Le richissime baron de la
dictature mobutiste et exilé de luxe Léon Lobitch Kengo wa Dondo se trompe de peuple et
dépoqueMax MASSONGA (*)
Le CERDEC a reçu une demande de publication, émanant
dun vieux journaliste de Kinshasa en ce moment en Europe, dans La Nouvelle Présence
Congolaise (LNPC). Ce texte a été envoyé à des nombreux journaux congolais qui, selon
les dires de notre correspondant, ne donnent aucun signe de vie. Las dattendre et
dentendre des incongruités, notre compatriote la confié à la NPC. Etant
donné le délai de parution de notre journal, nous avons décidé de diffuser, à la
demande de lauteur, ce texte sur internet. Nous avons choisi Congonline pour
signifier notre engagement effectif à ce lieu de rencontre qui connaît quelques
difficultés, que nous espérons passagères.
Mangalaboyi Jacques, CERDEC, s/c FAAF, 68, rue du Marché,
59000 Lille
Lan un de la prise du pouvoir par lAlliance
des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) a donné lieu au
Congo-Zaïre à une effervescence sans commune mesure. Des dizaines de prises de position,
les unes pour soutenir le nouveau pouvoir de Kinshasa, les autres pour annoncer la chute
imminente de Kabila, ont fleuri de partout, mais particulièrement de ce quil
convient dappeler la nouvelle diaspora congolaise composée essentiellement de
troubadours de lancien régime. Prises de position par-ci, appels à un certain
peuple congolais qui fait désormais lobjet de toutes les attentions de ses anciens
bourreaux par-là, bilan politico-économico-social du pouvoir quon juge
catastrophique. Enfin, tout le monde semble très affecté par le " déluge "
qui menacerait le Congo-Kinshasa et les Congolais.
Cependant, de tous ces prophètes de malheur, il convient
den épingler quelques uns dont Léon Lobitch Kengo wa Dondo, monsieur Nimy Mayidika
Ngimbi et monsieur Gérard Kamanda. Nimy a débarqué en Europe il y a quelques années
après avoir été assaini de la présidence de la république où il avait exercé
dabord comme directeur de cabinet, ensuite comme conseiller spécial de Mobutu
tandis que Léon Kengo et Kamanda sy sont exilés pour échapper aux forces
rebelles. Monsieur Kamanda avait certainement craint pour sa vie comme dailleurs
tous les anciens dignitaires mobutistes. Mais on sait, au moins, à propos de Kamanda que
lhomme ne sest pas enrichi dans lexercice du pouvoir quil aimait
comparer à un sacerdoce. Pour preuve, la Conférence nationale Souveraine (CNS), après
investigation, et contrairement à ses compères devenus immensément riches, lavait
pratiquement blanchi. Il ne lui a été reproché ni crimes économiques, ni encore moins
un quelconque crime de sang. Le reproche fait à Kamanda est davoir été lune
des grandes intelligences qui ont aidé Mobutu à durer et surtout dêtre resté
très lié à Mobutu jusquau bout de sa course malgré les dérives du pouvoir
mobutiste. Loyauté et fidélité à celui qui a fait de lui un " grand monsieur
", sans doute.
Pour Kengo, il en va tout autrement. Accusés de crimes
économique, lui et son " clan " sont ceux qui avaient été bannis à la CNS.
Cet homme et les siens nont eu la vie sauve quen repactisant avec le potentat
Mobutu. Cest là lexplication essentielle de son retour au pouvoir en 1994
après que, lui et ses amis, aient floué la vraie opposition. Cet acte de félonie a non
seulement bloqué le processus de démocratisation en radicalisant encore plus les vrais
opposants, dont Etienne Tshisekedi, mais cela aussi a constitué une véritable bouée de
sauvetage pour Mobutu très affaibli et à bout de souffle. Cest ce quon a
appelé " la troisième voie ", boutiquée par Kengo et ses parrains occidentaux
pour évincer Tshisekedi de la primature, négociée par monseigneur Monsengwo que la
clique à Kengo était parvenue à " apprivoiser ", et appuyée par la "
triade " (la Belgique, la France et les USA, ndlr) qui na jamais voulu voir un
nationaliste à la tête de ce pays pour la simple raison que " le nationalisme est
lennemi de lOccident ", comme le dirait feu le président français
François Mitterrand. Arrivé au pouvoir par la voie la plus illégale en 1994 - car la
fameuse élection au Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT) a
toujours été contestée par la vraie opposition pour violation des principes
fondamentaux de " lArrangement particulier " (1), - la première décision
prise par Kengo fut de chasser, sous des prétextes fallacieux, le gouverneur de la Banque
Centrale nommé depuis à peine cinq mois. Il y placera son cousin Patrice Djamboleka,
aujourdhui sous les verrous, certainement pour mégestion. Par la suite, Kengo
menacera même darrêter Etienne Tshisekedi sous prétexte quun ancien
vice-ministre des finances de léphémère gouvernement du leader de lUnion
pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) aurait autrefois émis, à linsu de
son ministre de tutelle et du premier ministre, des bons de trésor et des billets à
ordre dont lopération maffieuse navait dailleurs pas abouti. Mais tout
le monde savait que les vraies raisons de cette menace darrestation étaient
ailleurs. En réalité, après leur forfaiture (la trahison de lopposition), Léon
Lobitch et sa bande de prédateurs ne savaient à quel saint se vouer tant les actions de
désobéissance civile à leur gouvernement, ordonnées par Tshisekedi, mettaient à mal
tout ce quils entreprenaient : le jour de son entrée en fonction par exemple,
Tshisekedi et Olengankoy décrétèrent une journée " ville morte " sur toute
létendue du pays qui fut une réussite totale. Le soir à la télévision
dEtat, à base de témoignages venus de toutes les régions, le gouvernement Kengo
fut contraint dadmettre lévidence. Mais lhomme de la " rigueur
pour les autres ", qui continuait à assurer ses parrains occidentaux de sa
popularité sans faille, continua de gouverner par "défi ", comme son maître,
malgré la très grande hostilité de la population congolaise à son égard.
