DIOCESE DE BUTEMBO-BENIB.P. 179 BUTEMBO
NORD-KIVU
REP. DEM. DU CONGO
OBJET: Denonciation d'un ethnocide a Butembo-Beni
SON EXCELLENCE MGR L'ARCHEVEQUE DE BUKAVU
Nous avons l'honneur de vous ecrire pour denoncer la
desolation innommable que les cites de Butembo et de Beni connaissent depuis le vendredi
20 fevrier jusqu'aujourd'hui.
Nous ne connaissons plus qu'incendies et massacres dans
les villages, des enlevements et pillages des magasins et des depots de vivres, viols et
vols qui sont organises par les militaires. Tous les biens pilles prennent la direction de
Goma; d'autres sont encore entreposes a l'Etat Major ou dans leurs maisons d'habitations.
Ce qui est grave ces derniers temps, ce sont les
harcelements des paysans, le rançonnements sous peine d'etre abattus directement, les
arrestations arbitraires et sequestres, les abus sexuels, les intimidations des individus
par toute une troupe des militaires, les interrogatoires sans fin et la diffamation de
l'Eglise par des hommes en uniformes.
Deja le 23 decembre 1997, les hommes en uniformes, postes
a Lubero, avaient brule deux villages voisins du chef lieu du territoire de Lubero et
dernierement vendredi 1er mai 1998, ils ont brule deux gros villages de Lubango au sud, a
87 km de Butembo. Les fous et les dingues sont abattus par des militaires croyant avoir
rencontre des rebelles maymay.
Il est faux d'endosser la rebellion maymay sur le dos des
Banande. L'historique de ce mouvement nous apprend que cette expression vient de Pierre
Mulele dont les partisans brandissaient comme slogan " MayMay " partout ou ils
passaient. Pierre Mulele May a fait la rebellion au Congo de 1963 a 1965 de triste
memoire. Il n'est pas originaire de Butembo-Beni mais de Bandundu et n'a jamais ete dans
la contree de Butembo.
En effet, lors de la liberation du Congo et specialement
de la ville de Goma, les chaines de television CNN americaine et TF1 française ne
cessaient de nous montrer les maymay et les Banyamulenge avant d'atteindre les territoires
de Lubero et de Beni via Butembo a 345 km.
Au grand etonnement de tous, lors de la liberation de
Butembo en Novembre 1996, les troupes et les agents de l'Alliance des Forces Democratiques
pour la Liberation du Congo (AFDL), arriverent dans cette contree, accompagnes de Maymay.
Ils continuerent ensemble leur route de liberation jusqu'a Kinshasa, et eux-memes
appelaient ces maymay du surnom de KADOGO en version Swahili a cause de leur age mineur,
de leur petite taille et de leur bravoure. Nous ne savons pas comment a tourne leur
alliance au point que le maymay est devenu l'ennemi de la Liberation.
Ce qui est vrai, ce mouvement Maymay n'appartient pas aux
Banande et ne peut jamais, en aucun cas, etre identifie aux Banande. C'est un mouvement
manipule soit par:
a) les liberateurs eux-memes qui sont arrives ensemble
avec les maymay dans leur Alliance, et qui ont des strategies pour salir des Banande en
utilisant certains enfants Nande.
b) Les liberateurs qui ne sont pas satisfaits de leur sort
actuel dans le partage du gateau national car il y a un desordre dans les remunerations
des militaires au point que certaines se retrouvent dangereusement armes sur la rue pour
demander a manger. Par ailleurs, les militaires sont divises entre eux selon leur
appartenance, a la police ou au corps des forces combattantes appelees les "
combattants ". Ils peuvent s'entretuer et pretexter etre victimes de maymay.
c) Les ambitions megalomanes de certains politiciens qui
esperaient occuper des places d'honneur sans avoir fourni d'efforts pour la liberation.
d) Les appauvris par les vexations miliatires et par les
agents de l'ordre.
d) Les forces du mal qui ne manquent jamais dans les
tribus voisines qui envient la prosperite economique et le sens d'initiative pacifique des
Banande.
