Je suis avec un interet
toujours croissant les echanges entre Dr Bilolo et Me Kabundi. Ces echanges qui font suite
au debat sur Me Nimy aident a mieux situer la problematique posee par ledit debat. On se
rappelera que Me Kabundi, dans une action reductrice, avait impose un
"straightjacket" Juridique a un debat, lequel a notre avis etait d'abord
politique. L'intervention de Dr Bilolo avait relance le debat sur un terrain ou la
multi-disciplinarite le disputer au dictat du droit impose par Me Kabundi. Il n'est donc
pas etonnant de voir celui ci continuer a proner la primaute du droit et d'accuser le Dr.
Bilolo de semer la confusion en partiquant "un saute mouton" entre diverses
sciences. Il est vrai que le lyrisme parfois troublant, mais propre aux moralistes qu'il
est, de Dr Bilolo deconcerte, mais la langue de bois de Me Kabundi ne peut susciter aucun
enthusiasme de notre part. La demarche de Dr.
Bilolo a mon avis capte mieux l'esprit et l'essence du debat a l'origine. Lequel n'etait
pas de se prononcer sur la culpabilite sur le plan juridique de Me Nimy en particulier et
des Mobutistes en general, mais d'amorcer une discussion qui devait aboutir a la
definition et a la determination des responsabilites reelles dans la destruction de notre
pays par ses anciens dirigeants.
Et pour saisir la question dans toute sa complexite, un
appel devait etre fait aux diverses sciences sociales et humaines pour nous aider a cerner
la question. En faisant donc appel a l'histoire, a la religion, a nos coutumes, au droit,
a la pholosophie, etc.. Dr Bilolo aborde donc le probleme dans sa totalite et aide a creer
un nouveau cadre propice a une determination de la responsabilite et de la culpbilite
reelle des uns et des autres.
Je trouve par contre la demarche de Me Kabundi dangereuse
en ce sens qu'il aborde la question comme relevant du seul domaine du droit, oubliant que
le cadre n'etant pas clairement defini, le droit ne saurait s'appliquer dans le sens de la
justice. L'erreur de Me Kabundi est celui de considerer le droit comme une science
autonome, pouvant exister en dehors de toute consideration historique, politique,
sociologique et morale. Je trouve son adhesion aux principes de droit quasi religieuse(il
est vrai qu'il avoue adorer cette science),manquant de recul necessaire a un
questionnement utile a la definition d'un nouveau cadre juridique, adapte a une societe en
pleine mutation.
Le droit est a mon avis une science reactive, il ne
prospecte pas mais reagit et se met au service d'un cadre politique, moral, sociologique
defini en avance. Avant d'aborder une question sur le plan juridique, celle ci doit etre
epuiser sur d'autres plans. Le developement de l'informatique, de la bio-technologie, etc
a ouvert des nouveaux terrains inconnus au juriste et celui ci doit attendre l'action du
politique, du sociologue,etc. pour savoir dans quel sens appliquer la justice. La
responsabilite et la culpabilite dans la destruction de notre pays ne saurait etre aborder
sans une discussion prealable sur les acceptions et concepts. Cette discussion engage le
politicien, le sociologue, le moraliste, le religieux, le juriste n'intervenant qu'en
dernier ressoort pour constater et appliquer la nouvelle regle.
C'etait d'ailleurs la demarche des intellectuels Europeens
apres la deuxieme guerre, conscients que les concepts existant a l'epoque etaient
insuffisants pour saisir le crime Nazi et aussi pour prevenir l'impunissabilite eventuelle
de ces derniers ont introduit en droit le concept de crime contre l'humanite obeissant a
une nouvelle reglemetation.
Il faut ajouter qu'aucune notion de droit ne peut etre
considerer comme une verite absolue et universelle. Tout est a discuter, tout est a
redefinir. Le vol peut etre un crime dans une societe et un acte de bravoure dans une
autre, ce n'est qu'un exemple, le juriste ne peut juger que sur la base de ce cadre moral
et politique.
L'exemple de l'homosexualite dans la societe occidentale
peut nous aider a elucider ce point. Celle ci etait condamnee dans la societe occidentale
pendant longtemps et il y avait consensus aussi bien sur le plan scientifique,
sociologique, moral, religieux. La psychiatrie considerait l'homosexualite comme une
deviation, la morale comme une abomination, la loi comme un crime. Le caractere criminel
de l'homosexualite trouvait sa fondation dans la science, la morale, la bible. Lorsque les
homosexuels se sont organises pour attaquer l'edifice juridique banissant cette pratique,
la premiere bataille s'est livree sur le terrain scientifique.
Il fallait convaincre le monde scientifique que
l'homosexualite n'etait pas une maladie, ce qui a ete fait par une declaration de
l'association des psychiatres. Il a fallu par la suite attaque le probleme sur le plan
moral, etant donne que les psychiatres ont reconnu le caractere normal de cette pratique,
la fondation morale de sa condamnation devenait fragile, et ainsi nous sommes arrives sur
le plan politique ou dans nombreux pays, les legislateurs ont accorde le meme droit aux
homosexuels qu'aux heterosexuels. Nous voyons comment ce qui a ete crime, punissable par
la loi, est devenu droit protege par la loi.
Cet exemple montre la validite de la demarche de Dr
Bilolo, dans sa recherche d'un nouveau cadre moral, politique, sociologique et enfin
juridique pouvant permettre une meilleure saisie du crime Mobutien dans toute sa
pleinitude.
Il commence par attaquer le fondement moral, juridique,
politique qui a permis a ce crime d'eclore, et finit par proposer un nouveau fondement qui
permettra a la societe de juger avec une meilleure approche ceux de nos compatriotes qui
ont vendu et detruit la nation.
Il peut etre conseiller a Me Kabundi d'approcher le
problmen non seulement selon une lecture positive du droit mais de considerer aussi la
critique du droit(par de nombreux juristes).
Patriotiquement