Après trois ans à la tête dun gouvernement
contesté et chahuté par la population, Léon Lobitch Kengo est arrivée en avril 1997 en
Suisse, précédé de laccusation du gouvernement du général Likulia sur le
détournement des fonds publics. Devant le presse suisse, lhomme qualifia ses
accusateurs dirresponsables. Il ajouta que ces accusations étaient sans fondements
et promit dailleurs de rentrer incessamment au pays parce quil était un
" grand leader " politique. Kengo, un grand leader politique congolais ! Le
peuple congolais doit rire sous cape. A ce jour, le " grand leader politique
congolais " continue de rouler sa bosse à Bruxelles où, lui et ses acolytes,
samusent à tromper et les naïfs congolais et leurs parrains sur leur
pseudo-popularité au pays. Kengo et les siens promettent, dans leur campagne de
propagande, soutenue par la presse occidentale, monts et merveilles à un peuple victime
pendant trois décennies de leur prédation. Trente-deux ans ne leur ont-ils pas été
suffisants pour réaliser ce quils promettent de faire aujourdhui ? Dans quel
état ont-ils laissé le pays et ses habitants quand ils ont pris la poudre
descampette lannée dernière ? Seul, Mobutu na pas ruiné ce pays. Plus
ou moins trois cents familles ont été épinglées. Les marchands dillusions
comptent certainement sur la naïveté et lamnésie des congolais. Heureusement,
tous les Congolais ne sont pas amnésiques. Marcus Garvey disait : " Un peuple sans
mémoire, donc sans racines est un peuple sans avenir ". Il est en effet évident
que, lorsque lon ne sait pas doù lon vient, on ne sait pas où
lon va. Mais cette fois-ci rien à faire, les Congolais nont pas oublié les
rapports très accablants des commissions des biens mal acquis, du Portefeuille, des
assassinants et violations des droits de lhomme élaborés lors de la CNS. Kengo et
sa clique de lUnion des Démocrates Indépendants (UDI), rebaptisée par dérision
par les Congolais en Union des Détourneurs Impunis y ont particulièrement été
chargés. Au moins en ce qui concerne les biens mal acquis et la gestion du portefeuille
de lEtat tenu deux décennies durant par ceux quon a appelés les Kengistes ou
les Kengos boys. Le forum national avait dailleurs décidé que tous ces
prédateurs, immensément riches pour avoir ponctionné les caisses de lEtat,
rendent au peuple ce quils lui avaient pris. Mais surtout tous les criminels,
économiques et de sang avaient été proposés au bannissement et à linterdiction
dexercer le pouvoir dans la IIIème république. Acculés, Kengo et ses amis avaient
à loccasion, promis publiquement de rapatrier leur fortune, évaluée en centaines
de millions de dollars, et leurs biens, si et seulement si Mobutu donnait lexemple.
Quen est-il aujourdhui ? Peut-il nous éclairer à ce propos avant de se
délecter du bilan négatif du nouveau pouvoir et de lancer à ceux quils ont
spoliés, son " appel à notre peuple " ?
