Le but de cet article est de
présenter un autre point de vue aux arguments avancés par Modero dans le Forum de
Congonline sous le titre: "Noir c'est noir".Notre tâche est de démonter que le peuple noir a le devoir de
résoudre ses problèmes après les avoir adéquatement et objectivement identifiés. Tous
les spécialistes sereins acceptent que l'Afrique n'avait jamais été un paradis avant
l'arrivé des blancs mais ils sont aussi d'accord que la majorité de problèmes actuels
sont les résultats des bouleversements de la vie sociale, politique et économique
provoqués par l'Occident. Il suffit de consulter L'Afrique Noire Précoloniale du Dr.
Cheikh Anta Diop ou L'Histoire de l'Afrique par le professeur Joseph Ki-Zerbo pour s'en
convaincre.
Je suis parfaitement d'accord avec la façon dont il a
identifié les conséquences de l'oppression et l'injustice mais je m'oppose aux
généralisations avancées dans ses arguments pour des raisons qui vont être élaborées
dans les lignes qui suivent.
Il n'y a pas de fumée sans feu et il n'y a pas d'effets
sans cause. Je le conseillerais de lire le Dr. Walter Rodney dans "How Europe
Underdeveloped Africa" et L'historien Basil Davidson dans "Modern Africa".
Il y a également des experts en Sciences Sociales, Histoire et Cultures tels que le Dr.
Yosef Ben Jochannan, le Dr. Maulana Karenga ainsi que le Dr. Molefi Kete Asante qui
démontrent le contraire.
L'éminent professeur africain-américain, John Henrike
Clarke, nous démontre comment il est très facile de blâmer les victimes d'oppression ou
d'injustice quand les médias ne nous montrent pas les véritables responsables de ces
deux fléaux. En fait, c'est l'une des caractéristiques de l'oppresseur: Blâmer la
victime pour bien se déculpabiliser. Chaque fois que l'Afrique produit un leader capable
de travailler pour l'intérêt de son peuple, il est soit déstabilisé soit assassiné
par les services secrets étrangers. Je citerais en exemples: Marcus Moziah Garvey,
Patrice Emery Lumumba, Kwame N'Krumah et, tout récemment, Thomas Sankara. Ensuite, ces
mêmes puissances étrangères nous accuseront de ne pas savoir gérer nos affaires après
nous avoir privé de nos excellents gérants.
Déclarer que "...les noirs ont tendance à chercher
partout des boucs émissaires" est l'équivalent d'une généralisation gratuite. Il
y a certaines personnes qui agissent de la sorte mais pas la majorité du peuple. Les
massacres des Tutsis et des Hutus modérés sont le résultat d'une division fomentée par
les colonisateurs belges comme le démontrent plusieurs documents et documentaires
traitant de ce sujet. Le problème est que les autorités rwandaises n'ont pas pris les
précautions nécessaires pour pallier à cette situation afin d'éviter le pire.
Le complexe menant à l'adoption des noms étrangers tels
que Versace, Valentino, Adolfo et autres ainsi que la considération des femmes claires
sont le résultat de ce que l'éminent psychologue Naï'm Akbar appelle "Chains and
Images of Psychological Slavery" qui est également le titre de son livre. Il nous
démontre que ce n'est pas par accident que les images des pharaons de Kemit et de
Jésus-Christ ont été changées du noir original au blanc falsifié mais plutôt pour
détruire l'identité culturelle de tout un peuple afin de bien le contrôler. Les images
mentales influencent non seulement nos pensées mais nos actes également. Quand ces
images sont faussées par une mauvaise éducation qui exalte tout ce qui est étranger les
conséquences ne doivent pas nous surprendre. Là encore, quelle leçon avons-nous
apprise? Avons-nous reformé notre éducation pour cultiver notre personnalité? Très peu
de pays l'ont fait. Les africains-américains disposent actuellement des écoles au sein
desquelles le programme scolaire est adapté à leurs intérêts et culture.
Nous devons donc démolir toutes les théories racistes
qui n'attribuent au noir aucune contribution au développement de l'humanité afin de
restaurer notre humanité en suivant l'exemple du grand savant Sénégalais Cheikh Anta
Diop dont l'originalité de l'oeuvre constitue la base même du mouvement de la conscience
africaine aux U.S.A.
