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Dix propositions de Maître José Patrick Nimy Mayidika pour restaurer l'espoir et sauver la République
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José Patrick Nimy Mayidika
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Dix propositions de Maître José Patrick NIMY Mayidika

pour restaurer l'espoir et sauver la République

Kabila un an après, pour quel bilan?

Il n'est nul doute que la date du 17 mai 1997 restera gravée en lettres d'or dans les pages de l'histoire glorieuse de notre pays. Comme celles du 30 juin 1960 et du 24 avril 1990. On observera en outre que le dénominateur commun de ces trois événements réside dans la reconquête des libertés perdues par notre peuple.

En juin 1960, ce fut contre le régime colonial en avril 1990, contre vingt-cinq années de Parti-État mobutiste en mai1997, contre sept années de "démocrature" faite d'artifices et de blocages divers dont Mobutu et sa mouvance politique, en complicité avec "l'opposition mouvante" de l'union sacrée, se révélèrent les grands maîtres d'œuvre. Sept années de Transition bipolarisée qui, en ternes de dégâts économiques et de la dérive des mentalités, auront détruit le pays plus que vingt-cinq années de Parti-État.

Voilà pourquoi l'avènement de Monsieur Kabila et de 1'AFDL fut appuyé et salué par l'ensemble de notre peuple qui l'aperçut comme un formidable ressort pour relancer un processus démocratique bloqué, parce que trop manipulé, par des artistes de la combinaison et de la tricherie; avènement perçu également comme l'unique voie pour barrer la route à la perspective d'élections dont tous les indices indiquaient qu'elles allaient être subtilement truquées pour légitimer le pouvoir de Mobutu et de ses alliés FPC, compromettant ainsi gravement, à mon sens, toute l'essence du vrai changement et du redressement tant attendu de notre pays.

En effet, ayant moi-même tiré les leçons de la gestion de la Deuxième République, après m'être personnellement investi dans la dynamique du changement en 1990 et après mon discours politique à la Conférence Nationale Souveraine en 1992, ma conviction profonde fut que Mobutu avait définitivement opté pour le statu quo ante et qu'une éventuelle victoire électorale de la mouvance MPR/FPC mobutiste condamnait irrémédiablement notre pays à une catastrophe sans appel.

Aussi, usant de ma liberté retrouvée depuis avril 1990, ai-je marqué ma rupture totale avec l'ensemble du système ancien et j'ai quitté en 1992 notre pays pour l'étranger. Soit six années d'expatriation: le temps du repli et de la réflexion. Et j'ai compris en ces six années d'expatriation à quel point mes nombreux compatriotes ont enduré quinze, vingt, vingt-cinq ans d'expatriation et d'exil sous le régime de Mobutu pendant que moi-même j'y exerçais des fonctions diverses.

Aujourd'hui, ci et là, d'Afrique du Sud, de Côte d'Ivoire, du Niger, de la France, j1entends les "naufragés de l'Outenika", forcés de quitter le pays le 17 mai 1997 à la suite de l'arrivée de Monsieur Kabila, déjà lassés d'un exil d'à peine une année, démultiplier entreprises sur entreprises (communiqués, réunions, appels, préparatifs militaires) pour la reconquête immédiate du pouvoir politique dans le seul but égoïste de récupérer les privilèges et les biens perdus. Alors que la décence et la morale leur auraient commandé d'adopter, ne fût-ce que pour un temps, un profil bas ; prendre le recul nécessaire et utile à tout acteur politique ; se regarder chacun devant la glace à la lumière de son parcours antérieur et en tirer Les conséquences pour soi-même et pour le pays. Exercice de modestie, d'humilité, de responsabilité.

Je suis de ceux qui pensent que tous ceux parmi nous qui avions en à exercer des fonctions de responsabilité, à des niveaux divers, sous le régime de Mobutu, devrions faire preuve de plus de modestie, de vérité et de responsabilité face à ce passé douloureux pour notre pays et notre peuple.