En 1994, sur base de preuves fournies par des
fonctionnaires de la Banque Centrale, la presse a accusé Kengo, Pay Pay et Katanga
davoir fait disparaître en 1988 un montant de 66 milliards 104 millions 9 mille
zaïres lourds de lépoque, soit pas moins de 440 millions de dollars américains
(au taux à lépoque de 150 zaïres le dollar US). A lépoque Kengo était
premier ministre (Premier commissaire dEtat), Pay Pay gouverneur de la Banque
Centrale et Katanga ministre des finances. Cet argent, avait-on révélé, avait été
logé dans un compte à la Nouvelle Banque de Kinshasa (NBK). A Rome, le " premier
" comme lappellent ses amis, possède, derrière la Basilique Saint Pierre, au
numéro 4 de la rue Canisius, un château à six étages offert par la société italienne
SADELMI. Autrefois il avait accordé à cette dernière des avantages dans le montage
financier du complexe hydro-électrique dInga. On la aussi accusé de
posséder un hôpital ultra-moderne dune capacité de 2 000 lits. Cet hôpital est
situé sur lavenue Goshka au numéro 74 à Varsovie, en Pologne, pays dorigine
de son père. Le " premier " possède, toujours en Pologne, une fabrique de
chaussures installée sur lavenue Vawitch au centre commercial de Touki. Détenteur
également de 22 propriétés foncières en Belgique, actionnaire de la société SARENS
à Roesselare (Flandres), comme lavait révélé la presse nationale en 1994, il
semble que " homme de la rigueur pour les autres " est de plus
propriétaire dune grande villa louée par lambassade des Etats-Unis
dAmérique, dune boutique des top model (" Soleil ") située aux
Galeries Lafayette, dune clinique dentaire à Bruxelles, dun château
dune valeur de quarante millions de dollars US, acheté en Espagne au détriment
dun millionnaire américain. In tempore non suspecto, dit-on, toutes ces
informations ont été publiées en 1994 par la presse nationale dont le très sérieux
" Le Soft " (2). Elles nont jamais été démenties par Kengo wa Dondo que
la propagande occidentale a toujours voulu nous présenter comme le meilleur gestionnaire
du Congo-Zaïre, si pas le plus intelligent et le plus compétent de tous les Congolais.
Une insulte à un peuple qui a tant souffert de la gabegie et de la prédation de cet
homme et ses alliés. Léon Lobitch Kengo et ses acolytes ont ruiné notre pays et fait
des Congolais des réfugiés, donc des parias contraints à lerrance, et livrés à
la xénophobie et au racisme dans les pays daccueil. Ils se disent en ce moment
quil ne suffit pas, aujourdhui, demboucher la trompette de "
léchec " de Kabila et des " violations des droits de lhomme "
au Congo-Zaïre pour que tout le mal fait gratuitement au peuple congolais leur soit
pardonné si facilement. Cest une fatale cécité desprit.
Il est vrai quil y a une infime exception de fuyards
qui pourraient mériter labsolution des Congolais, au cas où le nouveau pouvoir
venait vraiment à échouer. Cependant Kengo sait certainement dans son for intérieur
quil lui est difficile, si pas impossible de sériger en homme de recours dans
ce cas. Nest-ce pas létat de délabrement très avancé, la ruine du pays sur
lequel ils ont régné en maîtres absolus, qui a permis aux troupes venues dun
Rwanda, en proie à des problèmes inextricables, et de lOuganda de faire une
promenade de santé sur plus de 2 000 km ? Le Congo est-il occupé ? Que Kengo nous dise
qui en sont les responsables si ce ne sont ceux qui ont dirigé ce pays pendant trente
ans, cest-à-dire lui et ses amis ? Qui des Congolais na pas en mémoire
lépoque où Kengo écrasait tout le monde, dabord comme procureur de la
République, ensuite comme président du Conseil judiciaire et enfin comme Premier
ministre à trois reprises ? Pourquoi Kengo na-t-il pas fait de miracles lors de ses
trois mandants alors que le pays avait, à lépoque, les moyens de son décollage
économique ? LOccident et la presse occidentale, qui sévertuent à
ressusciter des fossiles politiques très compromis dans la débâcle du Congo-Zaïre,
doivent réfléchir deux fois car ils risquent dêtre désillusionnées une fois de
plus. Les Congolais, du moins ceux de lintérieur qui échappent à la manipulation
des médias occidentaux, ont acquis une telle maturité quils naccepteront
pour rien au monde dêtre dirigés de nouveau par lun des ceux qui sont à la
base de la situation actuelle du pays. A moins que les Occidentaux, qui ont une très
grande part de responsabilité dans la " mort " du Congo-Zaïre, ne soient
obsédés rien que par la récupération de leurs privilèges. Alors, ils feraient mieux
daller voir ailleurs. Le vivier de compétences au Congo est très large et très
riche. Quon se le dise.
Max MASSONGA
(*) M. Massonga est le pseudonyme dun journaliste de
Kinshasa actuellement en Europe.
1. Texte annexe à lActe portant dispositions
constitutionnelles pour la transition, qui établissait un modus vivendi entre la "
mouvance présidentielle " et lopposition.
2.- Le Soft, n° 272, vendredi 6 août 1994
- Le Compatriote, n° 105, jeudi 26 août 1994
- Le Palmarès, n° 232, 25 août 1994
- La Tempête des Tropiques, n° 222, 25 - 26 août 1994
- Le Boa Eventré (un seul numéro), 24 août 1994