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Les massacres de février à Butembo-Beni (Nord Kivu)
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Kambale Katahwa
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COMMISSION DIOCESAINE Butembo, le 18 mars 1998
JUSTICE ET PAIX
B.P. 63 BUTEMBO

A Monsieur l'Abbe Administrateur
du Diocese de BUTEMBO-BENI
a B U T E M B O

Objet: Transmission rapport sur
les evenements recents
du 19 au 20 fevrier 1998


En cette periode difficile dans notre diocese, la Commission diocesaine Justice et Paix essaie encore une fois de relever quelques cas d'insecurite qui ne cessent d'inquieter la conscience du peuple causant des pertes humaines et des degats materiels considerables. Toutefois, ce même peuple n'a jamais cede a toutes ces intimidations et essaie de vaquer, dans la mesure du possible, a ses occupations quotidiennes.
Depuis la liberation, les incursions rebelles des MAI-MAI ont fortement retarde le demarrage de la reconstruction de notre region et ainsi lançons un cri d'alarme a toutes ces forces du mal qui font de notre diocese une zone dangereuse car plusieurs fois les forces regulieres font des represailles contre une population civile causant beaucoup de victimes.
Qui sont les MAI-MAI? C'est un mouvement qui a son origine dans les territoires de MASISI et de WALIKALE avec comme mission de chasser les etrangers de notre region (Province du NORD/KIVU). Tres rapidement, ce mouvement a atteint des proportions tres considerables car deja avant la liberation du pays (Congo), ces mêmes rebelles ont deferle au Sud du Diocese (KANYABAYONGA, LUOFU, MBINGI) ou plusieurs structures de developpement ont ete detruites quand les forces regulieres ont essaye de
les refouler: nos precedents rapports relatent les faits dans ces differentes paroisses.
En octobre 1994, les mêmes hommes ont attaque BUTEMBO et l'un des pionniers de la liberation, Mr KISASI NGANDU, alors Commandant des Forces de l'AFDL nous confirmera cet incident d'Octobre 1994 lors d'un meeting au Stade MATOKEO de BUTEMBO le 20/11/1996 et il va même ajouter qu'ils venaient du Mont Ruwenzori (massif montagneux situe dans le Parc des Virunga (ancien Parc Albert). La conclusion qu'on peut en tirer est que le Commandant KISASI NGANDU etait en liaison avec les MAI-MAI de MASISI et de WALIKALE.

