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Concernant les articles de Mme Colette Braeckman
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"Colette Braeckman au Congo": Quelles connaissance et mémoire sélectives?

Toute personne intéressée par la région des grands lacs africains doit avoir plusieurs fois rencontré ce nom: C. Braeckman. Ce qui est mon cas; avec cet ajout que je l'ai déjà rencontrée en personne en quatre occasions différentes à Montréal en avril-mai 1995 lors d'un colloque sur le Rwanda. Le colloque avait eu lieu au même moment qu'une activité culturelle commune aux Montréalais, "Vue d'Afrique", où Mme Braeckman avait profité de l'occasion pour le lancement de son livre "Rwanda: histoire d'un génocide".

Mme Braeckman, à ce qu'il m'a semblé, est une personne dynamique, courageuse, et de conviction. Comme les Havu disent, "Nta mwinja buzira shembo" (Il n'y a rien de beau qui soit sans défaut), notre sujet est une dame passionnée qui dés qu'elle a choisi son camp, ici les visions de Kagame-Kanguta (Mu7)-Kabila (les KKK africains, nouveaux chefs négriers du Dahomey moderne, l'Afrique centrale), elle abandonne toutes les autres facettes de la question. Qu'importe les conséquences! Non seulement elle se passe d'autres perspectives, mais elle les combat. Cette attitude, bien sur, biaise l'ensemble de son travail. Quelles éthique et objectivité journalistiques? Est-ce cela du journalisme engagé!?

Puis-je y aller avec des cas concrets? Aujourd'hui, la dame veut que les Zaïrois et, surtout, le monde occidental dont son pays la Belgique donnent du temps et de l'assistance à Kabila. Ceci, argumente-t-elle, pour empêcher le retour des mobutistes au pouvoir. Cette dame ignore-t-elle que le mobutisme se résume en "la pensée et aux actions du Guide?"

La pensée et les actions du guide, c'est la dictature, le gouvernement d'un individu avec une équipe de clients, le musellement de la presse et l'éloignement par tous les moyens de personnes ou organisations qui pensent autrement, le discours opposé aux actions, les conflits inutilement montés contre la Belgique et l'envoi de clients pour clarification, une idéologie qui couvre le pillage systématique du pays par les clients du moment et des étrangers (libanais et autres hier, ... aujourd'hui), une politique interne basée sur la tribu, l'embauchage-débauchage chez l'adversaire en vue de l'affaiblir, l'appui à l'armée plutôt qu'au peuple ...

C. Braeckman doit savoir, il me semble, qu'être mobutiste n'est pas un état figé dans le cadre spacio-temporel. C'est un état dynamique. Ainsi, un "mobutiste" peut se métamorphoser en nationaliste en rapport avec la situation qui est toujours changeante. C'est ainsi par exemple que beaucoup de personnes autour de Mobutu ont perdu leur vie par assassinats, accidents montés, pendaison, poison, fusillades, etc. Il se peut que celui ou celle que vous qualifiez de mobutiste aujourd'hui est un individu qui a cru qu'il (elle) pouvait changer le système Mobutu de l'intérieur. Avez-vous suivi la Conférence nationale "souveraine"? Mobutu était bien entouré et avait presque tout corrompu. Il s'attendait à ce que tout aille selon ses voeux. Mais les résultats étaient contraires à ses attentes!

Avec les informations qui circulent maintenant, n'y a-t-il pas eu des individus travaillant avec Mobutu mais qui auraient soutenu et cela au risque de leur vie tout ce qui était "changement"? Ne nous faites pas oublier qu'à l'époque, on craignait son époux (se), sa parente, ses amis et surtout les services de renseignements et gouvernements étrangers. Parlant de ceux-ci, étaient-ils moins mobutistes? Voudriez-vous les subjuguer encore aujourd'hui au pouvoir actuel? Que diriez-vous d'Américains et d'Européens, dont des journalistes respectueux, qui ne juraient que par le nom Mobutu?

Certainement qu'il existe des mobutistes non pardonnables. Des mobutistes-nés. Je ne donnerais aucun nom pour le moment, mais à lire attentivement la définition vous risquez de voir que le mobutisme n'est limité ni par le temps ni par l'espace ni même par l'appartenance raciale d'un individu. Puis, n'ignorez pas que Kabila, actuellement grand animateur du culte de la personnalité qui a caractérisé Mobutu et le mobutisme, travaille avec beaucoup de mobutistes. Qui sait, C. Braeckman peut-elle déjà l'être , sans le savoir!

Mais une question se pose quand je lis cette dame. Pour quels intérêts travaille-t-elle? En la lisant régulièrement -même quand je crois que son travail en Afrique centrale crée plus de problèmes que de solutions- j'ai l'impression qu'elle veut recréer au Zaïre ce qu'elle a réussi avec succès au Rwanda. Faire admettre à la communauté internationale qu'il y existe de "bons" et de "mauvais" Zaïrois. Tout en donnant ce cliché facile a la communauté internationale, réussir à diviser les Zaïrois.

