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Editorial de la Nouvelle Présence Congolaise
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Mangalaboyi Jacques (Lille, CERDEC)
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Le Centre d'Etudes et de Recherche sur le Développement du Congo (CERDEC, 68, rue du Marché, 59000 Lille, France) publie un journal mensuel dont voici l'éditorial pour le mois de mai:

Journal d’Opinion et d’information de la Communauté Congolaise - N°10 du 30 Mai 1998

EDITORIAL
Il y a juste un an...

Le 17 mai 1997, notre pays redevenait la République Démocratique du Congo, comme au 30 juin 1960. Le cauchemar du Zaïre venait de s’éteindre avec la fuite du Maréchal Mobutu. Le sergent Mobutu avait évolué, à la veille de l’accession à l’indépendance, dans le sillage et l’ombre de Lumumba. Très tôt recruté par les services secrets étrangers, il se fit nommer, toujours par Lumumba devenu alors premier ministre, colonel de la nouvelle armée nationale congolaise issue de la Force Publique. C’est lui qui, avec ses complices, le fera assassiner le 17 janvier 1961 à Elisabethville (Lubumbashi). Une période trouble de quatre ans suivit alors pendant laquelle Mobutu n'est pas resté inactif. Loin de là, manipulateur toujours recevant ses ordres de l'étranger, il attendait son heure. En 1965 eurent lieu des élections démocratiques qui virent la victoire de Tshombé. Celui-ci devait normalement devenir le Président de la République, faisant ainsi entrer le Congo dans une nouvelle ère. C'est alors que Mobutu interrompit ce processus démocratique - on ne le dit jamais assez - et s'auto-proclama Président ! La suite fut terrible, une longue période des ténèbres...

En effet, bénéficiant d'une formidable manne financière lui permettant de distraire le peuple, il en profita pour tisser progressivement une toile répressive en éliminant successivement ses adversaires, parfois certains de ceux qui l'avaient aidé dans ses basses besognes. Six mois après son arrivée, quatre hommes politiques de renom (dont l'ancien premier ministre Kimba) furent pendus haut et court au pont Kasa-Vubu. Ayant créé les Corps des Volontaires de la République (CVR), la voie du monopartisme était toute tracée. En 1967, c'est Tshisekedi qui sera l'un des initiateurs du Manifeste de la N'Sele qui donnera le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR). Tous les opposants et partis d'opposition exilés et réduits au silence, la seule opposition intérieure crédible était constituée par les étudiants des universités. Le 4 juin 1969, au cours d'une manifestation de protestation que la population congolaise ne comprenait pas alors, Mobutu donna la charge : plus de 12 étudiants morts, enterrés à la sauvette. Pas de commission internationale d'enquête ! En juin 1971, voulant commémorer leurs morts, les étudiants seront enrôlés dans l'armée pour deux années. Aucune protestation internationale !

Soutenu par les Occidentaux, Mobutu fera le vide autour de lui tout en érigeant un système basé essentiellement sur l’enrichissement personnel et la corruption à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le moindre de ses soucis : les droits de l’homme. Des coups d’Etat manqués et des faux complots lui permirent de réactiver sa dictature. Les partisans de Licopa en firent les frais. Se souvient-on de Kuku Jean de Dieu, Kudia-Kubanza et autres ? Et Mwepu, reconnu par ailleurs innocent, et ses camarades jeunes officiers exécutés dès potron-minet. Même les guerres du Shaba ne réussirent pas à l’ébranler ! Le Maréchal était assis sur son trône, commandant les troupes et dilapidant le peuple. Autour de lui, une horde de légats et thuriféraires qui lui avaient confectionné des habits à sa taille ! L’opposition interne date-t-elle seulement de la création de l’UDPS, comme on le laisse croire ? L’histoire seule le dira, mais elle affirme, d’ores et déjà, que c’est l’effondrement du bloc de l’Est qui a initié la chute du Léopard, comme, en son temps, la guerre froide a étouffé la jeune république congolaise dans son landau et tué son Patrice Lumumba.

En 1990, Mobutu se découvrit soudain des talents de démocrate et décida d’une récréation. Des étudiants de l’université de Lubumbashi osèrent crier plus fort, et furent immédiatement massacrés. Aucune commission internationale d’enquête ! Des milliers de Kasaïens furent chassés du Shaba... de leur propre pays ! D’autres, sûrement de milliers, moururent. Toujours pas de commission d’enquête ! Au total, sept années d’une interminable transition où un grand repas fut organisé, présidé par un prélat débonnaire, où ce qui restait du peuple devait être distribué ! Presque tous les convives étaient connus. On se posait la question de savoir quand allait se terminer le festin. Même le Maréchal, à force de resservir du sel et du piment, ne pouvait se retenir et en devint malade. On se la posait encore lorsqu’un séisme vint le 17 mai 1997. Personne n’avait prévu l’intrus : Kabila (la suite en page 2).

Même lorsqu’il frappa à la porte, même lorsqu’il menaça d’enjamber la fenêtre, les convives, hilares, se moquèrent de lui. Qu’importe, ils avaient un bouclier gaulois ! Malgré tout, l’espoir changea de camp. Mais ce ne fut sans compter la résistance des convives. Quelle année ! Taxé dès son arrivée de dictateur, la communauté internationale (en fait, quelques pays bien connus mais cagoulés) ne le lâcha guère d’une semelle. Une enquête internationale (une enfin !) fut lancée à ses trousses au motif d’avoir massacré d’innocents réfugiés Rwandais, quelquefois armés, s’étant trouvés, tout à fait par hasard, sur son chemin de conquête. Vite, on l’accusa de fouler au pied les droits de l’homme (mais oui, enfin !). Des années avant, ces mots étaient bannis de la bouche même des cagoulards. De plus, les convives d’antan, renvoyés à leur chère étude pour cause de multi-mobutisme, se muèrent en opposants radicaux. Normal, le pain leur était enlevé de la bouche. C’est tout ce beau monde qui empêche le Zaïrois de redevenir enfin le Congolais. Pourvu de grands moyens, après avoir dépouillé l’Etat, l’ancien convive s’approprie le peuple. Devenu très démocrate et fort de ses protecteurs, surtout le gaulois, il a aussi le verbe haut et prépare sa vengeance, à l’exemple de ces généraux, amiral et colonel errant dans la nature et visitant malgré eux les capitales du monde. Mais comment veut-on qu’ils séduisent encore? L’honneur, ils n’en ont point. Dépourvus de leur uniforme d’apparat qui, jadis, leur ouvrait toutes les portes, sanglés seulement, en ce temps de misère, de leur simple costume-cravate, leur seul passeport est une besace remplie des pièces sonnantes et trébuchantes. Pauvre Zaïre!

La route est encore longue. La première année a été terrible. Existe-t-il un prix pour la libération ? Des embûches attendent encore le peuple congolais. Le bonheur n’est pas si près. Encore un effort, rien qu’un petit effort. Tout en oubliant pas ceci : comptons d’abord sur nous-mêmes. Vive le Congo ! Et bon anniversaire quand même !

La Rédaction

Merci.

Jacques Mangalaboyi (CERDEC)

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