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Le Congo-Kinshasa, un pays à démocratiser
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Jean-Claude Mashini
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PARTI LUMUMBISTE UNIFIÉ

- PALU -

ADMINISTRATION EXTÉRIEURE

30 juin 1960 - 30 juin 1998

Le Congo-Kinshasa, un pays à démocratiser

(Document n° PL/RP/BL/com.pres./005/98)

A la date anniversaire du 30 juin qui vient de s'écouler, et qui rappelle l'indépendance politique du Congo-Kinshasa acquise en 1960, la situation actuelle de gâchis politique perpétrée par l'Alliance dite des " Forces Démocratiques " pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) oblige la Représentation Permanente du Parti Lumumbiste Unifié (Palu) pour la Belgique et le Luxembourg à se tourner vers l'avenir immédiat, c'est-à-dire celui de l'après " transition politique " manquée. D'où le sens du présent document, lui-même faisant suite à un autre intitulé : " Après un an de règne de M. KABILA, pourquoi faudrait-il s'indigner du pouvoir de l'AFDL au Congo-Kinshasa ? " (PALU, Administration extérieure, Document n° PL/RP/BL/com.pres./004/98, Bruxelles, 29 mai 1998).

1. De l'obligation émise par le Palu de " changer le changement ! ".

" Face à la situation actuelle, le PALU voudrait attirer l'attention de toute la classe politique sur l'impérieuse nécessité de pratiquer avec élévation le sens de l'Etat. (...) D'autre part, le PALU affirme qu'après l'étape de l'évolution positive du Congo, consistant à se débarrasser du dictateur (Mobutu), doit succéder une deuxième, cruciale et véritablement révolutionnaire ; il s'agit d'éradiquer les vestiges de la dictature, jusque dans leurs manifestations ordinaires et quotidiennes au niveau de la population, et de bâtir la démocratie en faisant recouvrer au peuple sa souveraineté " (Déclaration Politique du Parti Lumumbiste Unifié sur la situation consécutive à la chute du dictateur et à la mise en place du nouveau pouvoir, Kinshasa, 28 mai 1997).

Au moment où la direction politique du Palu émettait ces positions, nul ne se doutait que, peu de jours après la chute d'un régime dictatorial, on assisterait au Congo-Kinshasa à une dérive totalitaire. Un décret-loi viendra confirmer le durcissement du nouveau pouvoir qui venait de s'installer à Kinshasa. Presque au même moment, par une autre disposition antidatée, les partis politiques seront interdits. On voit ainsi se bousculer dans le Congo " libéré " deux logiques : (i) une logique de guerre, soutenue par l'AFDL, qui venait de chasser par les armes M. Mobutu et ses acolytes ; (ii) une logique dite démocratique découlant de l'esprit de la Conférence Nationale. A l'analyse, il s'avérera, très vite, que le nouveau pouvoir n'était pas loin de se casser la figure, dans la mesure où il a eu l'indélicatesse d'ignorer simplement les principales forces du changement rencontrées sur le terrain, dont le Palu.

Il n'était, dès lors, pas surprenant que le Palu tire les conséquences politiques de la situation qui prévalait au Congo-Kinshasa : (1) ne pas se compromettre dans un pouvoir à visage trouble, notamment en déléguant auprès de l'AFDL des personnes qui perdraient ipso facto leur identité politique (dans notre cas celle de véritables nationalistes-lumumbistes) ; (2) ne pas permettre à des indélicats de " manger à plusieurs râteliers politiques " ; (3) tirer la sonnette d'alarme en indiquant les véritables voies d'un changement en profondeur. C'est là le sens de la " Déclaration politique sur la situation consécutive à la chute du dictateur et à la mise en place du nouveau pouvoir " (28 mai 1997) ; de l'" interpellation politique au Président de la République et Président de l'AFDL " (24 juin 1997) sans oublier la " Motion politique " du 24 juillet 1997. Au sujet de cette dernière, on se rappelera la répression sanglante qui a suivi la manifestation pacifique organisée par le Palu à Kinshasa le 25 juillet 1997.

