| Nationalité : Réponse
à Justin Materania |
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| Marcel Kabundi |
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Cher compatriote et ami Justin Materania,
Je suis heureux que vous ayez lu ma réponse aux questions posées par le professeur
Corneille Kazadi de Trois-Rivières au Canada au sujet des conséquences de l'unicité et
de l'exclusivité de la nationalité congolaise telle que contenue dans le projet de
Constitution qui sera debattu par la future Assemblée constituante. Mon analyse
strictement juridique et impersonnelle n'a abordé que ces aspects, rien que ces aspects
juridiques qui demeurent, j'en conviens, complexes. Loin de moi était l'intention
d'analyser cette question sous l'angle politique comme vous le faites en faisant des
associations regrettables et malheureuses. Je ne vois rien d'irresponsable ni de mesquin
de débattre des conséquences juridiques d'un terme juridique comme la nationalité. Nous
appelons de tous nos voeux, l'avénement d'un État de droit au Congo. Cet état explique
l'existence des lois et bien plus, la Primauté du Droit. Auriez-vous mieux préféré que
nous ne puissions pas analyser tous les contours de
cette question d'unicité et de l'exclusivité et nous considérer à la fin vraiment
responsables. Je ne pense pas. Il vaut mieux avoir l'humilité d'accepter de partager nos
connaissances respectives. C'est ce que je crois avoir fait en me prêtant à cette
analyse. L'unicité ou l'exclusivité de la nationalité n'est pas une création de ce que
vous appelez la junte au Pouvoir. Lorsque j'ai terminé mes études en droit, voilà 19
ans, cette junte au pouvoir n'existait point. En revenant à la faculté de Droit à
l'université d'Ottawa, la notion de nationalité n'a pas du tout changé. C'est vous dire
qu'il existe des termes classiques qui ne sont pas l'oeuvre d'un individu ou d'un groupe.
Par contre, si vous me dites que le mobutisme est un terme de création locale et
personnelle, je vous donnerai raison. Pour le reste, je crois que vous laissez cours
inutilement à votre frustration et à votre indignation que vous seul pouvez expliquer.
La citation de ma réponse au professeur Kazadi que
vous reprenez dans votre texte, réfère au fait que la nationalité dès qu'elle est
octroyée et reconnue à un individu ne cherche plus à traîner pour la vie l'origine
ethnique ou nationale du nouveau citoyen. En effet, dès que l'on remplit les conditions
pour devenir citoyen d'un pays, on le devient une fois pour toutes et d'une façon totale
et définitive. Il n'est plus nécessaire ni utile d'ajouter l'origine ethnique ou
nationale car cela n'ajoute rien ni explique rien de plus. Voilà le sens du terme
juridique << superfetatoire >>.
Vous parlez du partage de l'Afrique en 1885. C,est très bien. Mais, justement, le fait
qu'il y ait, à cause de cette division arbitraire de l'Afrique, des tribus à cheval
entre divers États africains souverains, la question de l'unicité et de l'exclusivité
se pose avec acuité et s'explique sans doute pour des raisons de sécurité. Cher ami, le
droit international coutumier est différent du droit coutumier interne. Ce sera trop long
de vous expliquer cela, mais retenez que la différence réside dans l'intene et
l'international. Vous parlez de GATT. Mais vous vous éloignez du Droit pour parler du
commerce car GATT a été remplacé par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Je ne
pense pas avoir abordé cette notion commerciale. Voilà qui rend confus votre
raisonnement parce que vous introduisez des notions tout à fait étrangères à la
discussion portant sur la définition d'un terme juridique précis, à savoir, la
nationalité. Je ne suis pas Voltairequi était encyclopédiste. Je n'ai pas défini la
nationalité en fonction du jus soli mais j'ai plutôt expliqué les modes d'acquisition
de la nationalité. Je me garde de discuter de ce dont je n'ai pas parlé dans mon texte
incriminé. Lorsque j'écris que tout est possible, je voudrais dire par là qu'en
l'absence d'un État de droit au Congo, tout est possible. Tout le monde est d'accord
là-dessus. Si la nationalité congolaise est unique et exclusive, eh bien, on peut
sociologiquement et psychologiquement se considérer toujours congolais mais être
juridiquement étranger tout en résidant sur le sol congolais tout seulement parce qu'on
n'a pas renoncé expressément à sa nationalité étrenagère d'origine. Le Droit est
différent de la Psychologie et de la Sociologie, mon cher ami. Voilà pourquoi les
Juristes sont très jaloux de leur discipline et veulent la protèger contre l'invension
de faux juristes qui veulent faire de l'intérprétation juridique comme Mr. Jourdain qui
faisait de la prose sans le savoir. Tel n'est pas possible en Droit. Le reste de votre
texte s'adresse à d'autres personnes que moi et je leur laisse le droit d'y répondre. Je
traite du droit pur et non de la science politique. En terminant, cher ami, je suis
juriste et criminologue et non avocat de qui que ce soit. Je ne fais pas de politique et
je ne mélange point les disciplines scientifiques en traitant dans un même texte de
divers sujets aussi éloignés l'un de l'autre. Je vous confie à lire mes autres
commentaires sur cette notion de nationalité affichés sur ce net pour mieux éclairer
votre religion. Aux juristes ce qui est à eux et aux politiciens ce qui leur revient.
Voilà tout.
Marcel Kabundi
Juriste - Criminologue |
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