Nos ancêtres de Kemit (Egypte ancienne) enseignaient
toujours: "Connais-toi, toi-même". Cette expression paraît simple mais revêt
une signification extrêmement profonde. La raison pour laquelle le peuple noir se
retrouve dans la situation actuelle est le manque de connaissance de sa personnalité
réelle, la perte de la mémoire historique causé par la falsificateurs de notre histoire
et culture. Quand une personne ignore qui elle est, elle ne se comportera pas
adéquatement ni n'accomplira ce qu'on attend d'elle. Elle agira parfois contre ses
propres intérêts et peut être conduite à l'auto-destruction par des forces
extérieures étant donné son niveau de vulnérabilité. Elle n'a aucune protection
contre les influences extérieures qui peuvent facilement la manipuler pour leurs propres
intérêts.
C'est la connaissance de soi qui engendre l'amour de sa
propre personne et le respect de ses valeurs culturelles. Ce respect devient la base de
l'unité culturelle, qui, à son tour, produit la puissance économique en facilitant les
transactions commerciales et la circulation de l'argent au sein de la communauté en
question. C'est cette force économique qui est la véritable clé de la puissance
politique. La puissance économique nous permettra d'influencer considérablement les
décisions politiques tant sur le plan national qu'international. Pour vous en convaincre,
il suffit d'examiner le succès économique de la communauté chinoise au Canada. Sur le
plan international le Japon en est l'exemple le plus éloquent.
L'aliénation mentale ou l'esclavage psychologique du
peuple noir est directement proportionnel à la haine de soi-même et rejet de sa propre
culture. Une personne qui est absolument convaincue qu'elle n'est bonne à rien ou qu'elle
est catégoriquement inférieure n'accomplira rien dans sa vie aussi longtemps qu'elle
garde cette conviction dans son esprit. Par contre, une personne qui a la ferme conviction
qu'elle peut accomplir ce qu'elle veut parce que d'autres l'ont fait avant elle aura du
succès dans ce qu'elle va entreprendre. La loi est simple: Nous devenons ce que nous
pensons ou croyons. Tout ce qui se manifeste sur le plan matériel n'est que la
concrétisation de ce qui était dans notre esprit avant. En guise d'exemple, le présent
site était une idée qui est maintenant devenue une réalité vivante. C'est dans ce
contexte que l'Honorable Marcus Garvey nous exhortait: "Rise up, you mighty race!
Rise up, you mighty race! You can accomplish what you will". Il le déclarait parce
qu'il avait la ferme conviction que son peuple est capable d'accomplir ce que ses
ancêtres avaient accompli dans l'histoire.
Il est vrai que l'Occident s'est mobilisé pour lutter
contre la famine en Ethiopie. C'est tout à fait normal que celui qui dispose des moyens
vienne au secours de celui qui en manque. Évidemment, ceci ne libère pas les autres pays
africains de leur devoir moral et politique de venir en aide à l'Ethiopie pendant cette
période triste de l'histoire. Mais qu'est ce qui est à la base de cette pauvreté
économique en Afrique? La réponse la plus simple se trouve dans la loi du marché. Dans
un marché normal c'est le vendeur qui fixe le prix de sa marchandise sur base de la marge
de bénéfice projeté et des besoins à combler. Dans le système actuel c'est le
contraire qui se passe. Les pays acheteurs imposent le prix de la marchandise au
détriment du vendeur le mettant ainsi dans une situation désavantageuse. Le résultat
est que le vendeur devient incapable de subvenir à ses besoins et est forcé de
s'endetter à un taux d'intérêt exorbitant auprès de ce même acheteur pour réaliser
le bénéfice qui lui revenait normalement. C'est la raison pour laquelle certains pays en
développement ont parfois ouvertement refusé de payer leur soit-disant dette
extérieure.
En plus, cette mauvaise loi conduit inévitablement au
phénomène de l'injustice que nous connaissons actuellement dans la répartition des
richesses de la planète. Le résultat est prévisible: les pays exploiteurs deviennent de
plus en plus riche tandis que les autres, exploités, deviennent de plus en plus pauvres.
