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Réflexion sur le Garreton Show
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Jean-Baptiste Ndeke
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A propos de la prise de position du service de presse RDC

Je voudrais réfléchir sur la prise de position du service de presse de la République Démocratique du Congo parue dans ses deux titres "Un nationalisme qui dérange" et "Roberto Gareton Show" (sur le site NCN :New Congo Net. www.marekinc.com). La legerté avec laquelle ce service s'y prend dans ses contre-arguments m'amène à aconsidérer trois axes majeurs de réfléxion : Violations des droits de l'homme, Garreton Show et AFDL.

1. Sur les droits de l'homme

Pour toute réponse devant des accusations sur les droits de l'homme, le Service se contente de dire que la délinquance urbaine est ramenée au point zéro et que l'aéroport fonctionne normalement ! Si l'aéroport fonctionne comme il faut, quoi de plus normal pour un pays ? Cela ne saurait valoir de preuve susceptible de blanchir de tout soupcon. Le reproche signifie que le gouvernement et l'Etat à travers ses dirigeants est accusé d'être partie prenante dans des violations, en d'autres termes il est le bourreau actif. En effet, en moins d'une année de pouvoir, l'on en est à au moins 11 morts dont l'exécution a été décidée, conduite et consommée par l'Etat, sans parler des autres cas médiatiques dont l'écrouement des responsables des Partis politiques. Face à cela, certains pensent que l'on en veut à l'équipe dirigeante en place parce qu'elle s'affiche plutôt de gauche. Pourquoi discourir alors que les faits parlent d'eux-mêmes ? Faut-il les minimiser ou faire semblant de les oublier ?

2. Sur le Garreton Show

Le rapport qui s'établit entre l'argumentation de Garreton et son origine ou sa nationalité chilienne, et donc le sérieux dont dépend ses propos fait preuve encore une fois de faiblesse de contre-argumentation de la part des préposés à ce service. La dictature de Pinochet ou de Mobutu ne saurait servir de tare innée empêchant les anciennes victimes et otages du système toute prise de position ultérieure contre similaire système émergeant quelque part dans le monde. Ces déclarations auraient pu venir d'un fonctionnaire de l'ONU originaire de Roumanie, de Haiti, des Philippines ou du Zaire, cela n'enleverait rien à leur pertinence ni ne changerait la réalité qu'elles dénoncent.

En plus, une telle réfléxion a pour conséquence de montrer qu'à l'époque de la mondialisation, les zairois (les congolais de la République Démocratique du Congo) n'auront jamais raison de signer des pétitions aux côtés des autres peuples contre des violations des droits de l'homme dans tel ou tel pays , leur passé ayant été souillé par la dictature, et que des peuples qui sont passés par des révolutions pour s'affranchir des régimes arbitraires ne pourront jamais se prononcer. Ceci minerait votre propre défense car vous êtes vous aussi victime d'hier. Plutôt que de contourner le problème de facon peu convaincante par des qualificatifs creux, répondez en restant au coeur des accusations et montrez en quoi elles font preuve des hallucinations ou de recherche de pouvoir.

3. A propos de l'AFDL

L'on percoit un flou artistique entre la nature, l'essence et la dénomination. L'AFDL signifie Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaire. Cette dénomination ne suggère pas forcément sa nature. Qui dit "Je suis de l' Alliance" dit au moins, dans le cas d'espèce, appartenir à l'Afdl , mais ne dit pas expressément appartenir à un Parti politique, à une ONG, à une société d'Assurance ou à une mutualité culturelle... si n'est connue d'avance la nature de ce à quoi il déclare appartenir. (J'exclus dans ma réfléxion l'Alliance des Bakongo - Abako- qui était un parti politique des années 60, ainsi que l'Alliance des Bangala -Aliba- mutualité à coloration politique pendant le tumulte démocratique au Zaire). Il en serait de même pour celui qui, au lieu de parler de l'UDPS dirait appartenir à l' "Union" en sous-entendant l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social, ou au "Front" pour les partisans de Me Gerard Kamanda. C'est le même malaise qu'éprouve le gros de membres de l'UDPS quand on leur demande l'option sociale spécifique de leur Parti. Pour ceux-ci le parti s'identifie à Tshisekedi. N'allez pas leur demander le nom du numéro deux ou des possibles candidats à la tête du parti car cela sonnerait même comme une atteinte portée au "leader Charismatique". Revenons à notre sujet du jour.

Alors que les partisans de ces deux dernières entités parlent clairement de Parti, ceux de l'Afdl penchent plutôt vers une option dénominative qui entretient le flou. L'on entend plus volontiers en ce qui les concerne, par exemple : la politique de l' "Alliance", des options de l' "Alliance", l' "Alliance" pour le Congo etc. Cette faveur à la dénomination cache à vrai dire un malaise caractéristique quant à la NATURE de la fameuse "Alliance". A la question de savoir ce qu'est l'AFDL l'interlocuteur se racle d'abord la gorge avant de répondre. Je crois avoir trouvé la raison du malaise sur sa nature en recourant à ce qu'elle dit (il dit) d'elle-même (ou de lui-même) en recourant au site Afdl-congo.