Dans tous les cas, les autorites militaires ont invente
une nouvelle strategie pour massacrer la population civile, et pour ce faire, cette
population est taxee de Maymay.
En effet, depuis la journee du 20 fevrier 1998, en passant
par celle du dimanche des rameaux 5 avril 1998, et celle du mardi 14 avril 1998, les
militaires ont tire sur des chretiens allant a la messe avec leurs palmes et ont pretexte
qu'en portant des palmes, ils etaient des maymay. Il y a en plus de 15 tues, plusieurs
blesses. Evidemment, il y aurait une certaine insurrection des inconnus du cote de
l'aeroport de Beni et parait-il que le complice serait detenu.
A Butembo, du 14 avril 1998 jusqu'au-jourd'hui, il y a
plus de 600 personnes tuees et plusietrs disparues. Depuis le 20 fevrier 1998, les
miliatires ont interdit de pleurer les morts. Durant la sequestration du 14 au 17 avril,
la sepulture des morts etait un calvaire pour les familles devant l'interdiction de sortir
en dehors de la parcelle. Plusieurs ont du etre enterres par la Croix Rouge. C'est le cas:
· du fils de Katsetse, agent de la sous-division de
l'enseignement priamire et secondaire;
· du chauffeur de la societe Mbanga abattu avec sa femme
et ses trois enfants
· d'une maman boulangere de Mutsanga poignardee et
ensuite hospitalisee et decedee apres.
· d'un jeune garçon decede chez les Soeurs Orantes de
Kasongomi/Butembo.
Malgre l'affectation a Butembo de la Police Speciale
d'intervention rapide, le peuple est toujours traumatise encore davantage. Nonobstant la
presence dans nos murs de la commission du Ministere des affaires interieures pour
apporter la paix, nous assistons toujours a des vols, pillages, assassinats et
interrogatoires forces. Les objets les plus prises durant le pillage sont les voitures,
les motos, les camionnettes, radios, magnetos et televisions etc. Les victimes des
pillages militaires sont devenues nombreuses. Nous mentionnons, a titre indicatif, les
maisons suivantes:
1. de Mr Gilbert de Kalemire: pillage nocturne en mains
armees. On lui a ravi une forte somme d'argent et des marchandises de grande valeur.
2. de Mr Theodore Kivaghavagha de Kisingiri, idem
3. de Mr Maghomba de Mutiri pres de l'Eglise Cadeza:
pillage a deux reprises.
4. de Mr Mbunge de Kalimbute: on lui a ravi la moto et une
somme importante d'argent.
5. de Mr Romain de Kalimbute: on lui a ravi une voiture
Pajero et toutes ses marchandises.
6. de Mr Maulinga de Kitulu, un des plus grands
commerçants de Butembo: un container des motos et des marchandises dont une partie a pris
directement la direction de Goma et l'autre partie est encore stockee a l'Etat Major de la
Police d'Intervention Rapide.
7. de Mr Mbayahi de l'avenue Bamate: toute la maison est
completement pillee jusqu'aux fenetres.
8. de Mr Muhindo Mastaki, neveu du frere Tout Court: on
lui a ravi la television, video, salon et une importante somme d'argent.
9. de Madame Jacqueline Malengera de Vutsundo: on lui a
ravi 1000 $, radio sharp et marchandises de grande valeur.
Les vols et assassinats des femmes sont nombreux. C'est le
cas a Mumole d'une vieille maman, victime d'une dizaine de militaires, actuellement
hospitalisee a Kitatumba.
Apres chaque bevue militaire, il y a une releve des
troupes militaires pour camoufler les tueries et continuer le massacre par les militaires
nouvellement arrives. Tous les militaires ont comme mot d'ordre: saccager Butembo, en
faire un champ de bataille et tuer tout le monde. Et ils le repetent a qui veut
l'entendre. C'est ce qui transparait le 14 avril 1998, dans le discours du commandant qui
a donne l'ordre d'assieger Butembo en ces termes (en swahili et une traduction française
en annexe)..