Devant les dérapages politiques auxquels on assiste, eux-mêmes faisant suite aux ratés historiques que le Congo-Kinshasa a connus depuis son indépendance, le Palu soutient qu'il faut " changer le changement ". En effet, le peuple congolais s'attendait à un changement total, non seulement des structures de l'Etat, mais aussi des hommes et des mentalités. Après un an du règne de l'AFDL, on est horrifié de constater que le changement annoncé n'est qu'une chimère : des hommes dits nouveaux se sont révélés être, pour la plupart, des incompétents, des corrompus et des détourneurs des fonds ; en plus, beaucoup sont d'une moralité publique douteuse. Les structures mises en place ne sont nullement à la hauteur des espérances : la concentration du pouvoir entre les mains du seul chef de l'Etat autoproclamé ; le gouvernement formé des personnes hétéroclites, sans un coordonnateur de leurs actions ; des services de sécurité aux méthodes barbares et dégradantes ; une armée moyenâgeuse et désarticulée ; un projet d'Assemblée législative conçue sur cooptation des membres ; un projet de constitution monolithique, etc.

Bref, c'est maintenant qu'il faut " changer ce changement " : changer ces hommes qui ramènent le Congo-Kinshasa vers un passé que nous souhaitons tous oublier ; changer ces structures morbides qui finiront par détruire et notre société et notre économie. Et pourtant, des alternatives pour un véritable changement existent, que le Palu se tient d'ores et déjà prêt à soutenir, le moment venu.

2. De la nécessité de préparer l'avenir par une démocratisation effective et de l'urgence des élections générales, libres, démocratiques et transparentes.

" Le problème fondamental dans notre pays est toujours, depuis le 14 septembre 1960 (date de l'éviction illégale du gouvernement de M. LUMUMBA), celui de la légitimité et de la légalité des gouvernants congolais. Ce problème ne peut se résoudre véritablement que par le recours au peuple congolais souverain. Depuis cette éviction et sans recours au peuple (...), il est illusoire d'espérer un bon fonctionnement des autres secteurs de la vie nationale. Les solutions aux problèmes socio-économiques ne peuvent précéder la solution fondamentale qui est la démocratie reposant sur la liberté, la justice et la paix " (Prise de position du PALU sur " le calendrier-mesure du processus d'institutionnalisation de l'Etat " proposé par le Président de la République, Kinshasa, 17 juin 1997).

" Le PALU pense que les élections rapides, sans précipitation inconsidérée mais sans atermoiements funestes, s'imposent pour notre pays (...). Le PALU s'inscrit en faux contre l'argument, du reste toujours utilisé par tous les gouvernements de transition mobutienne (...) pour retarder les échéances électorales, qui oppose l'amélioration de la situation socio-économique à la préparation des élections dans notre pays. Les deux tâches peuvent très bien être menées parallèlement et simultanément " (Prise de position du PALU, op. cit., Kinshasa, 17 juin 1997).

Le pouvoir de l'AFDL use de la désinformation pour créer la confusion dans les esprits du peuple concernant notamment la levée des mesures interdisant les activités des partis politiques et celles des associations des droits de l'homme. Les élections pluralistes semblent d'ores et déjà compromises. Cette désinformation vise à distraire la population pendant que les échéances prévues par le pouvoir en place arrivent peu à peu à leur terme. En dépit de l'appel à candidature pour l'Assemblée législative dite constituante, cette méthode de la charrue précédant le boeuf n'a rien de rassurant pour la démocratie. Ainsi, le Palu considère la désinformation comme la continuité de la logique du non-respect de la parole donnée, largement utilisée pendant la soi-disante guerre de libération.

