| La coopération belge
dans l'enseignement! Non! |
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| Corneille Kazadi |
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Le ministre afdlien de l'enseignement,
Kamara Rwakaïkara a pleinement raison de refuser la coopération belge dans
l'enseignement. Il devrait à mon avis le signifier encore plus clairement et plus
gravement au Canada et à l'Union européenne. Le Congo n'a plus besoin d'experts encore
moins d'enseignants belges ou étrangers. Voilà au moins vingt ans que le Congo se suffit
amplement en matière de corps professoraux. Les congolais sont éparpillés à travers le
monde entier comme enseignants, experts et même coopérants et ceci à tous les niveaux
d'enseignement. Il faut un minimum de mieux-être pour les enseignants, les élèves et
les parents d'élèves pour que le Congo redevienne le Quartier Latin d'Afrique. Le reste
suivra! " Il faudrait que nos états africains fassent un effort pour améliorer les
conditions de vie des enseignants. On peut bien former des enseignants capables, mais si
on ne les stabilise pas par une bonne rémunération, ils finissent par quitter
l'enseignement. Alors, par manque d'encadrement, on prend n'importe qui pour enseigner
n'importe quoi." (Kazadi, 1985. Jeune Afrique. Numéro 1298).
Puis-je rappeler que les grandes puissances actuelles en Afrique (Rwanda, Burundi,
Ouganda....) envoyaient leurs étudiants se former dans les écoles congolaises, à l'IPN,
à l'ENDA, à l'INBTP, à Lovanium et à l'UOC. On peut aujourd'hui avec un peu de jugeote
se suffire de la maternelle au post-doct, quelque soit la discipline d'enseignement en
présence.
Les coopérants occidentaux, belges, français, américains pour relever le niveau
d'enseignement! C'est pour rire ou quoi? On n'est plus au temps de la colonie. Chez eux le
niveau d'enseignement est on ne peut plus bas: le rapport "the nation at risk"
qui a circulé sous les vestes aux États-Unis montre que les petits américains sont dans
un état de décomposition très avancée en mathématiques. J'enseigne les mathématiques
et la didactique des mathématiques, voilà vingt ans au Congo, en France, en Belgique et
au Québec, laissez-moi vous dire que partout les programmes ont été allégés à
outrance tandis qu'au Congo, les enseignants qui sont des vrais héros travaillent sans
document, donnent des cours des mathématiques "à la main" sans rien, avec des
notes de cours qu'ils avaient comme étudiants. Dans les pays dits développés, c'est la
course aux annales, aux solutionnaires et autres moyens faciles. L'enseignant congolais
travaille avec sa tête pour son honneur et parfois dans l'apostolat, véritable
professionnel de l'enseignement, mais sous-payé. En matière d'enseignement, les
occidentaux n'ont plus de modèle à proposer au Congo. Quand je prends par exemple le
Québec, on y trouve des enseignants formés pour enseigner les sciences religieuses et
morales en train d'enseigner les mathématiques.
Je pense sincèrement que le Congo doit penser son école autrement que reprendre les
modèles coloniaux, certes pertinents, mais sans fondements conceptuels fermes et surtout
sans démarches opérationnelles. Ce sont toujours les occidentaux, pédagogues en mal de
terrain, faux éducateurs coopérants, décideurs, experts qui proposent des formules
nouvelles et des expériences de toutes sortes pour résoudre ailleurs ce qui pose
problème chez eux.
Des coopérants français ou belges pour lutter contre l'analphabétisme? Les français
commenceront d'abord chez eux: 55 000 000 des français avec 5 000 000 d'illettrés au
vrai sens du terme, ne sachant ni lire, ni écrire et parlant à peine la langue de
Molière. 1 français sur 11 est illettré en France, berceau de la culture et de la
civilisation écrite. Au Congo, est illettré celui qui ne sait pas parler français. Une
lecture rapide de la "décennie des mal-appris" de Bayrou (1990, Flammarion)
pour comprendre la gravité de l'analphabétisme en France. Je suis président de
l'Écritoire, une association qui lutte contre l'illettrisme et l'analphabétisme en
France, j'en ai vu des français illettrés, analphabètes et incultes au maximum qu'on
ramenait par des bus entiers pour aller voter.
Non! le Congo se suffit et d'ailleurs je me demande s'il ne faut pas se tourner vers
l'apprentissage que vers l'enseignement. Quand je vois des guitariste et musiciens
congolais jouer et chanter sans avoir mis un pied dans une académie de musique, je dis
bravo. Quand les mécaniciens congolais réparent un moteur toyota avec des pièces de
V.W, je me dis qu' il y a de l'espoir dans l'apprentissage. Quand les grand-mères au
Congo convertissent les dollars et autres devises contre la monnaie "zaïre"
avec tous les zéros interminables, je dis il faut renforcer l'apprentissage. Les petits
"kadaffi" et autres "phaseurs" qui calculent et mesurent les litrages
d'essence alors que mes étudiants occidentaux du niveau universitaire
"croupissent" pour convertir les livres en kilogrammes et trouvent que les
nombres décimaux c'est "tanant", il y a de quoi.
Non, il faut qu'on donne des moyens aux enseignants congolais et tout ira pour le mieux.
Il faut aussi des dirigeants qui croient en la culture de l'école mais malheureusement de
Léopold II à Kabila en passant par Baudouin Ier, Kasavubu, Lumumba et Mobutu, la zone
proximale intellectuelle est sèche.
Corneille Kazadi |
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