| Réflechissons ensemble
sur les massacres présumés |
 |
| Marcel Kabundi |
 |
|
|
|
Depuis une semaine, le dossier de
lenquête de la Commission de lONU sur les massacres présumés des réfugiés
hutus dans l'est de l'État congolais resurgit sans que cela puisse surprendre quiconque
suit regulièrement la situation socio-politique des pays des grands lacs dont la
République démocratique du Congo fait partie. Les médias font état de limminence
de la publication du rapport de la Commission denquête des Nations-Unies sur les
massacres présumément perpetrés contre les Hutus refugiés dans lest du
Congo-Kinshasa. On spécule déjà sur son contenu jusqu'à parler de certains termes dont
l'invocation simple fait peur et donne des papillons dans le ventre surtout lorsqu'on a
quelque chose à se reprocher. Étant donné la gravité des termes de plus en plus
utilisés par les médias et par certains dentre-nous sur ce net et vu que vous
discutez déjà de divers thèmes aussi théoriques que philosophiques, je voudrais vous
convier sous larbre de la palabre africaine à un exercice intellectuel
danalyse juridique et à un débat objectif, impartial et équitable selon les
règles de lart autour des questions très graves qui nous interpellent tous en tant
que membres de la Communauté internationale et surtout en tant quAfricains ou de
descendance africaine. Plus tard, je vous ferai part de mes reflexions et de mes analyses
juridiques que je me garde de faire maintenant pour ne pas vous influencer indûment. Ce
dossier est tellement très sérieux et très grave quil faudra létudier sans
passion et sans complaisance. Il ne faudra pas être bardé de diplômes ni être afflubé
de titres venant de lONU pour réflechir et donner son point de vue sur ce dossier
dont les conséquences frapperont même des innoncents.
1) Daprès vous, est-ce que les massacres présumés des Hutus refugiés dans
lest congolais peuvent être qualifiés : a) génocide; b) crime contre
lhumanité; c) crime de guerre; d) meurtres et e) autre type de crime (si oui,
lequel?)
2) Si vous choisissez lun ou lautre de ces qualifications juridiques, veuillez
répondre aux questions suivantes: a) décrivez brièvement les éléments suivants en
vous servant en toile de fond des questions suivantes: qui a fait quoi, comment
la-t-il fait, quand la-t-il fait et pourquoi il la fait. Ces questions
abordent les éléments materiels, personnels et moraux ou intentionnels de lacte
criminel que vous aurez choisi en votre âme et conscience et sur base des faits
imputables à une personne ou bien à un groupe. Sagissant des crimes aussi graves
que le génocide, il faudra clairement déterminer lintention criminelle (mens rea)
qui aurait justifié un tel comportement du présumé coupable. Dans votre analyse,
identifiez la ou les personnes qui auraient eu vraiment intérêt à perpetrer un tel
crime sur le sol congolais contre des étrangers identifiés comme étant des sujets
rwandais appartenant à lethnie hutue. Faites attention ici parce quil faut
savoir que la personne ou les personnes que vous aurez, selon vous, identifiée comme
suspect matériel ou moral de ce crime, bénéficie encore et doit bénéficier de la
présomption dinnoncence. Ainsi, votre hypothèse doit être solidement démontrée.
3) En ce qui concerne les victimes, est-ce que les réfugiés hutus sont les seuls
individus victimes de ces massacres. Expliquez votre position et donnez vos arguments.
4) Partant du principe général de droit sur la présomption dinnoncence dont
jouissent les personnes inculpées, quelles sont, selon vous, les moyens de défense qui
peuvent être invoqués par la ou les personnes soupçonnées dans ce dossier ?
5) Étant donné que les actes perpetrés nétaient pas spontannés, y-a-t-il, selon
vous, lieu de retenir le délit de non assistance à personne en danger ? Si oui, contre
qui ? et pourquoi?
6) Toute Commission denquête nationale ou internationale nétant pas un
tribunal itinérant, croyez-vous approprié dimaginer la mise sur pied dune
autre commission nationale ou de lOrganisation de lunité africaine, pour
confirmer ou infirmer les conclusions contenues dans le rapport officiel de lONU qui
sera bientôt publié? Si oui, quelle sera la valeur probante des conclusions dune
telle commission ? Et qui devra en faire partie ? Est-ce l'exercice en vaut la peine ? Si
oui, pourquoi ?
7) Quelles mesures de redressement devront, en fin de compte, être recommandées et mises
en application ? Qui devra les recommander ou les prendre ? Qui en assurera
lapplication et le suivi ?
8) Si vous étiez procureur de la république ou avocat de la couronne, selon la famille
juridique à laquelle vous appartenez, quels seraient vos moyens de preuve pour soutenir
quune telle forme de crime (choisissez lune des qualifications ci-dessus) a
été objectivement et personnellement commise contre des victimes identifiées se
trouvant en un lieu donné ? Et si vous êtiez dans lautre camp comme avocat de la
défense, comment réagiriez-vous à cela pour défendre votre client(e) ?
Si vous répondez à toutes ces questions ou si vous en discutez entre amis, copains et
collègues de travail, Africains ou non, vous pourrez rendre votre propre jugement sans
que vous soyez nécessairement un juriste. Vous pouvez arriver ou pas à la même
conclusion que les experts des Nations-Unies et les responsables africains qui ont un
certain intérêt dans ce dossier. Palabrons ensemble un peu. Enquêtons aussi. Bref,
transformons-nous en juristes, criminologues, pour une fois dans notre vie si nous ne le
sommes pas déjà. Ce canevas que je vous propose nous évitera des jugements de valeur et
des conclusions hâtives ou des opinions personnelles non suffisamment bien étayées.
Ceci nous aiderait à comprendre les conclusions de différents rapports denquête
de type national ou international. Je vous confie à cet exercice, maintenant que le
rapport denquête de lONU nest pas encore rendu public. Spéculons
intelligemment sur son possible contenu. Discutons-en virtuellement. Si vous attendez la
publication de ce rapport, votre appréciation risque dêtre biaisée et influencée
selon que vous êtes cité ou non dans ce rapport, interessé directement ou indirectement
dans ce dossier. Ne pas faire cet exercice, cest prendre à la legère ce dossier
dont les conséquences toucheront tout le monde de la sous-région des grands lacs
africains et surtout le peuple congolais dans le cas d'éventuelles sanctions comme
l'embargo auquel on fait déjà allusion .
À vos plumes et à bientôt !
Marcel Kabundi
Juriste - Criminologue |
|