Sans perdre nos droits de citoyens, singulièrement le droit à la libre expression, nous devrions savoir que nous avons des comptes à rendre. En effet, Si l'échec global du système ancien ne saurait se traduire en une responsabilité collective, anonyme, impersonnelle, chacun devra rendre compte et accepter d'être apprécié selon ses faits ou ses méfaits, ses actes et comportements passés.

Il s'agit là, pour les uns et les autres, d'un devoir d'honnêteté individuelle et de respect envers notre peuple. Certes, un déballage responsable et dépassionné à la Conférence Nationale Souveraine aurait pu clarifier bien des zones d'ombre et des situations clairs-obscurs. Hélas, des consciences troublées au regard de leur passé, tant dans les rangs des partisans de Mobutu que dans ceux de l'opposition radicale, avaient vite fait de brouiller les pistes et galvauder l'ensemble de la démarche qu'ils rendirent partisane, sélective et vide de toute crédibilité. Comme l'illustrent les fameuses commissions des biens mal acquis, des assassinats ou autres, toutes sélectives et scandaleusement partisanes.

Quelque part, le bilan de Kabila doit être pour chacun des anciens responsables et gestionnaires de 18 Deuxième République et de sept années de Transition mobutiste, l'occasion de se remémorer Son propre bilan. Kabila ne serait pas aujourd'hui à ta tête de notre pays, dans les mêmes conditions, si tout par le passé avait bien marché dans la gestion de la République. Cela étant, et quoi qu'il en soit c'est du bilan de Kabila et de l'AFDL qu'il s'agit ce 17 mai 1998.

Un an après leur prise de pouvoir (pour simplifier, sans parler de l'occupation de l'Est du pays dès octobre 1996), Kabila et l'AFDL arborent un bilan désastreux. Tous les rapports des observateurs tant intérieurs qu'extérieurs convergent dans ce sens: la détention par un seul individu, en l'occurrence Monsieur Kabila, pourtant un homme de chair et de sang, capable d'erreurs et d'égarements, des pleins pouvoirs législatifs, exécutifs, judiciaires, militaires et par ailleurs soumis à aucun mécanisme de contrôle institutionnel ; les exécutions arbitraires, les détentions illégales d'opposants au régime, la persécution des militants des droits de l'homme, le muselage de la presse, les relégations, la suspension des activités des partis politiques, les spoliations des biens privés, le culte de la personnalité, le retour de la corruption et des détournements des deniers publics, l'immoralité dans la vie privée au plus haut niveau de l'Etat, le mensonges d'État érigé en système de gouvernement singulièrement sur le dossier de l'enquête des Nations-Unies sur les massacres des réfugiés hutu à l'Est du pays, les arrestations et les libérations opérées sur simple décision souveraine de Monsieur Kabila, la résurgence de la peur et de l'idée d'un Chef d'État démiurge tutélaire descendant des nuées alors que ce double fléau fût éradiqué à la Conférence Nationale Souveraine.

Que l'on se comprenne bien. A mon sens, ce n'est pas tant l'inexpérience des affaires, l'amateurisme politique, le "maquisardisme" comportemental qu'il faut reprocher à Kabila et à ses hommes. Des choses qui, après tout, se corrigent avec le temps et au fil de l'apprentissage. Pourquoi en voudrait-on outre mesure aux dirigeants de l'AFDL et aux tenants du pouvoir en place au seul motif que deux sur trois n'ont pas inventé le fil à couper le beurre ? Ce n'est pas non plus ces acquis que l'on a tendance à brandir comme dans tout régime autocratique et qui en l'occurrence se ramènent à la paix, la sécurité (avec la police d'intervention rapt de), la maîtrise de l'inflation (alors que le phénomène est le produit d'une économie on état d'inertie anormale), l'amélioration à Kinshasa de l'accueil des passagers à l'aéroport de N'djili ou au beach Ngobila, le nettoyage ou le désherbage de telle ou telle artère de la capitale, bref, toutes ces actions sans aucun doute positives auxquelles une population trop longtemps traumatisée peut être sensible, mais qu'en définitive demeurent de la poudre aux yeux, du cosmétique, de l'emplâtre sur une jambe de bois. Au regard de l'essentiel qui fait le fondement de l'Etat et de la société.