Ce discours menaçant du commandant a ete encore renforce
le 15 avril 1998 par le discours incendiaire du chef de la commission dite des affaires
interieures .
Passant en revue toutes ces decisions, le peuple se remet
a la providence Divine ne sachant pas ce qui va surgir le lendemain. En effet, ce dimanche
3 mai 1998, en plein midi, la commission mixte-militaires et policiere (PIR) est venue
arreter Mr l'abbe Apollinaire Malumalu, Vice Recteur de l'Universite Catholique du Graben.
Il etait venu visiter la communaute sacerdotale de la procure, alors qu'il donnait cours
de pastorale au Grand Seminaire St Octave de Butembo depuis une semaine. Aucun motif
d'arrestation n'a ete fourni. Nous ne l'apprendrons que plus tard apres une nuit passee en
prison.
Pour l'arreter, toutes les troupes militaires et
policieres de Butembo, appeles " Commission mixte " (militaires combattants et
PIR), mobilisees avec tous leurs commandants. Elles ont d'abord encercle le site
universitaire a 11h faisant ainsi fuir et faire paniquer toute la population des alentours
qui se demandaient ce qui va se passer au campus.
Simultanement, il y a eu un bataillon qui a encercle la
residence des pretres avec comme mot de passe: " c'est toi l'abbe MALUMALU? OU
EST-IL? " Au campus, les militaires se mirent a casser portes et fenetres des
auditoires croyant qu'ils y trouveraient des armes. C'est alors qu'ils attraperent le
professeur Osango qui preparait son cours de statistiques et lui ont ravi 100$. Ils s'en
sont pris au depot des vivres dont ils se sont accapares et firent de meme a la cuisine.
Le professeur Osango leur dit que l'abbe pourrait se trouver a l'eveche ou deux pretres
ont reçu des coups de crosse. Ces pretres menaces les conduisirent a la procure aupres de
l'ancien Vicaire General. A la procure, ils se sont mis a tabasser les cuisiniers et a
terroriser les pretres en leur demandant: " ou est l'abbe Malumalu? "
Ce dernier se presenta devant tous ces tracas et menaces
tumultueux des militaires.
Entretemps, a l'UCG, un autre groupe de militaires avait
encercle l'Eglise universitaire Saint Cyrille d'Alexandrie, ou priaient les etudiants et
chretiens des environs en ce premier dimanche du mois de mai consacre a la tres Sainte
Vierge Marie. Le celebrant qui quittait l'Eglise fut interpelle par les militaires et on
le menaçait a mort apres l'avoir roule par terre. Et c'est a ce moment qu'intervient le
commandant ABUBAKAR, apres avoir reçu le message de ses collegues par motorolla que
l'abbe etait retrouve a la procure.
C'est alors que le dit commandant, avec ses garde-corps
saisit l'occasion et intima l'ordre au pretre de l'accompagner a l'Eglise. Il interrompit
le pretre et prononça un discours tres blasphematoire et plein de suppositions. Voici son
discours in extenso en langue swahili et dont vous lirez la traduction litterale en
français a la fin:
" Mutusamehe sana kuingia katika hii nyumba kwa
sababu si nyumba ya mukutano, ni nyumba ya kusikiliza Neno la Mungu. Kama tunatamani
kuwaona, ni kwa sababu adui ni kati yenu. Nyinyi wenyewe munajua. Niyule anaye leta fujo
kila siku na kuwauwa maaskari wangu kila mara ninapo ondoka hapa Butembo. Maaskari ni
watoto wangu. Sijui kama ninani anaye furahishwa na kuuwawa kwa watoto wake. Kama mbwa
mutu anauwa kondoo zako, wewe ni mchungaji, utafanya nini? Nawaambla kama sisi waaskari
tumechoka sana. Nimara ya mwisho; mwisho kabisa.
