Cher ami Corneille,
Bonjour ! Jespère que tout va bien à
Trois-Rivières.
Vous me demandez si la nationalité congolaise est unique. Vous voulez savoir si les
étrangers dorigine congolaise peuvent prendre la parole, participer au débat
politique et gouverner la cité.
Voici mes commentaires en guise de réponse:
Nous pouvons définir la nationalité comme étant un lien juridique entre une personne et
un État et nindique pas lorigine ethnique de la personne. Un État peut
decréter que la nationalité est unique et exclusive tout comme il peut déclarer que la
nationalité est unique mais non exclusive. Dans le cas de la première hypothèse de
nationalité unique et exclusive, le principe de la pluralité de nationalité nest
pas permis. On est Congolais dune façon exclusive et sans partage. On choisit
lun ou lautre. On ne peut pas être Congolais et Canadien à la fois, par
exemple. En devenant Canadien, on perd ipso facto la nationalité congolaise et tout ce
que cela implique, cest-à-dire, élire et être élu, occuper certaines fonctions
politiques importantes, etc. Tel fut létat du droit congolais jusquà ce que
le 17 mai 1997, lacte faisant fonction de constitution transitoire soit
peremptoirement aboli. Javoue que jignore le contenu du projet de la nouvelle
loi constitutionnelle. Comme vous le savez, on acquiert la nationalité des parents à la
naissance, cest-à-dire par filiation en vertu du jus sanguinis (droit du sang); ou
bien parce quon est né sur le territoire dun pays donné dont on acquiert la
nationalité en vertu du jus soli (droit du sol). Toutefois, cette situation ne
sapplique pas aux membres des corps diplomatiques parce que ceux vivent fictivement
sur leurs propres territoires en étant sur un territoire étranger, en dautres
mots, il y a, par convention, extension du territoire congolais là où il y a une
représentation diplomatique. Enfin, on peut acquérir la nationalité dun pays
également en suivant le processus dadoption ou doption que nous pouvons
résumer en un mot: naturalisation.
Il appartient donc à chaque État de déterminer par sa législation quels sont ses
ressortissants. Cette législation doit être en accord avec les conventions
internationales applicables, le droit international coutumier et les principes de droit
généralement reconnus en matière de nationalité.
Les étrangers dorigine congolaise peuvent prendre la parole et participer au débat
politique dans les limites prévues par la loi et dans le respect de celle-ci et des
conventions internationales. À moins que le principe de la pluralité de nationalité
soit adoptée par le législateur congolais pour quun étranger dorigine
congolaise puisse normalement gouverner la cité autrement cela ne pourra pas être
légal. Actuellement, en labsence dune Constitution, tout devient possible au
point où les étrangers dorigine congolaise peuvent assumer des fonctions
politiques comme être ambassadeur, ministre, etc. Le vide juridique créé par
labolition de lancienne constitution du pays ouvre la porte à tout un
éventail de situations qui, autrement, seraient illégales et illégitimes mais, qui se
trouvent légitimées à la faveur de cette absence de texte juridique qui constitue la
charpente de toutes les lois du pays. Les juristes disent que tout ce qui n'est pas
expressement interdit est donc permis. Nullum crimen sine lege, diraient les Latins. Bonne
journée et à bientôt !
Marcel Kabundi, juriste-criminologue,
LL.L., LL.M., M.Sc. |