Plus profondément, la plus grave des dérives du régime de Kabila est essentiellement la conception et la mise en œuvre d'un schéma du pouvoir politique anachronique et autocratique fondé sur le mimétisme et la reproduction du modèle mobutiste en pire.

En outre, son refus de l'autocritique et de la remise en question l'a conduit au culte de la personnalité et à la fausse assurance d'avoir toujours raison. De même, le refus de la vérité pour Monsieur Kabila et l'AFDL qui ont pris l'habitude dé n'écouter que ce qu'ils désirent entendre ; d'où la fausse conscience tranquille affichée quand bien même tout va très mal et l'exclusion de l'opposition, de la contradiction, de la différence, voire l'assassinat des porteurs des mauvaises nouvelles.

Ce déficit de conscience critique, d'idéal vrai et de vision républicaine dans le chef de Monsieur Kabila et de I'AFDL font croire à ces derniers qu'ils sont aujourd'hui l'objet de harcèlements et de complots divers de la part de leurs ennemis réels ou supposés ainsi que de la communauté internationale.

La liberté, la démocratie, le pluralisme politique ne constituent pas un luxe dont notre peuple pourrait volontiers se passer. Il ne suffit pas de proposer au peuple un programme de réhabilitation dés routes, de réfection des écoles et des hôpitaux, de règlenent des arriérés des salaires impayés, bref, de faire le bonheur des gens malgré eux. Une société politique fondée sur une telle approche est une société que l'on bâtit sur k sable ; vouée a la précarité et à l'instabilité.

Notre peuple a mûri politiquement an fil des années de lutte et sait parfaitement ce qu'il veut: la prospérité économique et le progrès social certes. mais dans la liberté et la démocratie. Tout ce qui sera entrepris et bâti contre ces aspirations profondes de notre peuple sera un emplâtre sur une jambe de bois.

Rien ne justifie dans notre pays aujourd'hui (même à titre temporaire) l'option d'un système politique autocratique et anachronique et d'un système de gestion de la République de type tribal: ni les 32 ans de destruction des infrastructures de base par le régime mobutiste, ni les besoins d'apprentissage du métier par les nouveaux dirigeants de l'AFDL, ni les erreurs politiques passées de l'opposition traditionnelle intérieure, ni la peur d'un "remake" des anciens dignitaires mobutistes!

Par ailleurs notre pays qui doit être une République ne saurait être géré indéfiniment et perçu comme un tournez-manège. Hier ce fut Mobutu et le clan ngbandi; aujourd'hui Kabila et le clan katangais- Demain, ce sera qui et quel clan? Nous ne saurions longtemps encore nous accommoder d'un tel projet de société, sans envergure, sans horizon. Et Si Monsieur Kabila et l'AFDL sont réellement venus libérer notre pays et non pas se libérer eux-mêmes de la longue hibernation et de l'exil souvent difficile et douloureux vécu à l'étranger, sinon dans la brousse et le maquis, ils devaient se rendre à l'idée que notre pays se trouve dans une situation de crise politique grave.

Le feu couve lentement mais sûrement. Il vaut mieux prévenir que guérir. Les enjeux du monde d'aujourd'hui n'autorisent plus que l'on donne du temps des régimes (comme celui actuellement en vigueur) qui portent en eux les germes de la destruction de tout un pays. Voilà pourquoi il faut remettre le compteur à zéro. Je sais que cela exige beaucoup de courage politique et que seul en définitive peut y conduire l'amour véritable de la patrie et du peuple. Monsieur Kabila et I'AFDL auront à relever ce défi.