Plusieurs artistes noirs ont exposé ce problème dans
leurs chansons: Bob Marley dans Survival, Jimmy Cliff dans Suffering in the land, Peter
Tosh dans Equal Rights, Alpha Blondy dans Masada, Sam Mangwana dans Colon Gentil et Alain
Makaba dans Droit de vivre pour n'en citer que quelques-uns.
La mobilisation contre la dictature en Afrique s'inscrit
dans le même contexte. Qui a installé et soutenu les dictateurs en Afrique? Aucune
dictature ne peut survivre sans un support militaire et économique. L'histoire récente
démontre comment les intérêts économiques occidentaux ont protégé et continuent à
fermer les yeux devant la violation des droits de l'homme dans le monde.
Non, la race noire n'est pas maudite! Maudite par qui et
pour quelle utilité, pour quelle raison?
Dieu n'a pas destiné l'homme et la femme à la
souffrance. Le vrai problème c'est dans le leadership. Les dirigeants de nos pays doivent
faire l'effort de veiller d'abord aux intérêts du peuple qu'ils sont sensés
représenter et non leurs propres intérêts. Ils doivent comprendre le système politique
et économique actuel afin d'agir intelligemment et en conséquence. Les pays d'Asie sont
un bon modèle à suivre pour notre développement.
En ce qui concerne les africains-américains, n'oublions
pas que le négrier qui leur a enseigné que l'Africain était sauvage est la même
personne qui nous appris que les noirs d'Amériques étaient destinés à l'esclavage
approuvé par la Bible! Le Dr. Yosef Ben Jochannan, un avocat, kémitologue (égyptologue)
et historien, le démontre éloquemment dans Africa, Mother of Western Civilization. C'est
la fameuse stratégie de "divide and rule" (Diviser pour mieux régner) qui
s'applique dans ce contexte. Ce stratégie avait pour but de créer une rivalité entre
deux frères et soeurs originaires d'un même continent. Pour pallier à cette situation,
des spécialistes américains tels que le Dr. Molefi Kete Asante et Maulana Karenga ont
lancé respectivement l'Afrocentrisme (L'adoption du point de vue africain et le respect
des valeurs africaines) et la fête de Kwanza (La célébration de la culture africaine
avec des principes communautaires énoncés en Swahili). Leur oeuvre a énormément
contribué au rapprochement que nous observons actuellement entre les deux communautés.
Parler de "Réflexe inné à nuire" équivaut à
une codification des idées nazies tel que le Dr. Cheikh Anta Diop l'avait constaté avec
Senghor qui déclarait: "l'émotion est nègre et la raison est hellène" La
raison est l'une des différences majeures entre l'homme et l'animal. C'est pourquoi
l'homme est considéré comme l'animal raisonnable. Cette déclaration nous montre
clairement les effets du génocide culturel dans la destruction de notre propre humanité.
Ne soyons pas aussi négatifs avec nous mêmes.
Nous ne serions jamais arrivé à survivre avec ce
"réflexe" et "sans la raison" étant donné l'ampleur des problèmes
auxquels nous sommes confrontés actuellement. Le célèbre avocat Johnnie Cochran
stigmatise cette tendance à culpabiliser toute une race dans son oeuvre magistrale
Journey To Justice où il décrit les différents obstacles qu'il a dû surmonter avec
courage et persévérance pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.
C'est absolument vrai qu'on a tous et toutes un très long
chemin à parcourir pour améliorer notre situation. En effet, cette démarche demande la
participation positive de toutes les forces vives du peuple travaillant pour un objectif
commun et loin de toute négativité d'esprit.
Quant aux politiciens qui changent de partis politiques,
ce n'est pas surprenant du tout pour un habitant du Canada. La politique a ses surprises.
Au Canada nous avons vu Bouchard quitter le Parti Conservateur pour le Bloc Québecois.
