| Kazaadji, Kibelo... des
noms qui trompent! |
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| Corneille Kazadi |
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La discussion à propos des noms
authentiquement congolais et ceux soupçonnés d'être des noms étrangers est fort
intéressante (le texte de David Buaka Mussuell, sur Congonline est très éclairant) et
m'amène encore une fois sur l'origine des congolais. Il faudrait de ce fait lire Vansina
(1966, introduction à l'ethnographie du Congo) pour comprendre que la culture congolaise
n'est pas séparable, ni unique. Ce sont des cultures qui se sont chevauchées au cours de
l'histoire. On ne peut pas, par exemple, séparer les bakongo ou les bayaka des baluba car
ils sont liés depuis la nuit des temps par une unité foncière des cultures. Ils font
partie de la culture des savanes du sud: les kongo, peuples du Bas-Kasaï, de l'entre
kwango-Kasaï, du Kasaï-Katanga, région Lunda, Tanganika-Haut-Katanga. De part les
cultures (agricuture), la culture (les langues, les noms etc..). Ainsi, on trouvera des
Kabeya, Kabongo, Mutomb(o).. chez les bayaka, les luba du Kasaï et du Katanga.
Le temps, les mariages mixtes, l'immigration aidant, il est difficile dès lors d'établir
une relation "triunivoque" entre le nom, la personne qui le porte et l'origine
(du nom ou de la personne) pour retracer les noms authentiques ou étrangers.
Il y a plusieurs raisons à cela dans le cadre du Congo qui est une mosaïque des
cultures, un vrai patchwork des tribus, des clans et donc des noms.
Par exemple:
1. Il y a des noms populaires luba qui viennent de très loin. Pour prendre un au hasard
et le hasard fait bien des choses: KAZADI. Ce nom a subi des transformations, certaines
administratives, les autres liées à l'accent. KASADI (en Zambie, chez les bemba),
KAZAADJI (au Kasaï Occidental), KAZAD (au Katanga et en Angola, chez les lunda) et KAZALI
(chez les luba du Katanga). Je ne peux pas m'avancer sur KAZARI qui peut être tutsi par
exemple, il faut attendre les retombées de l'arrivée des tudogo au Congo. On surveillera
l'État civil.
2. J'enseignais et animais les mathématiques dans la sous-région de l'Ubangui et je me
suis retrouvé un jour dans un village sur l'axe Gbadolite-Kotakoli-Abuzi avec un chef
coutumier qui avait comme nom: GBAZADI KASANGA. Ce personnage était l'arrière fils d'un
douanier luba qui travaillait à Yakoma. Mais le plus beau dans l'histoire, c'est son
post-nom: KASANGA (poivre, chez les luba) qui est un nom porté par la lignée du grand
chef de mon bled, Bena Nshimba, KAZADI MBWA MATUMBA. Au delà de cette anecdote, il faut
être prudent pour qualifier des noms même à résonance étrangère, d'étrangers.
J'étais au Maroc, à Marrakech, j'ai rencontré un KABILA CHARKI, un berbère. Voyez-vous
un KABILA arabe, ça existe. En swahili (dérivé de l'arabe) ou en berbère KABIL(A)
reste toujours une tribu.
3. Le royaume Kongo a été (1480-1704) sous le padroado portugais et pendant cette
période, le Portugal avait le monopole juridico-politico-adminstratif et donc, de toute
la transformation des noms. Les portugais aidés par l'arrivée au trône de Mvemba
Alphonse 1er, ont fait un travail de " désauthentifier " les noms de beaucoup
de congolais du Royaume Kongo ( travail inverse de Mobutu qui prônait l'authenticité).
Des noms comme KIBELO (nom ntandu ou lemfu) sont passés à la trappe en RIBEIRO, TIBEIRO,
LIBEIRO et que sais-je? Nzadi (l'exemple célèbre) est devenu Zaïre. Et j'en passe et
des meilleurs! Le nom est un vecteur identitaire qui peut par le principe du maximum
d'informations, nous fournir des foules de renseignements qui peuvent être probablement
faux.
4. Savez-vous qu'au Congo et c'était la mode, chaque fois qu'il y avait un événement
majeur, les enfants nés (et même les adultes, Pelé, Cassius, Gento, Bwana Kitoko...) à
cette période portaient des noms liés à ces événements. Ainsi on trouvera des
KALAVUANDA (cravate), AVION, ORIS (marque de la montre), KAZAKU (casaque). La colonisation
a apporté aussi "des évolués" qui devaient porter des noms français ou
flamand (Van Ngoy). J'ai encore à l'esprit une grande famille de Bakwanga dont le nom
LUKUSA est devenu DELUXE. Il était aussi courant qu'un MBOYO donne le nom de son meilleur
ami TSHIBANGU à son fils en guise de leurs amitiés. TSHIBANGU pourrait faire de même
mais par le jeu linguistique MBOYO serait vite transformé en MBAYA.
5. Dans la foulée de mes exemples, je ne peux pas oublier ces noms des personnages qu'on
récupère pour des raisons diverses et parfois farfelues, soit par amusement, soit
sincèrement parce qu'on se représente que ces personnages ne peuvent être que de la
tribu. Ainsi, les photos montrant Mobutu avec son père Kabasela ont circulé sous les
vestes à Kinshasa pour dire que Mobutu était Muluba. Et comme la mère de son fils
aîné était lulua, la démonstration raccourcie était faite. Qui n'a pas entendu que
Tombalbaye était en fait NTUMBA LUBAYA et l'empereur Bokasa, c'était tout simplement
BUKASA.
S'il y a des ethnologues sur le net, je trouve que c'est un sujet intéressant pour la
recherche. Les MBO, MPIA, MBUYI et autre KAZAD et TIBEIRO doivent unir leurs forces ,
leurs compétences pour le bien du vaste Congo. L'histoire française est patente:
Balladur, Sarkozi, Nay, Schwartz, Pasqua, Mourousi, Montand, Cantona, Desmet (Johnny
Halliday) Colucci, Balasko, Tigana, Goldman, Aznavour et autres.
En fait sur le net, y-a-t-il quelqu'un(e) qui peut me donner l'origine du mot Congo, même
avec un K.
Corneille Kazadi |
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