" Watu wanazoea kuita hii silaha lakini si slaha ila
SI RAHA. Tumekomboa inchi yetu yote. Lakaini kuna wale wanaopenda kuikomboa mara ingine
kwa sababu hawakupata kazi ndani ya Gouvernement ya Mzee Kabila. Nilitoka Kinshasa, huku
kuna kabila zote: Wanyarwanda, warundi, wanande, wakaongo na wengine wote. Lakini mu
Republique mzima, ni hapa Butembo watu wanauana. Mutu kukua President, anachaguliwa na
Mungu. Lakini hapa kwetu kuna wale wanaopenda kua President, wanapenda kuwa President kwa
njia zisizo sawa. nimeisha waambia kama nilitoka Kinshasa, na huko nimeonana na mzee
Kabila na anapokea watu wote. Kama una hamu ya kutumika katika Gouvernement, nenda
Kinshasa na atakupokea au lieu ya kuchonganisha watu. Nimeonana na mzee, na Ministre
Kambale Mututulo, na Inspecteur adjoint Katsuva na wengine wanande walioko. Waliniambia
kama fujo inaendelea, nifanye ginsi niwezavyo. Hakuna tena huruma, nikuuwa hata mtoto
aliezaliwa, Hata kama tuna piga silaha yetu humu, ninani atatoka humu? Muko wengi, lakini
hamuwezi kutumaliza. Munafahamia wainteramwe: munatafuta kuwa kama wao? kabila aliniambia
atakuja kulilia waaskari wake waliokufa hapa. lakini hataweza tena kwani amani haiko tena
na alisema tukitia usama pendant mwezi tatu ao tanu, atafika huku kwetu. Munaniuia
waaskari, hata wewe baba, wewe mama, uko na watoto wako inne ao sita wanauana wote,
utafanya nini?Munauwa waaskari wangu makumi tatu, mimi natauwa civiles elfu tatu (3000),
au moins batanifunga mikono nyuma. Wakati tulikomboa inchi, mimi mimi nilikuwa na sachet
ya mihindi na njo nilikuwa na kula. sasa, mutu anaseme akuliye juu ya meza, munakuja
musumbua. Kama hamunipendi, munaweza kusema. Republique ni kabambi, naweza kutumikia fasi
ingine. Naweza kufika hapa na masque, navaa vizuri, lakini hamuwezai kutambua kama
ninabeba silaha, nahubiri neno la Mungu. Kwa hii wakati niko nasema, kuna wale wanao
mawazo mawazo mema, na wale wanao mawazo mabaya. Tunajui ni nyinyi munaficha wamajimaji.
Niwatoto wenu. Na ninajua mukipenda, tunaweza kupata usalama. kama hamupendi, tunaweza
baki katika hii hali ya vita. Butembo, ilikua imejulikana kama centre commercial ku
Republique mzima. Sasa itakuwa champ de bataille. Mwekunda atkuwa mweusi, na mweusi atakua
mavumbi. Nasimama hapa, sanafasi yangu, Mungu anihurumiye. " Lakini nasema kama fujo
ikijirepete tena, tutafagia kabisa hata tutweza ita jeshi letu pale Goma, au moins
tutajenga tena Cite yetu. Sur 27 millions d'habitants tutaweza baki 12 millions
d'habitants. Wale wanaowatuma, niwatu wamemaliza masomo yao, wana madiplomes zao.Hawataki
nyinyi musome pia, na munaona sababu gani masomo haianje.Mukiniuia mutoto kama huyu,
ameacha wazazi wake mbali, hana bibi, na miye nitawauwa, au moins batanifunga mikono
nyuma. " Tulisikia kuna waetudiants wanaotayarisha marche. Nilikua Kinshasa wakati
walitaka kuzika Colonel Mayele, Waetudiant hawakutaka azikiwe. Mwenye anapenda kupiteza
maisha yake anaweza kufanya marche. Nasema tena, nani niliisha kosea kati yenu? muambiye
wale wamaymay wafike, wapate mafunzo, kama wanataka kazi ya jeshi. Tutawatuma Beni,
