manières, ont aidé à l'extinction
de l'auréole du dictateur. La prise d'armes en dernier recours par l'AFDL ne pouvait
qu'être salutaire et l'adhésion inconditionnelle du peuple ne pouvait surprendre
personne: pourvue que le dictateur s'en aille disait-on. Contre toute entente, les
Congolais se retrouvent désagréablement sous la botte d'une nouvelle dictature: tout
commence avec "les mamans moziki 100 kilos" portant le pagne à l'effigie du
nouveau Président. Prises de vitesse, la radio et la télévision ont pris le relais avec
les programmes des chansons de louange à KABILA, et le culte de la personne commence
comme à l'époque de Mobutu.
D'une part, le nouveau Président glorifié se croit dieu
sur terre et personne ne lui vaut. Le pouvoir absolu s'installe très rapidement; chaque
jour, ses mesures dictatoriales surprennent plus d'un. C'est le contresens de ce que l'on
attendait de lui. Il n y a pas d'opposant s'exclamera le Président qui du coup s'attèle
à écraser tous ceux qui se disent de l'opposition: interdiction d'activités des partis
politiques sauf pour l'AFDL, arrestations arbitraires, relégations et déportations, etc.
D'autre part, les membres du club de l'Est se croiraient
d'espèce supérieure au reste des Congolais. Ils donnent l'impression d'avoir le monopole
de la logique politique, on dirait qu'ils ont la plénitude de la vérité. Ils
soupçonnent tout et rien, ils tirent sur tout ce qui bougent. ça fait penser à une
espèce de "paranos". Du coup, la peur est redevenue la compagne constante des
Congolais. Où sommes-nous et où allons-nous donc
?
On entend dire sans cesse : laisser le temps à KABILA. -
De grâce, arrêtons de jouer avec les principes. On ne peut tout de même pas lui donner
un chèque en blanc avec des pouvoirs au dessous de la loi. Personne n'est infaillible;
même l'Eglise catholique a révisé sa doctrine sur l'infaillibilité du Pape. Il n'y a
pas de dictature angélique
; tout totalitarisme ramène l'homme à l'esclavage et à
ses origines animales, fût-ce-t-il de KABILA. Démocratiquement, le Président n'a pas
plus de droits que n'importe lequel des Congolais, il a seulement plus de
responsabilités.
Il n'y a pas de modèle universel de Démocratie certes,
mais tout le monde se demande où est le modèle congolais! En tout cas, -"laisser le
temps à KABILA" - n'en est pas un.
Est-ce une endémie
?
Mobutu s'était donné 5 ans, ses fanatiques lui en
avaient ajouté 7 que "les mamans commerçantes" avaient portés à 100 avant de
les prolonger pour l'éternité.
KABILA s'est donné 2 ans. Certains estiment qu'il
faudrait lui laisser le temps sans préciser jusqu'où souhaiteraient-ils qu'il aille,
pour faire quoi et pourquoi
! Cependant, le non possumus des actuels gouvernants à
la Démocratie reste intransigeant. Tout cela n'est pas tout à fait loin de la
trajectoire de Mobutu, et ne rassure pas pour l'avenir du pays.
Quant aux élections, KABILA s'était engagé à les
organiser dans la transparence deux ans après sa prestation de serment .Or tout le monde
sait que les opérations électorales nécessitent en amont un gigantesque travail aussi
bien administratif que technique dans le cadre de la mise au point de certains préalables
incontournables, par exemple:
1° au plan administratif :
- Reforme de l'Armée
- Liberté de circulation
- Sécurité pour tous
- Egalité d'accès aux médias
- Commission électorale neutre
- Libéralisation des activités politiques
2° au plan technique :
- Mise en place de la Territoriale
- Recensement physique et électoral.
A ce jour, rien n'indique la préoccupation du
gouvernement dans ce domaine. Et pourtant, nous ne sommes plus qu'à un an des élection
annoncées par le Président de la République.
En gros, la logique que je partage est simple: celle de
l'éthique politique. La démocratie taillée à la personne est en nette contradiction
avec la conception congolaise de l'exercice du pouvoir; elle est donc la face tronquée de
la discipline morale dont doit faire preuve celui qui incarne l'autorité. Le pouvoir doit
avant tout reposer sur un souci collectif; et si le peuple ne se reconnaît plus dans le
chef, c'est la rupture et ce dernier perd sa légitimité.
Nous ne pourrons rebâtir le grand Congo qu'autour d'un
débat d'idées permanent et des énergies réunies . La dictature c'est la plus insolente
situation de violation de la loi, du fait qu'elle est enfreinte par ceux-là même qui
légifèrent. La Démocratie est donc pour la politique ce qu'est l'Evangile pour la
Religion. Elle est le dénominateur commun, et la force de chaque démocratie dépend des
ingrédients affectés au numérateur. Si le Chef s'écarte trop des principes établis ,
il doit cesser d'exercer son ministère.
Merci.
Clément PETELO ( basambundu.mayala@hol.fr