Au Zaïre, ses "bons", les victimes sont effectivement les Tutsi représentés sous cette nouvelle tribu "Banyamulenge" que l'administration coloniale et tous les anthropologues n'avaient jamais découverte en près de 80 ans de colonisation. Même les animateurs ou chef de ladite tribu ont découvert leur nom aux années 1970! Pas plus tard qu'il y a une semaine, notre sujet a parlé de Banyamulenge tutsi et hutu !? Ce qui me laisse dire qu'elle ne sait de quoi elle parle en certaines occasions.

Permettez-moi, cher (ère) lecteur (trice), de vous brosser en quelques lignes l'historique des "Banyamulenge". Il s'agit d'un condensé qui risque de vous laisser à votre soif mais je ne dois pas non plus abuser de votre temps précieux. Kigeri IV, dit Rwabugiri, est le plus grand roi que le Rwanda royal ait connu. C'est lui qui, au XIXe siècle, étend la petite royauté qui surplombe quelques collines autour du lac Muhazi [domaine où Kagame a établi sa ferme!], le Bugesera et le Bunyambiriri jusqu'au lac Kivu. Le roi meurt en 1885 et la succession crée une série de crises qui font beaucoup de victimes, dont son successeur. Quelques familles tutsi fuyant ces crises se retrouvent vers 1900 chez le chef Fuliro auquel elles demandent asile.

Ces familles tutsi sont envoyées dans les collines voisines appelées Mulenge. Ces individus que l'anthropologue Hiernaux estime à 300 en 1954 se multiplient et le recensement de 1959, prélude aux élections au Congo, les estiment a près de 6000, selon l'abbé Kajiga. Comme ils deviennent nombreux, ils quittent Mulenge dont ils gardent de bon souvenirs pour habiter les hauts plateaux des monts Mitumba surplombant toute les zones d'Uvira et Fizi, et jouxtant le sud de la zone de Mwenga. Ce gens qu'on appelle alors "banyarwanda ya Uvira" par opposition à "banyarwanda ya Rutshuru" [qui eux s'appellent BanyaBwisha" depuis des siècles] sont des individus essentiellement éleveurs qui sont éloignés de l'enseignement moderne. Plus tard, aux années 1970, ils entrent en contact avec d'autres tutsi qui, eux, sont des réfugiés ayant fui les évènements qui secouèrent le Rwanda de 1959 à 1964, et 1973. Ils sentent que les autochtones qui les acceptent assez bien commencent à réagir à cette présence très nombreuse de Rwandais. Pour se distinguer de ces autres, les réfugiés, ils préfèrent officiellement qu'on les appellent Banyamulenge; c'est-à-dire, fils et filles natifs (ves) des collines Mulenge, vers 1974-76. Malgré cette recherche d'une identité différente, malgré leur acceptation par les autochtones confirmée par l'élection d'un des leurs, Gisaro, à l'assemblée nationale aux années 1980 par le groupe majoritaire Fuliro, les dits Banyamulenge se sentiront solidaires avec la diaspora tutsi qui s'investi entièrement dans la guerre contre le Rwanda en 1990. Fin de l'histoire.

Par opposition aux dits Banyamulenge, C. Braeckman a tendance à mépriser les autochtones zaïrois. Elle les traitent de paresseux envieux des biens acquis de dur labeur par les travailleurs et débrouillards "Banyamulenge". [Or, s'il en était question au Kivu, deux groupes, les Nande et les Shi de Kaziba, pourraient à quelques degrés susciter l'envie des autres.] La situation étant mouvante, tous les groupes (rwandais, burundais, ougandais, érythréens, somaliens, éthiopiens) qui ont combattu au Zaïre, exceptés les Zaïrois (tigres, kadogo, faz ayant rejoint la "rébellion"), se sont servis du "bon nom banyamulenge" pour faire la guerre et ont eu la chance de traverser tout le pays. Leur attitude de conquistadores suscitent des réactions presque similaires chez les Zaïrois, y compris au sein de leurs compagnons d'armes autochtones. Si le comportement de ces maîtres du XXIe siècle provoque la colère d'autres personnes, comment Mme Braeckman va-t-elle créer le "mauvais zaïrois"?

Le mauvais est devenu tour à tour n'importe quel individu ne se trouvant pas du côté des bons, puis peu à peu la dame est devenue plus spécifique dans la recherche du "mauvais zaïrois". Les "mauvais" sont alors successivement sinon simultanément devenus les Français de l'opération turquoise alors qu'ils transitaient par le Zaïre. Puis, les Hutu réfugiés au Kivu et surtout ceux armés que vous appeliez en bloc les Interahamwe comme si le Rwanda n'avait jamais eu une armée très disciplinée (pour moi leur voisin en tout cas). Après que les "bonnes victimes", les tutsi, les aient massacrés ou dispersés, les soldats indisciplinés des ex-forces armées zaïroises que vous présentiez comme l'armée de Mobutu (la DSP) et les mobutistes classés en anciens dignitaires et généraux sont devenus les cibles privilégiées. Malheureusement pour les créateurs (trices) de stéréotypes, Kabila en a recyclé la plupart les empêchant ainsi de cibler un groupe donné de Zaïrois. Toutefois, ils ne veulent pas, dirais-je, accepter le fait qu'en terme d'hospitalité, ils auront de la difficulté à trouver le "mauvais zaïrois".