watakamata Avion mupaka Goma, nawataenda mpaka Lubumbashi. " Wakati unauwa siafu
moja, zingine zinakuja kuizungulukia. Hata kama unapita tu pepembeni ya siafu hizi na
hauna matata nazo, zinakuuma. Ni sisi safu hizi. Siku tutasikia tena mlio wa silaha, na
nimwisho. Tutauwa kila kitu, mutu ao bata, nyoka. Mpaka leo, tumepoteza askari makumi
tatu. Mujue kweli kama hata nyinyi watu wa Butembo muwe 28.000, hamuwezi kumaliza hawa
waaskari kama nyinyi wenyewe hamujaisha. mujuwe kwamba kama silaha si raha ila ni damu na
kifo. Muone vijana hawa, walijifunza kupiga silaha, wao niwatalamu wa vita. Hivi kila mara
munapowachokoza, mujue kama watawamaliza nyinyi wote. " Muliona ginsi gani wakati
walibetation, tuliingia hapa Butembo. Hakuna mutu aliekufa hapa. Sasa nyinyi wavijana,
mufanye angalisho, tena nasema angalisho. Tumasikia kama nyinyi munajitayarisha kufanya
marche juu ya mualimu wenu. Mujaribu, na ninawasihi. Na hivi sisi ni tayari kufuata kila
mutu, awa nje, awe nyumabani, awa porini. Tutafanya namna yote kumaliza adui. Nikazi yetu
kupigana na adui. " Tusaidiane, tusikilizane, nyinyi ni waana shule. Hamujui kutafiti
muzuri? ninyi hamujui kufikiri? Mutu anafika hapa, anawadanganya kwamba yeye ni President,
nanyi munamuitikia. Mufanye angalisho. Mufanye namna yote fujo isikuwe tena hapa.
Munapenda vita? sisi ni tayari. " Wandugu, kama munajua mahali adui anakaa, muje
upesi mutuarifu. Hata kikyo, hata MGL, Sisi tutawapokea bila shida, mutakuwa mumetusaidia
kwa kazi yetu ya kupigana na adui. Ninyi wote muna jua mahali tunapo kaa. Mufike kutuarifu
kwa upesi. Sisi, tutakamata mipango yote ya lazima. lakini kama sisi wenyewe
tunajitambulsha adui, ni kusema nanyi wote muko pamoja nao katka umoja. "
Ce discours tres menaçant se passe de tout commentaire en
swahili; nous le traduisons tres litteralement en Français en ces termes:
" Pardonnez-nous d'etre entres dans cette maison
parce qu'elle n'est pas destinee aux rencontres, mais plutot a la priere. Si nous avons
voulu nous entretenir avec vous, c'est parce que l'ennemi est parmi vous, vous le
connaissez tres bien. C'est qui provoque la rebellion, tue mes militaires chaque fois en
mon absence de Butembo.
Les militaires sont mes enfants, je ne sais pas qui
d'entre vous souhaiterait la mort de ses enfants. Si le loup devore vos brebis et que vous
etes le berger, qu'allez-vous faire? Je vous le dis sincerement, nous les militaires, nous
sommes fatigues et c'est la fin, vraiment la fin. Les gens ont l'habitude de dire, ceci
est une arme (silaha), mais il faut dire plutot c'est une amertume (si raha). Nous avons
libere notre pays ensemble, mais il y en a d'autres qui veulent le liberer de nouveau
parce qu'ils n'ont pas eu de poste dans le Gouvernement de Mzee Kabila. Je suis venu de
Kinshasa et j'ai vu toutes les tribus: les rwandais, burundais, bakongo, nande et tous les
autres.
" Cependant, dans toute la Republique du Congo, il
n'y a qu'a Butembo ou les gens s'entretuent. Pour etre President, il faut etre elu par
Dieu. Mais ici chez nous, il y en a qui ambitionnent d'etre President par des voies
illegales.