Récemment, le chef des Conservateur fédéraux -Charest- a rejoint le rang des Libéraux
provinciaux du Québec parce qu'il a plus de chance de devenir Premier Ministre du Québec
que de battre Jean Chrétien à la tête du pays. Ils ont tous la liberté d'expression et
d'opinion telles que garanties par la Constitution du Canada. Il est donc normal que ces
mêmes droits s'applique à notre patrie.
L'idée de conclure que "mettre dix noirs ensemble
c'est avoir à coup sûr des conflits, des bagarres..." ou encore "Les Noirs ont
un réflexe inné à nuire l'autre..."est une autre déclaration gratuite que nous
devrions éviter. Tous les noirs ne sont pas foncièrement mauvais! Si une personne
non-noire l'avait déclaré, on l'aurait immédiatement taxée de raciste. Évitons ce
genre de conclusion hâtive à moins que nous présentions des résultats de recherches ou
des preuves qui justifient nos déclarations. Cette pratique nous permettra de mieux
cerner le problème et établir un plan d'action efficace.
Mon expérience professionnelle comme Directeur Exécutif
d'une Agence de Courrier et Fret Internationaux autorisée par DHL International Express
est que la communauté africaine, malgré la multitude des obstacles visibles et
invisibles, a fait des progrès considérables en matière de support économique et
d'épanouissement social. Nos statistiques démontrent que la majorité de canadiens/nes
d'origine africaine comprennent l'importance de posséder leurs propres affaires et
soutiennent les entreprises établies. Ici à Toronto, la communauté éthiopienne
contrôle une grande partie de Bloor Street, une des avenues principales du centre de la
ville. On y trouve entre autres des agences de voyage, des restaurants impeccables dans
leur classe ainsi qu'une mini-galerie d'oeuvres d'art africain.
Plusieurs personnes rentrent actuellement aux études pour
se perfectionner ou apprennent de nouveaux métiers pour être plus compétitifs dans le
marché comme employeurs ou employés. Les nombres sont particulièrement significatifs
dans les domaines des services financiers et l'informatique. Je suis complètement
optimiste comme mon travail de front line me permet l'interaction continuelle avec
différentes nationalités africaines telles que les Éthiopiens, Somaliens, Ghanéens,
Kenyans, Congolais (Brazzaville) et autres.
En guise de conclusion, j'aimerais offrir quelques
conseils qui, à mon humble avis, peuvent nous aider à résoudre nos problèmes. Les
africains-américains utilisent souvent cette expression : "You are either part of
the solution or part of the problem". I love my people and I love to be part of the
solution:
1) Faisons preuve de maturité en critiquant les idées
tout en offrant des alternatives au lieu de se livrer aux attaques personnelles
2) Travaillons dans le respect mutuel et l'honnêteté car
les insultes et injures n'ont jamais conduit un peuple au progrès mais plutôt l'esprit
d'équipe et le respect de la personnalité humaine
3) Ayons le courage d'accepter nos erreurs et nos défauts
afin de trouver des solutions adéquates aux problèmes et exigences de la vie
4) En cas de désaccord, mettons nos différences de
côté et travaillons pour l'intérêt national ou international selon le cas
5) Affermissons nos relations et impliquons les hommes,
les femmes et les enfants dans nos activités en vue de bénéficier de l'apport de toutes
nos ressources humaines
6) Prenons le positif du système occidental ou autre tout
en l'adaptant à notre environnement socio-culturel et rejetons le négatif
7) Résistons à la tentation du pessimisme et soyons
fermement convaincus que tout problème a une solution sauf la mort car elle est
universelle et personne n'y échappe
8) Don't believe the hype: examinons les informations que
rapportent les médias concernant notre peuple avant de les accepter faits véridiques
9) Faisons un examen de conscience et dressons un bilan de
notre contribution à notre patrie en particulier et à l'humanité en général. Qu'il
soit négatif ou positif, travaillons pour l'améliorer
10) Ayons l'habitude de reconnaître les réalisations des
membres de nos communautés respectives et offrons les encouragements nécessaires.
Ma conclusion est très simple: Noir n'est pas noir et il
y a, certainement, de l'espoir.
Que Dieu bénisse ce peuple qui a tant souffert et
continue encore à souffrir.