Le peuple congolais n'est ni dupe ni naïf au point de manquer de vigilance après un bilan totalement négatif du nouveau pouvoir. Celui-ci ne désarme pas pour autant, car il vient de procéder non seulement à la désignation de ses représentants dans les provinces (alors que les activités des autres formations politiques restent interdites), mais également d'installer ses Administrateurs de territoire, appelés à représenter — aux dires même du Président de la République — l'autorité établie (c'est-à-dire l'AFDL) ! Cette manipulation atteint le summum de l'iniquité dans une république dite " démocratique ", le slogan étant désormais : " tout pour l'AFDL, rien pour les autres formations politiques ".

Le Palu se sent conséquemment interpellé et exprime son indignation face à ces pratiques. Il insiste sur la nécessité impérieuse d'organiser les élections générales locales, législatives et présidentielles, ceci suivant un mode de scrutin concerté pour poser les bases de la stabilité politique et sociale au Congo-Kinshasa. On ne pourra plus tromper tout le peuple, tout le temps, surtout après lui avoir servi une politique répressive et oppressive.

Le Palu postule que la démocratie incarne des valeurs universelles dont les élections pluralistes restent la seule voie vers la légitimité des institutions nationales, même si on sait par ailleurs que " l'autocratisme est d'actualité en Afrique ". Sans pour autant être dupes, nous soutenons que les élections induisent par leur pratique une fierté individuelle et une confiance vis-à-vis des représentants élus, à condition qu'un véritable contrat de citoyenneté soit scellé avec le souverain primaire. C'est donc la voie de la concertation qui devrait primer sur celle de l'imposition.

Le Palu reste convaincu qu'un pays n'est " démocratisable " qu'avec des structures politiques à l'élaboration desquelles doivent participer toutes les forces vives du pays. L'argument numérique des 464 partis politiques devant participer à une démocratie dite intégrale est aujourd'hui dépassé dans les faits. A l'examen de l'espace politique congolais, on ne manque pas de compter sur les cinq doigts de la main les véritables formations politiques pouvant prétendre concourir au suffrage du souverain primaire. Au-delà de cet aspect de nombre, une fausse donne politique est en train de se mettre en place, que le Palu se refuse à cautionner :

- d'une part, l'indexation des principaux leaders politiques congolais est carrément inacceptable ;

- d'autre part, la (re)constitution d'une opposition factice et d'une bipolarisation artificielle et manichéenne de la scène politique nationale.

En effet, même si le nouveau pouvoir s'est empressé de décréter comme étant " nulle et de nul effet " la fameuse liste des 148 personnes considérées comme inéligibles, le Palu estime que cet acte est en lui-même une diversion de mauvais goût, qui ne manquera pas de resurgir dès lors qu'il sera question des élections. Chantage ou duperie de la part de l'AFDL ? Ceci augure d'une mauvaise passe pour l'avenir. Si d'aventure l'amalgame était créé entre des leaders politiques vierges et respectables et des personnalités à moralité publique douteuse, qui ont effectivement trempé dans la gabegie financière et les malversations politico-économiques de tous genres, l'opinion ne manquera pas, par elle-même, de distinguer le bon grain de l'ivraie. De ce point de vue, la sérénité des responsables politiques du Palu reste intacte, et leur conscience politique irréprochable.

Sur la scène politique congolaise, hier on distinguait la mouvance " mobutienne " à côté de l'opposition dite radicale. Aujourd'hui, on se plaît à distinguer une opposition armée (les anciens mobutistes ?) et une opposition démocratique, à côté du pouvoir de l'AFDL. A l'examen, il nous apparaît qu'on veut se complaire dans un débat démagogique, et à la longue suicidaire, tendant à opposer les " libérateurs " des autres. Il n'y a point place à de telles intrigues, sciemment entretenues par le même pouvoir qui n'a pas froid aux yeux quand il fait appel à des anciens dignitaires qui ont été les véritables acteurs du psychodrame congolais. Le Palu estime qu'il ne devrait pas se laisser distraire par une orchestration aisément déchiffrable : constituer au Congo-Kinshasa une opposition malléable et corvéable à souhait.