Dès lors, je formule dix propositions que Monsieur Kabila dans un geste fort et un esprit républicain devrait accueillir et appliquer sans délai

Première proposition: Réaffirmer publiquement sa volonté pour un Etat démocratique et de droit, dans un espace respectueux des libertés individuelles et publiques ; une gestion transparente des ressources nationales et de l'économie; une gestion nationale et républicaine de l'armée; une vision claire des enjeux présents et futurs au niveau africain et dans un monde d'interdépendance.

Deuxième proposition: Reconnaître que l'avènement au pouvoir de l'AFDL le 17 mai 1997 est avant tout et fondamentalement la victoire finale du peuple zaïro-congolais, civil et militaire sur Mobutu et le mobutisme, et non l'apanage exclusif de l'AFDL (feu le Général Mahele et le Général Kalume, actuellement récupéré par l'AFDL ainsi que tant d'autres officiers supérieurs des ex-FAZ ne me démentiront pas) et en tirer toutes les conséquences politique en terme de gestion de la Transition.

Troisième proposition: Abroger le décret-loi 003 du 28 mai 1997 sur l'organisation du pouvoir pendant le Transition qui a accordé les pleins pouvoirs à Monsieur Kabila consacrant ainsi l'autoritarisme comme système politique.

Quatrième proposition: Libérer tous les prisonniers politiques et les détenus d'opinion sans délai, et accepter le principe d'un indemnisation équitable à leur bénéfice pour traitement inhumains et dégradants, détention arbitraire, sévices et tortures.

Cinquième proposition : Lever l'interdiction frappant les activités des partis politiques.

Sixième proposition: Restituer sans conditions à leurs anciens propriétaires les biens meubles et immeubles détenus ou occupés par des tiers, cadres ou non, civils ou militaires de l'AFDL et du pouvoir en place, la justice régulièrement saisie par qui de droit devant statuer au cas par cas selon les griefs relevés et vérifiés, de manière à ne pas laisser impunis des crimes et délits économiques, des prédations et détournements divers commis par le passé.

Septième proposition: Dissoudre l'actuelle commission constitutionnelle.

Huitième proposition: Réputer l'actuel gouvernement de salut public démissionnaire et charger celui-ci de liquider les affaires courantes.

Neuvième proposition: Convoquer endéans les vingt jours à venir une table ronde nationale pour la redéfinition d'un Nouveau Consensus National (NCN) sur la susite de la Transition et du processus démocrtique, de manière à redonner à la date du 30 juin prochain son véritable sens à savoir, celui du réveil de la liberté, de la vraie dignité et de l'espoir pour notre peuple.

N.B. : Nous sommes prêt, dans le cadre de notre organisation politique, entendez les Forces du Renouveau pour la République, en sigle F.R.R. (prononcez frère) qui est une plate-forme pour le rassemblement et la reconstruction de la République, à formuler des suggestions concrètes sur la manière d'organiser cette table ronde aux fins de ne pas tomber dans les dérives et les excès de la Conférence Nationale Souveraine.

Dixième proposition: Remettre symboliquement le titre de Chef de l'État auto-proclamé au peuple zaïro-congolais et se reconnaître de facto Président intérimaire de la République jusqu'à la fin des travaux de la table ronde.

Voilà ce qui nous paraît constituer dix signaux clairs susceptibles de restaurer l'espoir et de créer un climat de paix civile. Je conviens que mon propos est sévère et critique. Tels ont toujours été mon attitude, mon trait de caractère et mon désir de dire la vérité, à temps et à contretemps, rnême du temps de Mobutu. Car je considère que des Chefs d'État doivent être capables de révisions déchirantes, s'il y va de l'intérêt de la communauté nationale.

Aujourd'hui, Kabila doit accepter sa vérité, c'est-à-dire, de se remettre en question pour susciter un climat de confiance nationale indispensable pour préparer dans la concorde, l'harmonie des cœurs et des esprits. des échéances électorales crédibles et transparentes en vue de l'avènement dans notre pays d'une République réellement démocratique et d'un État de droit.

Maître José Patrick NIMY Mayidika Juriste et homme politique

19 mai 1998.

 

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