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Deuxième victoire de Kabila : la crème de la crème gagnée à sa cause
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Omenga Ekanga
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Kabila a-t-il perdu la confiance des Congolais? En lisant les différentes contributions congolaises, on est tenté de répondre par l'affirmative. Mais lorsqu'on connaît la scène scientifique congolaise, on se rend compte que dans l'espace d'un an, Kabila a gagné la confiance de beaucoup de scientifiques congolais qui s'étaient exilés pour ne pas être obligés à coopérer avec le régime de Mobutu. Scientifiques, le Congo en a par milliers. La République des Professeurs est devenue presqu'une injure.
Ce qu'on perd de vue est que les TOP, les meilleurs parmi les meilleurs, avaient tourner le dos au Congo. Les personnalités scientifiques qui font la fierté du Congo à l'étranger, des génies comme V.Y. Mudimbe, M. Tshiyembe, Kä Mana, G. Buakasa, M. Bilolo, Ngandu-Nkashama, Faik-Nzuji, Mbokolo, etc. ont préféré l'exil à la médiocrité.
On ne peut pas leur reprocher de n'avoir pas emballé leurs valises pour rentrer au pays, car ils ont « d'autres engagements et des responsabilités familiales » (Mbokolo). La raison principale est qu'ils sont prudents. Après ce que Mobutu avait fait des intellectuels comme
Makanda Kabobi, Mabika Kalanda, Mabi, Malu, Kambembo, Mpinga Kasenda, Ngoma, Mulumba Lukoji, Lunda Bululu, etc., la distance critique et spatiale est devenue la règle. Ils se méfient aussi de l'entourage du Président. Dans un pays où l'État n'a pas encore appris à protéger son élite scientifique, où le Président ignore les meilleurs physiciens, chimistes, théologiens, mathématiciens, égyptologues, médecins, philosophes, économistes, historiens, juristes, etc. de son pays, la crème de la crème est souvent neutralisée, éliminée par la concurrence nationale et internationale. Pour avoir minimisé cette donnée, E. Mbaya est neutralisé. Combattu par ses compatriotes, combattu par l'ONU dont il connaît bien le fonctionnement, combattu par ses collègues européens à qui il rappelait les contradictions, il se fait prendre au piège classique de la politique nationale.
Le fait que cette élite n'a pas pris le premier avion a ses avantages. Il permet à l'État un renouvellement, un nouveau souffle dans des phases critiques. En faisant le tour d'horizon de différentes contributions dans l'Internet ainsi que de nombreuses conférences et discussions scientifiques sur le Congo dans le monde, nous rencontrons beaucoup de ces noms. Tout en demeurant critique, la crème de la crème ne cache pas sa sympathie pour l'homme qui a libéré l'Afrique de l'un de ses plus méchants dictateurs. Gérard Buakasa n'hésite pas à signer comme Secrétaire de l'AFDL-Canada. M. Bilolo se dit de la Société Civile et sympathisant rationnel, mais on le voit multiplier les campagnes contre le mobutisme kinois et soutenir les cellules de l'AFDL en Suisse, en Allemagne et dans les pays de BENELUX. Kä Mana se dit Pasteur, critique le Congo comme son amie Axelle Kabou critique l'Afrique, mais se trahit au Cameroun comme chanteur du kabilisme. Mbokolo, à la tête de la Diaspora, veut qu'on accorde à Kabila le temps de remettre les choses en ordre. Mais les uns et les autres mobilisent depuis un an leur énergie pour «the Invention of New Congo».
Les spécialistes de la politique congolaise exploitent cependant la distance gardée par tous ces éminents chercheurs et scientifiques congolais comme un signe d'un malaise inavoué. En suivant les discours de la plupart d'entre eux et en lisant attentivement leurs contributions, on constate qu'ils sont traversés par une proposition qui est aussi une condition de participation sur le terrain à l'oeuvre de reconstruction : l'amélioration du salaire des cadres scientifiques, la revalorisation des ressources humaines (Kä Mana, Buakasa, Mudimbe, Mbokolo). D'autres exigent l'austérité gouvernementale, la suppression de tous les privilèges accordés aux ministres, la valorisation des secteurs productifs, justice sociale qui se traduirait par la réduction de l'écart criant salaires, la rédynamisation des langues et des cultures africaines (Mayonga, Bilolo, Tshiyembe, Kabundi 007).
Un classement des scientifiques appartenant à des disciplines est difficile. On ne peut douter de l'intelligence livresque de ceux que Mobutu avaient pu pêcher, mais des professeurs comme V. Y. Mudimbe, Buakasa, Ngal, Mufuta Kabemba, Kadima-Kamuleta, Nzuji-Madiya représentaient déjà à l'époque la classe des meilleurs. Kä Mana (le scribe de la Nation) et Bilolo (Cheikh Anta Diop congolais) étaient déjà cités comme professeurs alors qu'ils étaient encore étudiants à Kinshasa. Ils ont dit non à Mobutu et à son équipe. Mudimbe et Mufuta se faisaient emprisonner par solidarité avec les étudiants. Que cette équipe soit aujourd'hui prête à aider Kabila dans la reconstruction du Congo est une grande victoire de l'actuel Président du Congo.
Ils cherchent à conserver la neutralité scientifique afin de mieux pouvoir servir leur pays, mais leur sympathie pour l'actuel Président du Congo et la confiance qu'ils inspirent, est ce que Kabila souhaite aujourd'hui et c'est aussi ce que ce pays a le plus besoin. Si Mobutu avait pu gagner à sa cause des esprits aussi brillants que Malu (physique nucléaire) et Mabi Mulumba (économie), Kabila lui a réussi à gagner la sympathie de la crème de la crème de son pays.
Cette victoire, il faut savoir la célébrer. Ce gain de confiance, il faut savoir le gérer. Notre enquête auprès de plus 50 savants congolais à l'étranger nous a révélé que le Gouvernement Congolais n'est officiellement entré en contact avec aucun d'entre eux. Cette omission appelle une question : Comment peut-on reconstruire un pays en ignorant ce que ce pays a de meilleur dans le domaine des ressources humaines ? Comment reconstruire un pays en coupant le pont entre le Gouvernement et les meilleurs cardiologues, les meilleurs chirurgiens, les meilleurs spécialistes des cultures, les meilleurs chimistes, les meilleurs managers, etc. de ce pays, qui sont comptés de surcroît parmi les meilleurs du monde ? En outre, il est à craindre que la neutralisation de Mbaya, l'emprisonnement des professeurs ne renforcent la méfiance, la prudence de leurs collègues.
Mobutu avait tenté de ridiculiser l'élite du savoir pour justifier la chasse aux étudiants, mais ce mépris lui a coûté cher. Tout ce que l'élite politique africaine vénère : avions, voitures, congélateurs, auto-routes, techniques de télécomunication, logistique de sécurité, belles villas, etc. tout cela est l'oeuvre de têtes bien pensantes. La reconstruction du Congo est impossible sans la motivation et la mobilisation de toutes les têtes bien pensantes. Le Congo a encore dans beaucoup de domaines moins de trois spécialistes et ils sont souvent à l'étranger. Le pays doit mobiliser des fonds pour les récupérer. Au lieu de gâter les ministres et leurs conseillers, l'État doit gâter les producteurs du savoir, les catalyseurs des ressources humaines, les généraux de la science et de la technologie. C'est en cela que réside le secret de la puissance de l'Occident.

Omenga Ekanga
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