Messieurs,Mes amis et moi aimerions que la Direction de la Communication de
la Présidence de la République mène entre autres auprès de notre peuple un travail en
profondeur destiné à réduire et à terme à supprimer tout ce rituel relevant du culte
de la personnalité que l'on observe autour de la personne du Chef de l'Etat, sans
peut-être que celui-ci le souhaite lui-même, mais simplement parce qu'une fraction dans
le peuple en est encore à penser (comme l'exigeait Mobutu) que le chef de l'Etat doit
être glorifié de cette façon, ce qui peut constituer à la longue un début de
déviation dangereux pour la bonne qualité des rapports entre la nation et le Chef de
l'Etat.
Nous gagnerions beaucoup, je pense, à éduquer notre
peuple à considérer le chef de l'Etat comme un être humain comme tous les autres et
ainsi à le juger selon ses mérites objectifs, qui ne manquent d'ailleurs pas. Le Chef
peut être respecté sans qu'on doive le glorifier, comme cela se fait la plupart du temps
en Afrique. Vous me direz peut-être que ce sont là des aspects de notre culture et qu'il
est 'normal' que ça se passe comme cela chez nous. Je me limiterai à dire ici que je ne
pense pas que ce soit le cas, et si c'était effectivement le cas, je serais prêt à
déclarer que c'est sans doute là une des raisons de la léthargie ou du manque de
progrès politico-économique observable dans la plus grande partie du continent.
En effet, quelqu'un qu'on vénère en tant que personne
par des panneaux dans la rue et des chants d'exaltation à la moindre occasion finit par
se mystifier lui-même davantage, alors que le pouvoir a déjà en soi une force enivrante
et mystificatrice qui fait que tout homme qui l'a est, comme disait déjà Montesquieu,
porté à en abuser...
Le Chef de l'Etat mérite le respect de ses compatriotes
pour les fonctions qu'il exerce et pas in abstracto, et il est peut-être temps, dans le
cadre du changement des mentalités que nous préconisons tous pour la recosntruction et
le développement du pays, que, conformément à notre volonté de devenir la locomotive
de l'Afrique (et nous en avons bien les ressources), nous donnions un autre exemple aux
peuples africains à cet égard et que nous assainissions donc de la manière suggérée
les rapports entre gouvernants et gouvernés, qui constituent en réalité un axe
psychologique déterminant dans le succès de la méthode démocratique et les réussites
économiques que la démocratie permet généralement.
Je vous remercie d'avance.