| Éclairage sur le
personnage énigmatique qui dirige aujourd'hui les destinées du pays |
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| Alexis M. Kabambi |
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Qui est Laurent Désiré Kabila,
l'autoproclamé président de la République Démocratique du Congo ?
Alexis M. Kabambi
(Extrait du mensuel de l'Union de la Diaspora Congolaise, La RENAISSANCE N° 14 du jeudi
30 avril 1998, édité à Montréal, Canada)
Dans l'édition n° 13 du 31 mars 1998, j'ai parlé de l'héritage de Mulele, non pas pour
contester que Kabila ait combattu dans le Kwilu, mais plutôt pour faire ressortir le fait
que, si aujourd'hui il se revendique de l'héritage de Mulele, il n'en respecte pas les
principes fondamentaux.
Dans le souci d'objectivité et pour permettre aux lecteurs de bien cerner les deux
personnalités, je me propose de décrire cette fois le parcours politique de
Laurent-Désiré Kabila. C'est un pari difficile. Car, l'on ne dispose que de très peu
d'éléments sur son passé, ce qui rend la tâche risquée
De sa famille, son
enfance, sa scolarité, on connaît peu de chose ! On sait seulement que Laurent-Désiré
Kabila est né en 1939 dans la province du Katanga, il est de la tribu baluba de cette
province, sa ville d'origine est Moba, un port sur le lac Tanganika.
Son engagement politique date de 1960, au moment de l'accession du pays à
l'indépendance, il est élu député sur la liste des balubakat, il soutient ensuite
activement le Premier ministre de l'époque : Patrice Emery Lumumba, celui-ci sera
renversé par le chef de l'armée, Joseph Désiré Mobutu, et assassiné le 17 janvier
1961 à Elisabethville.
La destitution et l'assassinat de Lumumba engendrent une succession de rébellions dans
l'Est du pays, il devient un martyr, un mythe révolutionnaire.
En 1962, Laurent Désiré Kabila perd son siège de parlementaire, il quitte le Congo et
se réfugie en Chine où il est initié aux délices de la dialectique marxiste-léniniste
et à la guérilla. Il rentre au pays en 1963 et dès janvier 1964, il est dans le maquis
du Kwilu, dirigé par Pierre Mulele. Cette insurrection Muleliste soutenue par les Chinois
a fait plus de cent mille morts.
En avril 1964, Laurent Désiré Kabila rejoint la rébellion des Simbas (les lions en
français), dirigée par Gaston Soumialot. Kabila est-il marqué par cette période, au
point d'adopter aujourd'hui le lion dans les armoiries de la République Démocratique du
Congo ?
En novembre 1964, la rébellion de Soumialot est partiellement anéantie, c'est ainsi que
dès 1965, Kabila est commandant d'un maquis dans le Kivu où il reçoit entre février et
juillet 1965 Ernesto Che Guevara, à la tête de deux cents barbudos cubains qui
envisagent un moment de créer dans cette région un foyer de déstabilisation. Che
renonce à ce projet, car il considère Kabila comme un homme peu fiable qui "vendait
du vent" et qui n'était pratiquement jamais sur le terrain des opérations alors
qu'il avait été désigné comme commandant de la zone Est du Congo.
En 1967, Kabila fonde le Parti Révolutionnaire du Peuple (PRP), un groupuscule
d'obédience maoïste et vit dans les maquis du Shaba et du Kivu, luttant contre le
pouvoir central avec ses forces armées populaires (FAP) qui comptent jusqu'à trois mille
combattants, bénéficiant du soutien de la Chine Populaire et de la Tanzanie, ce dernier
pays délivre son passeport à Kabila!
Le PRP et sa branche armée s'autofinancent car leur territoire est vaste et d'une
richesse exceptionnelle ; café, diamants, ivoire, or
ils entretiennent des trafics
variés et juteux avec le reste du monde via la Zambie, la Tanzanie et le Burundi,
A Bujumbura, leurs amis Tustis commercialisent l'or provenant des collines et le café
sorti en contrebande du Zaïre.
Finalement, Kabila ne combat plus, mais son parti s'était maintenu dans un petit maquis
dénommé Hewa Bora (notre terre) où il tentait d'appliquer des principes socialistes
auprès des populations locales, les Babembas.
Mais pour ne pas se faire oublier, Kabila et ses hommes lancent souvent des opérations
coup de poing ;
En 1975, ils participent en Tanzanie à une prise d'otages de quatre chercheurs
américains et Hollandais, ils les libèrent moyennant finance.
En 1977, le groupe de Kabila s'unit au front national de Libération du Congo (FNLC) qu'on
dit soutenu par les Allemands de l'Est, et déclenche une première offensive au Shaba, la
seconde en 1978 est arrêtée par l'armée française à Kolwezi.
Le 21 septembre 1982, Kabila fait une apparition surprise à Rotterdam (Pays-Bas) où il
participe à une session du tribunal permanent des peuples en compagnie d'Antoine Gizenga,
le fondateur du parti Lumumbiste Unifié (PALU), principal héritier de la mouvance
lumumbiste.
L'essentiel de l'opposition zaïroise est représentée et le régime de Mobutu est, sans
surprise, accusé de violation systématique des droits de l'homme.
En novembre 1984, les hommes du PRP s'emparent de Moba, la ville natale de Kabila, elle
sera reprise quelque temps après par les militaires des Forces Armées zaïroises,
commandés par le général Mahele.
En 1990, Kabila s'abstient de participer aux travaux de la Conférence Nationale
Souveraine qui planche sur la transition du pays vers la démocratie.
Il resurgit en octobre 1996, alors que le président Mobutu, opéré le 22 août d'un
cancer de la prostate, poursuit une longue convalescence d'abord à Lausanne en Suisse,
puis en France, dans sa résidence de Roquebrune - Cap-Martin, sur la Côte d'Azur. Kabila
à la tête de l'Alliance pour la libération du Congo-Zaïre, soutenue par les armées
rwandaise, burundaise et ougandaise, sur une suggestion américaine profitent des tensions
nées de la présence massive de réfugiés rwandais au Kivu pour entamer la guerre. En
sept mois, ils traversent l'ensemble du territoire national et entrent sans livrer
bataille à Kinshasa le 17 mai 1997, la veille, le dictateur Mobutu a fui avec ses
proches, le lendemain, le Zaïre redevient la République Démocratique du Congo.
Laurent Désiré Kabila autoproclamé président organise le pouvoir autour de l'AFDL et
exclut ouvertement les autres partis politiques et met à l'écart le chef de file de
l'opposition intérieure et leader de l'UDPS Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Kabila
s'oppose aussi à une mission de l'Onu chargée d'enquêter sur la disparition de deux
cent milles réfugiés rwandais dans l'Est du pays en 1977 dans laquelle les troupes de
l'AFDL pourraient être impliquées.
Alexis M. Kabambi |
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