Je l'ai deja dit que je viens de Kinshasa et que la je me
suis vu avec le Mzee Kabila, et il accueille tout le monde. Si vous desirez avoir un poste
dans le gouvernement, allez a Kinshasa, et il vous accueillera tres bien au lieu de
provoquer les gens. J'ai vu Mzee Kabila, les Banande qui sont a Kinshasa, le ministre
Kambale Mututulo, l'Inspecteur Adjoint Katsuva et tant d'autres.
" Tous les Banande qui sont a Kinshasa m'ont dit que
si la rebellion persiste encore a Butembo et ils m'ont demande de faire tout mon possible
pour l'eteindre. Il n'y a donc plus de pitie. Il s'agira donc de tuer, de massacrer, meme
du bebe jusqu'au serpent.
Si nous ouvrons le feu ici dans cette Eglise, qui pourrait
se sauver? Qui pourrait sortir d'ici? Vous etes tres nombreux, mais vous ne pouvez pas
nous exterminer tous. Vous connaissez bien les interhamwe? Vous voulez subir leur sort.
Kabila m'a dit qu'il viendra pleurer ses militaires qui sont morts ici. Mais il ne le
pourra plus car la paix n'est pas encore restauree. Et il m'a encore dit que si nous
retablissons la paix et la securite pendant trois ou cinq mois, il arrivera ici chez nous
a Butembo.
" Vous tuez mes militaires; meme vous, papas, mamans,
vous avez quatre ou six enfants, si on les tue tous, que ferez-vous? vous avez tue mes
trente militaires. Moi je tuerai trois mille civiles. Au moins on pourra lier mes mains
par derriere, tant pis.
" Quand nous avons libere le pays, j'avais un sachet
de mais. C'est tout ce que je mangeais. C'etait peu; maintenant que quelqu'un voudrait
bien se mettre a table, vous venez le deranger. Si vous ne m'aimez pas, vous pouvez le
declarer hautement. La Republique est assez vaste et je pourrai aller travailler ailleurs.
Malgre cela, je puis arriver ici avec masque. Je porte des beaux habits, mais vous ne
saurez pas que je porte une arme et que j'annonce la Parole de Dieu.
" En ce moment ou je vous parle, il y a certains qui
ont de bonnes idees, et d'autres qui ont de mauvaises idees. Nous le savons, c'est vous
qui cachez les maymay. Ce sont vos enfants. Je le sais, si vous le voulez, nous pouvons
vivre ici en paix et en securite. Si vous ne le voulez pas, nous pouvons rester dans cette
situation de guerre interminable. Dans toute la Republique, Butembo etait repute pour sa
prosperite economique, un centre commercial. Maintenant, Butembo va devenir un champ de
bataille. Celui qui est rouge sera noir et celui qui est noir sera centre. Je me tiens ici
devant vous, ce n'est pas ma place, que Dieu m'en pardonne. Mais je le redis encore, si
les troubles se repetent, nous balayerons tout serieusement. Nous ferons appel meme a
notre armee de Goma. Apres, nous pourrons alors rebatir notre propre cite. Sur les 28
millions d'habitants, nous n'avons pas peur de rester avec 12 millions.
" Ceux qui vous envoient ont deja termine leurs
etudes, mais ils vous envoient, ils ne veulent pas que vous etudiiez comme eux, vous
comprenez pourquoi les cours ne reprennent pas maintenant. Si vous tuez mon enfant comme
celui-ci, il a laisse ses parents tres loin, il n'a pas de femme. moi aussi, je vais vous
tuer, mieux vaut qu'on me ligote les mains derriere.
" Nous avons appris qu'il y a des etudiants qui
organisent une marche. J'etais a Kinshasa lors de l'enterrement du Colonel Mayele, les
etudiants ont marche et ils n'ont pas voulu qu'il soit enterre, on les a tues. Que celui
qui veut perdre sa vie participe a la marche.
Je vous demande tous a qui ai-je deja commis de tort?
