| Réaction à Ronaldo da
Costa Manzueto |
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| Marcel Kabundi |
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Cher ami,
Vous posez d'excellentes questions dans un ton et un langage digne et respectueux malgré
la gravité des faits que vous évoquez. Cela démontre une certaine maîtrise de soi que
j'admire. Par vos questions, vous suscitez la réflexion et surtout vous cherchez à ce
que le troisième élément de ce drame, c'est-à-dire, les auteurs de ces crimes, soit
connu. Vous demandez également l'identité de la personne qui a été le grand
responsable de la mort des milliers des êtres humains sur le sol congolais. Voilà une
très bonne contribution à la discussion et à la réflexion collective. Toutes ces
questions et bien d'autres ont été évoquées de différerntes façons par les
différents rapports et récemment par le Rapport de l'ONU. Amnesty international vient de
réagir à ce rapport de l'ONU. Je crois que nous devons attendre la réaction du Conseil
de Sécurité saisi par le Secrétaire général, M. Koffi Annan pour connaître leur
position et savoir comment réagir. En attendant, ce rapport de l'ONU constitue une pièce
intéressante qui mérite d'être étudiée de fond en comble.
Par ailleurs, si, pour mieux comprendre la différence entre crimes contre l'humanité, le
génocide, les tortures et crimes de guerre, vous avez des questions précises à poser à
l'auditoire de ce Forum, je serai vraiment heureux d'apporter ma petite contribution qui
pourra être completée par les autres amis sur ce forum. Enfin, le mens rea à laquelle
vous faites allusion, se traduit par intention criminelle et se distingue de mobile du
crime. Sans cette intention criminelle (mens rea) il pourrait être difficile de prouver
la culpabilité d'un individu. En ce qui concerne le crime d'état, il faut d'abord dire
que l'État sans les individus et le territoire ainsi que tous ses attributs visibles
demeure une personne morale et bien mieux, une FICTION. S'agissant de crime d'État comme
le génocide commis par Hitler et ses groupes Nazis, ce sont, au bout de compte, des
individus en autorité comme auteurs moraux et les exécutants comme auteurs matériels
qui devront répondre de leurs actes et décisions et être tenus responsables. Les
régles de la preuve pénale demeurent toujours les mêmes. Si vous habitez au Canada, par
exemple, vous vous rappelerez que les militaires en mission en Somalie ont été
poursuivis au Canada pour les crimes commis là-bas. Certains militaires ont été
personnellement poursuivis et condamnés. Le détachement militaire a été demantelé.
Les supérieurs militaires ont été administrativement, pour certains, et pénalement
pour d'autres sanctionnés. Dernièrement, un certain colonel du nom de Labbé a perdu sa
chance d'être promu Brigadier-Général à cause des actes commis par ses troupes en
Somalie. Je voudrais souligner ici que la responsabilité se distingue de la culpabilité.
On peut être responsable et être en même temps juridiquement non coupable des crimes
commis. Je vous donne un exemple très simple: vous êtes responsable de votre enfant
mineur des conséquences civiles des actes criminels que ce dernier peut avoir commis,
mais, jamais vous ne pourrez être déclaré coupable de ces crimes. En terminant, je
voudrais que nos amis qui nous lisent sachent que les questions de culpabilité
relativement aux massacres des réfugiés sur le sol congolais ne peuvent être débattues
par une juridiction de jugement de droit national ou international. En dehors de cette
juridiction, tout ce que nous ferons là-dessus ne pourra qu'être spéculation et simple
hypothèse. Attendons et voyons quelle suite sera donnée à ce dossier et en d'ici là
réflechissons ensemble et nourrissons notre esprit de toutes ces connaissances
juridiques.
Merci
Marcel Kabundi
Juriste- Criminologue |
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