Face a ce climat d'insecurite permanente, le peuple va devoir chercher des solutions pouvant ramener la paix a travers differentes reunions organisees par l'administration locale car encore une fois les rebelles en question s'improviseront a BUTEMBO dans la nuit du 19/2 au 20/2/1998 entrainant la mort de plusieurs innocents. Comment les gens sont-ils
morts? Apres le retour des insurges, les militaires s'en prendront a la population et vont chercher de force les vieillards, jeunes garçons et majeurs dans leurs differentes parcelles pour les amener a des destinations inconnues.
Illustrons ces disparitions par des exemples concrets qui, ont ete recenses par les animateurs a la base (BULEMA et KITATUMBA font encore leurs investigations).
A. Paroisse CATHEDRALE
1. K.AUGUSTIN (17 ans): Eleve a l'Institut KAMBALI, abattu dans la parcelle malgre l'exhibition de ses pieces d'identite (carte d'eleve). Q. VUKULA.
2. KAMBALE LUVULA (Adulte): Menuisier enleve pour fabrication des cercueils pour l'inhumation des victimes militaires. Q. LONDO.
3. KAMBALE MBUNDU (Adulte): Chauffeur de l'Universite Catholique du Graben/BUTEMBO, abattu apres l'avoir retire de sa parcelle pendant la journee a 10 heures, le 20/02//1998. Av. KIOMBWE n°6.
4. KAKULE KASIKI (Adulte): Agriculteur, visiteur venu des villages environnants, abattu apres l'avoir retire pour un service a rendre aux militaires. Q. FATUMA
5. KASEREKA MALIMA (Adulte): Vendeur au magasin, victime retire par les militaires quand ceux-ci jouaient le jeu de cartes enfermes dans une maison. Q. MATANDA/MAHERO.
6. KATEMBO KAKULE (18 ans): Q. MATANDA/MAHERO n° 15, victime retire par les militaires quand ceux-ci jouaient aux cartes enfermes dans une maison.
7. KAMBALE VAGHENI (19 ans): Ambulant, idem comme n° 6.
8. ROCKHI (21 ans): Q. MATANDA MAHERO, garagiste, idem comme n° 7.
9. KAKULE KASONIA (23 ans): Q. MATANDA n° 46, eleve Inst. SAYUNI, retire dans une maison;
10. KASEREKA BERTRAND (21 ans): Q. MATANDA n° 35, eleve, idem.
11. KASEREKA HERMAN (33 ans): Ambulant, Q. MATANDA n° 22, idem.
12. PALUKU MATABISHI JOSEPH (23 ans): Chauffeur, idem
13. MUHINDO MATIKISO (29 ans): Q. MATANDA/ A n° 46, Convoyeur, idem.
14. KASEREKA KAMAVU (28 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, idem.
15. KAMBALE KAMAVU (27 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, eleve a l'institut LINZO, idem
16. MUHINDO KAMAVU (30 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, chauffeur, idem.
17. PALUKU MURANGA (25 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, idem
18. MBUSA NGINGO (16 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, eleve a l'Inst. SAYUNI, idem
19. MBUSA Faustin (28 ans): Q. VUNGI/ B. n° 22, chauffeur, idem
20. KAKULE SIVULYAMWENGE (38 ans): Av. KINSHASA n° 18, agriculteur, idem
21. KAHINDO MURAFULI LEONARD (29 ans): Q. MATANDA n° 43, idem.
Les enlevements mais retrouves apres une caution
1. PALUKU NDERYA (35 ans): Av. des Ecoles n° 1, Etudiant; objets pilles: radio, mallette + 30 $;
2. KAHINDO STEPHANIE (Adulte): Av. des Ecoles n° 2. objets pilles: super wax + 20$
3. KAKULE BILALI (17 ans): Av. du Marche n° 27, eleve Inst. MAPENDO
4. KASEREKA BILALI (18 ans): Idem
5. BATOKOLO COY (16 ans): Idem
6. ZAHABU NGURU (16 ans): Av. KIOMBWE n° 6, eleve ITAV: 20 $ pilles
7. KASUMBA (adulte): Q. KAVITERO n° 217 cultivateur.
8. MBUSA MBULULA (25 ans): Q. KAVITERO n° 199, ambulant, 10 $pilles.
9. PALUKU MBULINYOLO (29 ans): Q. KAVITERO n° 230, agriculteur, une chevre + 100.000NZ.
B. Paroisse de MUKUNA
1.Le vieux JOSEPH: de barza kasereka est disparu le 27/2/98
2. Le jeune PIERRE (fils de BERTRAND, sentinelle au C.S. WANAMAHIKA) de VATOLYA est disparu le 20/02/98
3. Le jeune ROGER de VUTARA est disparu le 20/02/98
4. VIHAMBA THOMAS, Catechiste de VUNYONDO est disparu le 20/02/98 Il etait au service comme sentinelle a KITULU et n'est plus jamais revenu chez lui.
5. KATUNGU DERUKA, folle de GWIRI est disparue le 20/2/98
6. La jeune KAYEULA de MITETE est disparue le 20/2/98.
