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Réponse à Bernard Ilunga et au Dr Mubabinge Bilolo
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Marcel Kabundi
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Cher ami Bernard,

Vous me demandez de répondre à la réaction de Dr Bilolo dans sa fougeuse sortie contre mon point de vue final sur le cas de Me Nimy. Je m’en vais, avec plaisir, y répondre. Je le remercie, en passant, de m’avoir lu. Malheureusement, je constate qu’il m’a très mal lu et compris. Et pourtant d’autres personnes qui m’ont lu, on fait preuve d’avoir saisi la quintessence de mon opinion. Je n’ai pas voulu ceder à la tentation d’injurier ou de condamner aveuglement tout le monde sans distinction et sans clairvoyance. L’objet de notre discussion portait sur Me Nimy. C’était très bien circonscrit dans le temps comme dans l’espace et à l’égard de la personne. Voilà pourquoi, je voudrais expliciter ma position juridique qui, du reste, demeure une opinion et non la seule opinion qui soit valable. Chacun peut se faire une idée et doit se faire une opinion là-dessus. C’est l’objectif et le mérite de cet exercice virtuel. Ce que Dr Bilolo oublie de retenir est que dans le domaine de la justice pénale ou criminelle, la vérité judiciaire est souvent distincte et différente de la vérité tout court ou de la vérité politique parce que les barêmes sont différents, les règles aussi. En d’autres mots cela signifie qu’une personne que tout le monde a vu commettre un crime quelconque peut se retrouver sur la rue et innocenté par les tribunaux sur la base d’une simple technicalité comme par exemple la prescription extinctive, le non respect de certains délais, les excuses absolutoires, l’immunité, etc. Or ce qui est jugé comme étant la vérité par le tribunal acquiert la force de la chose jugée après l’écoulement de certains délais pour exercer l’une ou l’autre voie de recours. Les Latins ont trouvé une expression juste pour traduire cela: <<Res judicata pro veritate consideretur>> (Ce qui est jugé est considéré comme la vérité). Cela dit, venons-en au cas Me Nimy.
Dr Bilolo a abordé la notion de solidarité ministérielle et de responsabilité individuelle en les interferant au point où leur sens devient confus. Mais je constate qu’il les confond et ne les maitrise pas comme il faut.
1) <<Solidarité Ministérielle>> et << responsabilité individuelle >>
Dr Bilolo écrit ceci: << La discussion au sujet de la responsabilité pénale individuelle passe à côté du thème essentiel qui est celui de la co-responsabilité et même de la <<libre participation au régime de la mort, à une association criminelle>>. Le MPR était une association inhumaniste et depuis le caractère humain du Régime Mobutu ne faisait plus l’objet de doute>>.
Voici mes commentaires:
Dr Bilolo ignore que la solidarité ministérielle traite justement de la co-responsabilité de tous ceux qui ont participé au gouvernement mobutu. Ils sont tous solidaires et responsables ensemble de tous les crimes et délits commis à la suite des décisions prises en commun par ce régime auquel Me Nimy a participé librement et en connaissance de cause. Il répondra de tout cela. Ses collègues du cabinet aussi pour toute la période au cours de laquelle il était au cabinet, au sein de ce régime ou bien au sein de ce gouvernement. Voilà le sens de la solidarité ministérielle en droit public. Cette solidarité ne se présume point. Elle doit être prouvée.
En ce qui concerne la responsabilité pénale individuelle, il faut apporter des faits et démontrer hors de tout doute raisonnable que ces faits sont les actes d’un individu bien identifié, et dans l’espèce, Me Nimy. Personne et pas même Dr Bilolo que je connais très bien, n’a apporté des preuves incriminant Me Nimy. Le mot responsabilité, du latin respondere, répondre, désigne l’obligation de répondre de ses actes. La notion de responsabilité s’accompagne de celle de blâme qui dégage un fondement moral qui conditionne l’analyse de l’infraction et des moyens utilisés pour se défendre. La responsabilité pénale tire son origine de l’adage latin: Actus non facit reum nisi mens sit rea (une personne n’est coupable en raison de son acte seulement (actus reus) mais aussi en raison d’un état d’esprit blâmable accompagnant cet acte (mens rea). Cette maxime fut énoncée