Aujourd'hui, leurs attaquent s'aiguillonnent. Comme Kabila, ils lancent ici et là leurs flèches meurtrières contres des intellectuels (les) qui demeurent critiques face à la nouvelle dictature, contre les pauvres Mai-Mai auxquels (les) une guerre étrangère est imposée et à leurs moyens de combat comme cette radio clandestine émettant du Kivu que C. Braeckman avait récemment comparé à "Radio Milles-Collines", une radio rwandaise avant juillet 1994 (chute officielle de Kigali) que la presse étrangère a rendu sinistrement illustre. Vous vous êtes attaqué aux autorités provinciales du Sud-Kivu qui n'arrivent pas à la faire taire.

Madame Braeckman, existe-t-il une guerre cartésienne? Une guerre, de surcroît vous imposée par des individus que vous avez sauvés d'une mort certaine une trentaine d'années auparavant, élevés et instruits dans vos écoles et universités (qu'importe la qualité de ces dernières), s'adresse au domaine émotionnel où réside la haine. Pouvez-vous me dire que les radios clandestines aux mains des résistants français ou belges s'il y en a eu durant la deuxième guerre mondiale diffusaient des louanges à Hitler et sa clique?

Avez-vous vu G. Bush à la veille de la guerre contre les Irakiens? Il est allé jusqu'a comparer S. Hussein à Hitler pour que nous tous le haïssions et trouvions que la guerre était moralement acceptable. Des média ont monté des scènes montrant la fille (comme une quelconque réfugiée) de l'ambassadeur Koweïtien aux USA témoignant de la méchanceté des soldats irakiens "qu'elle a vu pendant sa fuite en train de débrancher les respirateurs pour les poupons"!

Qu'y a-t-il alors de mal à demander aux Kivutiens et aux Zaïrois de s'unir contre les pouvoirs hima-tutsi d'Uganda, du Rwanda et du Burundi qui nous agressent? Faut-il cajoler, selon vous, des pouvoirs qui, dans une décennie ont orchestré la mort de près de 3 millions d'Africains (chiffre donné par l'ancien président ougandais, le Dr Binaisa lors d'une conférence à Toronto l'an dernier)? Car, il n'y aurait pas de double-génocide rwandais sans le soutien de Kanguta Museveni à une partie de l'armée ougandaise qui attaqua le Rwanda en octobre 1990. Cette attaque avait été qualifiée d'un simple retour au pays de "pauvres réfugiés" par la presse internationale, n'est-ce pas?. S'aurait été qualifiée d'agression étrangère et la lecture et conséquences des évènements auraient été différentes. Sans Kagame au Rwanda, le nom "Banyamulenge" n'aurait jamais abusivement servi de camouflage à l'armée d'élite ougando-rwandaise, en réalité main allongée du pays de l'oncle Sam, qui de toute les façons voulait changer les règles de jeu dans la région. Il n'y aurait donc pas autant d'Africains morts et les régimes allaient forcément changer. Sans l'idée selon laquelle seul le hima-tutsi est né pour gouverner, "umutware" (le prince), le Burundi n'aurait pas connu autant de morts depuis le lâche assassinat de Melchior Ndadaye en 1993.

C'est en observant tout ceci que je soutiens les idées et les démarches de Me Kamanda wa Kamanda. Tous les Zaïro-Congolais tant à l'intérieur du pouvoir qu'à l'extérieur de celui-ci soucieux de l'avenir de leur pays, de leur région, de l'Afrique, de l'Homme Noir et de l'homme tout court [l'humanité] devraient mettre tout en oeuvre pour corriger la situation injuste imposée à notre pays et à notre région.

Ceci dit, nous devrions tous nous allier à toutes les forces qui objectivement travaillent dans le même sens que nous. De toutes les façons, nous n'aurons pas inventé. Nous ferons ce que font depuis longtemps Museveni et Kagame. Leurs alliés sûrs sont en Ethiopie, en Érythrée, en Somalie (même si ce pays n'est plus un Etat); des gens qui sont les leurs. Israël bien sur a succombé à la manipulation de Kagame, premier responsable du double-génocide rwandais en réalité.

Les Zaïrois, à mon avis, devraient s'unir entre eux d'abord, puis avec les peuples voisins qui ont compris afin de libérer le pays et la région. Merci!

Mastaki ( biaziza@hotmail.com )

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