Je me permets de vous faire
remarquer, Monsieur, que votre attitude est très dangereuse. Il n'y a pas de mirage tant
qu'on veut. Je parlerai brièvement ici.Si je
comprends bien, devant les difficultés causées par les attitudes tribalistes de certains
citoyens congolais (difficultés en fait susceptibles d'être surmontées si nous aimons
vraiment notre pays [tel qu'hérité de la colonisation] et si nous tenons à le maintenir
fort c'est-à-dire dans la cohésion de sa population tout entière), vous, vous préferez
avoir une attitude défaitiste, préconisant le morcellement territorial de notre pays en
fonction des tribus.
Il n'y a pas de tribalisme positif. A moins qu'une tribu
soit dans votre esprit comparable à une nation (ce qui est une grosse erreur) et que le
tribalisme vous semble alors susceptible de comporter les vertus du nationalisme (ce qui
serait également absurde et stupide comme conception).
Puisque vous êtes même opposé à tout projet
fédéraliste, que vous considérez en fait comme de la 'poudre aux yeux' (ce qui pourtant
devrait constituer un juste milieu, un compromis intéressant dans votre perspective), je
suis au regret de devoir vous faire remarquer que votre attitude va à contre courant de
la marche du temps et nous ferait (si vous étiez à la tête du pays) reculer encore
davantage, après le retard de progrès de 60 à 70 ans et même la terrible régression
que Mobutu a fait subir à notre pays.
Même les nations bien constituées sur leurs territoires
et stables cherchent aujourd'hui dans plusieurs régions du monde à se coaliser avec
d'autres, géographiquement proches, pour gagner en force politique et en puissance
économique...
Je ne suis pas non plus favorable pour le moment au
fédéralisme pour notre pays (bien que ce soit pour d'autres raisons que vous): je pense
en effet qu'il nous faut d'abord travailler à l'affermissement de la conscience
nationale.
Que la conscience nationale (c'est-à-dire la conscience
que nous sommes une nation ou que nous sommes susceptibles d'en devenir une qui soit
unitaire, qui doit être respectée par le monde entier et dont personne n'a le droit
d'abuser par l'expoliation planifiée de nos richesses et la transformation (sous Mobutu
par ex.) d'un peuple censé être prospère à tout point de vue en un peuple d'escrocs,
de malhonnêtes, d'indigents, d'arriérés mentaux et d'exclus de la communauté mondiale)
, que cette conscience nationale donc ne soit pas encore suffisamment forte chez nous, la
preuve peut en être trouvée justement dans des attitudes comme la votre, qui
transparaît à travers votre message.
Non, nous sommes bien capables d'édifier une nation
unitaire qui fasse la fierté de l'Afrique. Il nous faut simplement une ferme volonté,
une détermination à atteindre cet objectif et à lutter même de façon militaire (s'il
le faut) contre toute tendance de l'Etranger à 'pomper' nos ressources et à nous diviser
pour arriver à ce but (un phénomène néocolonial que je suis fort étonné et
scandalisé de vous voir minimiser).
A cet égard, je crois que la voie du Service national
initiée par le gouvernement (si surtout celui-ci s'efforce de réduire les tendances au
culte de la personnalité qu'on observe ci et là) est une initiative qui comble tout à
fait ce qui était un manque évident dans notre pays, et qui doit être soutenue avec
toute l'énergie dont nous sommes capables.
On ne peut pas honnêtement dire qu'il n'y a rien de
nouveau au pays et que tout y ressemble à ce qu'il était sous Mobutu. Lisez ne fût-ce
que les articles sur l'évolution économique du pays (accessibles dans 'Jeune Afrique')
ou plutôt faites vous-même un tour au pays avant de risquer de tels propos.
Attention à ne pas parler sans le savoir ou sans le
vouloir le langage de ceux-là même qui ont toujours voulu nous voir soumis à eux.