pour la première fois, par un juriste anglais, Sir Edward Coke lors d’une accusation de trahison. La responsabilité pénale individuelle surviendrait lors de la concomitance de deux éléments (Actus Reus-situation matérielle) et (Mens Rea- intention, insouciance ou connaissance quant à cette situation). Actus reus implique une conduite, une action ou alors une omission (négligence). Il faut que l’acte ou l’omission de l’accusé aient contribué au résultat prohibé par la loi comme par exemple mort d’une personne humaine, pour que l’accusé soit tenu d’en répondre légalement. Juridiquement, l’imputation du résultat prohibé par la loi à Me Nimy doit être établie à partir du lien causal en démontrant que le résultat est une conséquence naturelle de l’acte ou de l’omission de Me Nimy. Personne n’y est parvenu. Même pas Dr Bilolo. Pour l’information de Dr Bilolo, il existe trois régimes de responsabilité pénale: responsabilité exigeant la preuve du mens rea, ensuite la responsabilité stricte fondée sur une présomption de négligence et enfin, la responsabilité absolue réposant sur la seule preuve de l’acte prohibé. En ce qui concerne le cas Me Nimy, personne n’a pu démontrer un actus reus imputable, dans les conditions définies par la loi soit-elle congolaise ou internationale, à Me Nimy. Il y a eu des allusions, des présomptions, des suppositions, etc. Rien de factuel et de précis. Il nous fallait la preuve de cet actus reus pour aborder ensuite la question de l’intention criminelle et cela, au régard de la loi car nullum crimen sine lege, il n’y a pas de crime sans loi. Voilà pourquoi je suis arrivé à la conclusion que les éléments constitutifs d’une infraction pénale n’avaient pas été établis ni par ceux qui sont intervenus ni par la tierce opposition de Dr Bilolo. Le doute ainsi créé a profité à Me Nimy. Toutefois, si plus tard, quelqu’un apporte des preuves des crimes par Me Nimy, un autre dossier pourra être ouvert contre Me Nimy sans que celui-ci invoque le principe de ne pas être jugé deux fois pour le même délit car en fait le défit n’a même pas été défini clairement. Si je m’étais limité au domaine uniquement juridique, Me Nimy s’en serait sorti indemne. C’est pourquoi j’ai fait intervenir le principe de la solidarité ministérielle. En vertu de ce principe, Me Nimy et tous ceux que Dr Bilolo appellent mobutistes demeurent solidairement responsables, mieux, co-responsables de tous les crimes commis par leur régime, à savoir le régime Mobutiste. Pour échapper à cette co-responsabilité, tout membre de ce gouvernement devait démissioner pour marquer son objection de conscience. Cette démission permet d’éluder la responsabilté découlant de la participation libre et volontaire au gouvernement de Mobutu, aujourd’hui, incriminé. Les questions d’inhumanisme ou de clairvoyance relèvent du domaine de la morale et de la philosophie et s’éloignent, ipso facto, du domaine juridique qui nous préoccupe.
En conclusion, je reconnais la complexité du droit pénal et j’avoue que lorsqu’on n’a pas bien saisi le sens de certains termes comme par exemple faits imprescriptibles, responsabilité individuelle, solidarité ministérielle, on peut tirer des conclusions enflammées malheureusement erronées. Je repète que je me suis gardé de porter des jugements politiques ni des jugements de valeur pouvant paraître comme des insultes à l’égard de certaines personnes car elles n’étaient pas parties au débat et bien plus, elles jouissent du principe légal de la présomption d’innoncence et cela, peu importe leurs nom, origine, race et affiliation politique ou idéologique. Voilà un des aspects de l’essence de l’indépendance de la Justice. Les philosophies peuvent se le permettre. Voilà qui fait la différence entre ces deux disciplines. En ce qui concerne la pathologie juridique, j’avoue qu’elle constitue une nouvelle discipline aux frontières de la psychiatrie et de la psychologie clinique si ce
n’est pas de la criminologie clinique. Pour éviter de créer des confusions inutiles qui n’aideraient pas à faciliter la compréhension de ce débat, du reste très technique, je me garde d’en discuter hic et nunc (ici et maintenant). Peut-être, plus tard.

Merci beaucoup et à bientôt Bernard.


Marcel Kabundi, LL.M., M.Sc.crim.

Juriste-Criminologue

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