Cependant le jeune EUPHREM (fils de Jules) du Q. MAGERYA a ete arrêter pour enterrer les morts au camp KIHUKA et apres une semaine, il est arrive a prendre la fuite. Il est sain et sauf.
· MUMBERE KABUYAYA a ete victime d'une balle perdue au niveau du bras.
Dieu merci, il est deja gueri.
· KATEMBO SYAVUGHANGISE du Q. MATENGE n° 120 a KYAVUYIRI a ete victime d'une balle perdue au dos. Il est gueri mais bloque au centre medical PAKIMO faute des moyens;
· Un autre dont les familier ont eu peur de nous donner le nom reçu une balle au niveau de la cuisse. Il s'est fait soigner chez PAKIMO et il est gueri.
En plus de ces disparus, certains cas de vols a mains armees par des hommes en uniformes ont ete signales aux lieux et dates ci-apres:
1) Le 20 fevrier 1998, KAVIRA NZOROKI JOSEPHINE de MITETE a ete victime
de pillage de son matelas et d'une valeur de 25 $
2) Même date, l'infirmier du C.S. KAVISA a ete obligee de donner 5 $ au dispensaire même;
3) Même date, KAMBALE SYABULIRE TADEE de KAVISA a ete pille de 5$;
4) Même date, KISANYA de MITETE-KAVISA a ete pille de ses 5$;
5) Le 5 mars 1998, MBALUKU MBAYAHI de KAVISA a ete pille de ses 500$ apres l'avoir ligote avec son epouse.
6) Ce jour-la même, KAHINDO MUYAYALO de KAVISA a ete pille de ses biens
(habits, matelas),..
A KISEVERE, dans le secteur KIRIVATA, trois maisons ont ete incendiees et une personne battue et horriblement blesse; elle est actuellement hospitalisee pour cas de cartouche reçue au niveau des jambes. Ces jours-ci a VUHIRA, les militaires violent les femmes la nuit, menacent les gens a donner objets, argent en nouveaux zaires ou en dollars, faute de quoi, ils sont tortures.
N.B.: Les alentours de Butembo sont continuellement sujets a ces genre de systeme
d'intimidation et nous pensons qu'avec la sensibilisation que nous faisons, ces derniers jours, les membres de la Commission Justice et Paix, les comites d'Auto-defense et toutes les organisations de defense des droits de l'homme a la base feront leur mieux pour nous renseigner sur differents cas.
Un exemple concret du resultat de cette sensibilisation: Monsieur PALUKU Dieudonne, V/President du S/Secteur de MUSIMBA en paroisse BULEMA, etait victime d'une intimidation de la part du militaire MULINDWA Pascal stationne au poste de controle de MUSUSA (barriere sur la route MUSYENENE) parce qu'il avait declare qu'au village, les gens ont peur des militaires pendant qu'ils bavardaient avec d'autres hommes au sous detachement du centre de sante de KYAMBOGHO a MUSIMBA: l'infirmier responsable PALUKU et le Chef de quartier VURANGA a Mususa, le Citoyen ALBINI.
Compte tenu de cette psychose creee par les militaires, MULINDWA Pascal a
serieusement rançonne PALUKU Dieudonne en lui imposant le paiement de 40.000 NZ, 1 poule et 5$. Comme tout le groupe de militaires en avait profiter pour descendre chaque fois dans ce village, les hommes ont conseille a PALUKU Dieudonne de toucher le Cure BAMBISA de BULEMA qui me l'a recommande pour me donner des explications sur cette affaire.
Le 9 mars 1998 et 18 mars 1998, nous sommes descendus sur les lieux et nous avons conseille aux militaires que ce comportement est de nature a decourager le peuple et que le seul moyen pour eux d'avoir des informations, c'est de collaborer avec le peuple. Dire qu'on a peur des militaires n'est pas synonyme d'être collaborateur des MAI-MAI. Cette
intervention du President du secteur et du Cure BAMBISA a fait epargner 10$ qu'on venait encore une fois de demander a PALUKU Dieudonne et tout le village a pu encore retrouver confiance car certains des habitants commençaient deja a fuir.
Nous vous en souhaitions bonne reception et aussitot que possible, nous vous ferons parvenir d'autres informations complementaires.
POUR LA COMMISSION DIOCESAINE " JUSTICE ET PAIX,-

VASOLENE KASEREKA WABUNGA SINGA

Secretaire
President

cc: - Aumonier de la Commission Justice et Paix
· Les ONG de defense des droits de l'homme
· Commission Pontificale Justice et Paix
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