Les signes ne montrent-ils pas, que bon gré mal gré, on risque d'assister à une recomposition de l'espace politique congolais, avec des alliances dont beaucoup paraîtront contre-nature (" mobutistes " et " afdéliens "). Pour le Palu, en tout cas, point de salut dans ce type d'alliances, ni de caution à donner à de nouvelles plate-formes, qui ne se fondent du reste sur aucun cadre politique, juridique ni idéologique. D'où des sérieuses réserves du Palu par rapport à l'agitation actuelle, qui préfigure le branle-bas électoral à venir.

En plus, contrairement aux usages admis en matière d'émission de la monnaie (conformité avec la Constitution et les armoiries du pays), le pouvoir de l'AFDL vient de frapper sa monnaie de façon unilatérale, sans l'avis de sa propre Assemblée constituante qui n'est pas du reste encore effective, et avant même que les armoiries du pays ne soient adoptées. De ce fait, il est consternant de constater qu'un des symboles de la souveraineté nationale, en l'occurrence ici le franc congolais, reste entaché d'irrégularité.

3. De l'alternative politique crédible pour un souhaitable développement économique et social du Congo-Kinshasa.

Au demeurant, le Palu qui a déjà élaboré et publié son " Projet de Constitution Unitaire " (Kinshasa, avril 1996), avec comme devise " Travail - Liberté - Solidarité ", propose pour le Congo-Kinshasa une alternative politique crédible. Le Palu attend se lancer dans une campagne d'explication et de clarification auprès du peuple afin de faire respecter le jeu démocratique et de montrer la pertinence de ses choix politiques, économiques et sociaux, dont les principaux axes sont : (i) la justice sociale ; (ii) l'égalité des chances entre tous les Congolais; (iii) la primauté de l'intérêt national ; (iv) l'économie au service de l'Homme (PALU, Document de synthèse, Bruxelles, mars 1998, 24 p.).

Le Palu privilégie pour le redressement du Congo-Kinshasa une démarche citoyenne et responsable. La tâche sera d'organiser une gestion saine de différents secteurs de la vie nationale, avec comme premier souci le bien-être à la fois individuel et collectif de la population congolaise, et comme objectif majeur la paix sociale. Seules les élections démocratiques et générales, à commencer par les niveaux de base, sont susceptibles d'instaurer un cadre étatique et national serein.

Le Palu rappelle que depuis 1960, le néocolonialisme a produit dans notre pays une catégorie exécrable de compatriotes voués à l'anti-patriotisme, travaillant non pas pour les intérêts du peuple mais pour ceux de leurs maîtres étrangers et d'eux-mêmes. Cette catégorie de nationaux, d'abord réunis au sein du groupe dit de Binza, a ensuite par extension pendant trente-huit ans fait des émules autour de lui. Le salut de notre pays réside donc dans la rupture d'avec le système néocolonial et dans la neutralisation politique de ses adeptes au Congo-Kinshasa. Sans cette solution, la domination et l'exploitation de notre pays se poursuivront. Ceci dit, tout changement politique qui ne tienne pas compte de cette vérité historique ne sera que formel.

Le Palu en appelle au sens patriotique de tous les Congolais, pour que s'accomplisse sa devise :

" Le Peuple Vaincra "

Fait à Bruxelles, le 1er juillet 1998

 

Pour le Comité Extérieur et pour tous contacts :

 

M. Jean-Claude MASHINI Dhi Mbita Mulenghe, Représentant Permanent (tél. 02/268 31 57) ;

M. Raymond-Camille INWEN Langan-Mungian, Membre du Comité Extérieur chargé de la Mobilisation et Presse (Tél. 02/230 45 30).

 

Représentation Permanente du Parti Lumumbiste Unifié pour la Belgique et le Luxembourg

Adresse : 117, rue de Beyseghem, boîte 3 - B. 1120 Bruxelles

Jean-Claude Mashini

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