Dites de ma part aux maymay de sortir de la brousse et venir chez moi pour suivre la
formation militaire s'ils desirent faire l'armee. Nous les enverrons a Beni pour y prendre
l'avion a destination de Lubumbashi via Goma. Lorsque vous tuez une seule fournis, les
autres viennent l'encercler. Meme si vous passez a cote de ces fourmis, alors que vous
n'avez pas de programme avec elles, elles vous morderons necessairement. Nous sommes ces
fournis. Si nous entendons encore un coup de fusil, ce sera la fin. Nous, nous tuerons
toute chose, les personnes jusqu'aux serpents. Jusqu'a present, nous avons perdu trente
militaires. Sachez bien que vous habitants de Butembo, meme si vous etes 28 mille, vous ne
pouvez pas exterminer ces militaires si vous n'etes pas extermines avant eux. Sachez que
la fusil n'est pas la joie mais c'est l'amertume, du sang et de la mort.
" Vous voyez ces jeunes gens ils ont appris a
fusiller, a tirer du fusil, ils sont des experts de la guerre. Chaque fois que vous les
provoquez, sachez qu'ils vont vous exterminer tous. Vous avez vu comment lors de la
liberation, nous sommes entres ici a Butembo, il n'y a pas eu de morts. Maintenant, vous
les jeunes, faites attention. Et je le repete, faites attention. Nous avons appris que
vous etes en train de vous preparer a faire la marche a cause de votre professeur.
Essayez, et nous sommes prets a poursuivre chaque personne qui qu'elle soit, qu'elle soit
dehors, dans sa maison ou dans la brousse. Nous ferons tout pour exterminer l'ennemi.
C'est notre travail de combattre l'ennemi. Chers jeunes, aidez-nous, comprenons-nous,
entendons-nous. Vous etes des etudiants. Ne savez-vous pas bien discerner? Ne savez-vous
pas reflechir? Comment se fait-il qu'un homme arrive ici et vous trompe qu'il sera
president et vous le croyez? faites attention, faites tout votre possible qu'il n'y ait
plus de troubles ici. Aimez-vous la guerre? Nous sommes prets.
" Chers amis, si vous connaissez l'endroit ou se
cache l'ennemi, venez vite nous avertir. Que ça soit a Kikyo, soit a la gendarmerie
(MGL), nous vous recevrons, nous allons vous accueillir sans inconvenient. vous nous aurez
alors aides a faire notre travail, de combattre l'ennemi. Vous tous, vous connaissez le
lieu ou nous habitons, venez nous avertir rapidement a temps. Nous, nous prendrons alors
toutes nos dispositions necessaires. Mais si nous-memes, nous nous faisons connaitre
l'ennemi, cela veut dire que vous etes en connivence avec les ennemis."
C'est n'est qu'a la fin de ce discours que le commandant
autorisera le retrait de tous les militaires du camp et libera les chretiens. C'etait vers
13h30' a l'heure ou la troupe qui se trouvait a la procure acheminait l'abbe Apollinaire
Malumalu a la prison de la gendarmerie (MGL) en disant que c'est pour certaines precisions
et que l'abbe serait directement libere. Ils emporterent une voiture et le lendemain une
autre en disant qu'ils allaient mener directement leurs enquetes. Curieusement, l'abbe
Malumalu vient de passer quatre nuits dans la prison commune de la gendarmerie ou on
refuse quelque fois de lui apporter de la nourriture.
Avant hier il a eu des maux de tetes. Peniblement, les
religieuses des environs lui ont amene des aspirines. Comme tout prisonnier, on lui a ote
les souliers. Les conditions de cette prison sont inhumaines, sans eau, ni lumiere, ni
toilettes (WC). Pour les besoins du WC, tous les prisonniers utilisent un demi-fut qui
reste dans la cellule ou ils passent leur journee et leur nuit.L'instructeur du dossier
nous revele que Mr l'abbe est accuse d'avoir ete vu en train de decharger un container
plein d'armes le vendredi 1er mai 1998 au site universitaire alors qu'il donnait cours de
pastorale au Grand Seminaire St Octave ou il logeait momentanement pour terminer l'annee
academique parsemee de temps morts causes par des troubles.