1° C'est un regroupement des partis politiques

S'il nous faut entendre par là une fusion des 4 Partis politiques ( le Parti de la révolution populaire de Laurent Desiré Kabila, le Conseil National de la Résistance pour la Démocratie de Kisase André; l'Alliance démocratique des peuples de Bugera Deogratias et le Mouvement révoluationaire du Zaire de Masasu Nindaga selon les accords de Lemera du 18 octobre 1996), alors ceux-ci n'ont pas gardé leur autonomie de gestion et d'activités. Ils ont carrément fusionné pour servir une cause commune, force de l'Union oblige. La cause commune étant la conquête du pouvoir, ce qui est du reste le but de tout parti politique, la nature de parti politique est donc sauvée. Alors l'Afdl est un Parti politique, à tout le moins un "grand" parti politique, grand de par le nombre de partis membres que par le nombre d'adhérants dont je ne saurais parler à l'heure actuelle.

La fusion de deux banques n'enlève en rien à la nouvelle entité à laquelle elles donnent ainsi jour son caractère d'institut de credit. Si Boeing et McDonnald Douglas fusionnent ils ne perdent pas pour autant leur nature de constructeur d'avions, sans doute la nouvelle entreprise devient-elle plus compétitive, mais elle garde bien sa nature. La similarité de nature est justement condition de fusion, de sorte qu'il serait difficile d'imaginer la fusion de Coca-cola et General Motor parce que l'un est producteur de boisson et l'autre constructeur automobile. Les quatre Partis ont donné lieu à un "grand" Parti politique appelé l'Afdl.

2° C'est un mouvement politique

Si l'on s'en tient à l'hypothèse d'un simple regroupement (le texte dit en effet que l'Afdl "regroupe") alors les 4 Partis membres ont gardé leur autonomie de gestion au sein de la plate-forme Afdl. Dans ce cas les accusations de dictature contre Kabila tomberaient d'elles-mêmes car il y a bien un multipartisme. Et du coup se pose la question de la pertinence et de la justesse du décret qui interdit les (autres) partis politiques. La mesure serait une discrimination flagrante et donc inacceptable car l'on ne voit pas au nom de quelle sagesse l'on laisserait fonctionner certains partis et en interdir d' autres.

Dans le cas d'un mouvement politique différent des visées des Partis politiques, cela signifierait donc que la fusion des 4 partis en un Mouvement leur a fait perdre subitement leur nature et donc leur similarité justificatives pourtant de la fusion ! En d'autres termes, ils ont eu la nature similaire (Partis politiques), des objectifs similaires (conquête du pouvoir), des moyens similaires (fusionner et prendre des armes), mais dès l'instant où ils se regroupent dans l'Afdl, ils deviennent autre chose !

Dans le cas de l' "autre chose", il y a ici aussi deux hypothèses. En considérant l'Afdl comme organisation gouvernementale de caractère politique, cela signifie qu'elle incarne les vues politiques de l'Etat et s'identifie dans son idéologie fondamentale à l'Etat lui-même. Cela signifie, dans les pires des cas, que les élections n'ont aucune signification car les camarades de l'Afdl, c'est-à-dire en fait de l'Etat pourront nommer à tous les postes jusqu'au chef du village, question de degré de militantisme et donc s'en est fait de la démocratie.

Dans les meilleurs des cas l'Afdl serait une organisation dont le but serait de sensibiliser les gens au processus démocratique en se gardant elle-même alors de s'impliquer, comme le ferait un parti politique, dans des campagnes et des propagandes orientées. Ceci aurait pour conséquence que l'Afdl devrait donc, le moment venu, se saborder afin de laisser la place aux Partis politiques qui, eux, sont attitrés pour un tel exercice. Or il y a fort à parier que le "Mouvement" prenne aussi le départ à la compétition électorale réservée aux "Partis". Et quoi qu'on en dise il faudra bien un parlement pour notre pays. Mobutu avait eu beau jeu de jongler avec les concepts : "MPR ezali Parti te, ezali Mouvement" (= Le MPR n'est pas un Parti, mais un Mouvement), il a fini par accepter la contrainte du raisonement logique : MPR ezali Parti-Etat. Il aurait été utile que le Service évite de passer à côté du problème en produisant un discours du genre de la propagande du MPR et qu'il nous dise enfin la nature de ce qu'il veut mettre à toute les sauces car il n'y a jusqu'ici presque pas une seule intervention du gouvernement sans recours à l'Afdl. Et si c'est une organisation gouvernementale que signifierait alors que d'être membre. Que les membres de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaire disent ce qu'est exactement leur ...Alliance.

Sentiments patriotiques

Jean-Baptiste NDEKE, Germany ( fxpth328@rz.uni-frankfurt.de )

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