Apres leurs enquetes qui se revelent fausses, l'abbe
Apollinaire etait toujours en prison sans aucune autre forme de proces ni de droit a la
presomption de l'innocence. Ce matin, il est mis en liberte provisoire toujours sans
proces, avec la consigne que d'un moment a l'autre, ils peuvent le reprendre en cas de
besoin.
Ce cas d'arrestation de l'abbe est une orchestration d'une
strategie bien montee pour que les chretiens et les etudiants de Butembo se revoltent et
qu'ainsi les militaires aient le pretexte de faire l'ethnocide durant la marche de
protestation.
Tous les discours des commandants affirment que si les
etudiants marchaient pour soutenir leur professeur Kakule Matumo, ils seraient tous
extermines car ils auraient exprime publiquement qu'ils sont des maymay. A ce propos, nous
affirmons que l'Universite Catholique de Graben est apolitique et que le mouvement maymay
ne nous concerne en aucun cas. C'est la raison pour laquelle nous sollicitons son
Excellence Monseigneur l'Archeveque de:
1. Contacter les autres Eveques du Kivu et l'Episcopat a
travers le monde pour denoncer les massacres qui sont en train de se perpetrer a Butembo
et prevenir l'ethnocide qu'on prepare a Butembo et a Beni.
2. Contacter les autorites civiles qui peuvent avoir le
pouvoir de retablir la paix le plus tot possible a Butembo.
C'est pourquoi, nous souhaitons:
1°. Qu'on demantele le mythe maymay et qu'on cesse de
l'appliquer a un peuple pour le " victimiser " et le culpabiliser
2°. Qu'on change les autorites militaires actuelles et
les militaires fautifs avec precautions. C'est durant l'annonce de la releve prochaine
qu'ont eu lieu la virulence de l'insecurite, les fusillades et la recolte des fonds
forcee. Toutes ces vexations sont orchestrees par les responsables militaires qui envoient
leurs subalternes rançonner, piller, violer.
3°. Qu'on amene a Butembo et a Beni des militaires
civilises et murs dans la responsabilite de leur ideal de proteger les personnes et leurs
biens. Qu'ils aient le gout du progres et du developpement et non des jaloux qui viennent
piller et detruire. La guerre appauvrit alors que nous savons que la paix est synonyme du
developpement.
4°. Qu'on laisse a la police territorriale d'accomplir
effectivement la tache qui lui est devolue dans la societe congolaise sans paraitre comme
des subalternes meprises par les forces combattantes.
5°. Que les militaires vivent dans les camps car les
melangeant a la population, ils ne se distinguent plus des bandits. N'est-ce pas la une
insecurite quand des gens sont toujours pilles en mains armees!
6°. Que les barrieres militaires sur les routes entre les
grands centres soient surveillees par la Police territoriale, car les premiers y sont pour
extorquer tout passant. Nonobstant ces barrieres, on accuse encore le peuple de trafic
d'armes et de complice aux entrees des rebelles.
7°. Qu'on mette une autorite civile dans les deux grands
centres en leur octroyant un statut de ville car l'Etat qui nous represente tous, le sait
mieux que quiconque, que de si grandes agglomerations avec tant de potentialites, aussi
bien demographique qu'economique ne doivent pas etre abandonnees a la merci des forces
combattantes sans formation adaptee a la gouvernance territoriale et forces policieres un
peu anomiques.
Ce petit rapport non detaille, et par ailleurs
inexhaustif, demeure un cri de detresse de toute une Eglise en persecution et de tout un
peuple ordinairement pacifique mais en proie a des tueries. Nous vous remercions de
l'attention que vous daignerez porter a cette presente.
Veuillez agreer, son Excellence Monseigneur l'Archeveque,
l'expression de nos sentiments devoues a Notre Seigneur Jesus-Christ.
LA VOIX DU DIOCESE DE BUTEMBO-BENI EN DATE DU 7 MAI 1998