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La Réforme Monétaire Etait Nécessaire en RDC ?
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Jérémy Mwanga
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Après la victoire militaire de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), celle-ci a hérité non seulement d’un pays sinistré dans tous les domaines de la vie socio-économique, mais aussi de quatre zones monétaires : une zone dollar, une zone Nouveaux Zaïres, hormis les prostates (1), une zone Nouveaux Zaïres avec prostates et une dernière zone qui acceptait tous les billets y compris l'uteniqua (2). Toutes les transactions de la vie quotidienne (achats de provisions, loyer, achat et vente d'automobiles, frais de scolarité, etc...) étaient affichées en dollars US que pouvait suppléer une autre monnaie étrangère : le franc belge, le dutch mark ou la livre sterling...). dans certains commerces et hôtels, ces achats se faisaient uniquement en dollars. Cette situation ubuesque était tolérée par le gouvernement d'alors.

Si l'on suppose que la monnaie est un instrument de la souveraineté nationale, on pouvait vite se rendre compte de la démission de l'Etat zaïrois dans ses fonctions régaliennes. L'image de la monnaie "Zaïre" qui restera gravée dans la mémoire collective est celle de ces personnes fuyant l’arrivée des forces de l'AFDL qui abandonnaient des billes de Zaïre. Cette inflation des billets que des étrangers, surtout les Occidentaux, découvraient pour la première fois dans leur téléviseur, les Zaïrois le vivaient tous les jours. En effet l'hyperinflation qui a sévi au Zaïre de Mobutu était telle que, pour un achat dérisoire, on avait besoin d'un sac de billets. La réforme monétaire de 1993 qui permit d'échanger 3 millions d'anciens Zaïres contre un nouveau Zaïre n'avait pu endiguer l'inexorable chute de cette monnaie, avec une inflation avoisinant le ... % par an. De 3 NZ pour un dollar le 22 octobre 1993, on est passé à 110 000 NZ pour un dollar en juillet 1997. Dans ce pays-là, tout le monde était devenu millionnaire, mais personne n'était dupe : on était payé en monnaie de singe. A force de détenir une monnaie qui n'avait aucune valeur, le Zaïrois avait choisi d'utiliser essentiellement le dollar dans ses transactions courantes et d'épargner son argent, quand il le pouvait, aussi en dollar. Comme la tradition bancaire n'est pas très développée, on trouvait alors des millions de dollars qui échappaient ainsi au circuit bancaire traditionnel. Ce choix n'était pas uniquement celui du Zaïrois moyen, mais aussi bien de tout le secteur économique, sans oublier les hautes autorités de l'Etat qui eux trempaient vraisemblablement dans le recyclage des faux dollars. Le patron des patrons Zaïrois, monsieur Mbemba, fut interpellé à Bruxelles, en Belgique, avec des coupures de ce faux billets !

Existe-t-il un pays au monde où le marché de change de devises se fait en plein air ? Pourtant ce marché existait à Kinshasa. Baptisé avec humour Wall Street, les agents de change qu'on y trouvait étaient principalement les épouses des généraux et autres caciques du régime. Quand au matin le Zaïrois se battait pour prendre un bus qui ne venait pas ou faisait la marche à pieds quotidienne pour rejoindre son lieu de travail - sans espoir parfois d'en tirer un salaire à la fin du mois, - ces gens-là se rendaient à Hall street à bord de leurs 4X4 pleines de billets de "Zaïres" qu'ils devaient échanger contre les devises étrangères qu'ils ramenaient le soir chez eux. C'était là l'activité la plus lucrative du pays. Pourquoi se sont-ils spécialisés dans ce domaine ? Utilisant la planche à billet à volonté, ne sachant pas (ou feignant) que la monnaie d'un pays est liée à d'autres facteurs économiques, les autorités monétaires avaient opté pour une fabrication de la monnaie ex nihilo sans limite. Certes, ils ne perdaient rien dans ce jeu d'autant plus qu'ils pouvaient recycle cette monnaie en devises, de préférence le dollar, ce qui n'était pas le cas pour le petit peuple confronté tous les jours à des choix difficiles. L'origine d'un marché parallèle, dans lequel s'écoulaient des faux zaïres, des faux dollars et autres monnaies, tire son origine de cette situation. Dans ce marché, les agents de change n'avaient pas besoin de détecteur de fausse monnaie. Avec leur doigté, ils étaient capables de distinguer un vrai billet d'un faux.

C'est donc à juste titre que le nouveau pouvoir a décidé une réforme monétaire et l'avait inscrite sur la liste des priorités. Initialement prévue pour le 31 décembre 1997, elle fut logiquement retardée car toutes les conditions n'étaient pas réunies. A notre sens, l'état de délabrement économique imposait une période d'observation d'une stabilité d'une année environ. C'est ce qui se fait. Le lancement du nouveau franc a lieu ce 30 juin. Cette datte n'est pas fortuite, elle coïncide avec la commémoration du 38è anniversaire de l'indépendance du Congo et peut être donc considérée comme la date de renaissance économique du pays.

Certains compatriotes prônent un boycott du franc congolais. C'est une attitude dont notre groupe se désolidarise totalement. Elle est irresponsable et en même temps non défendable au regard de la situation que nous venons de décrire. Mais que veulent-ils réellement ? Que notre pays devienne un appendice des Etats-Unis avec comme monnaie officielle le dollar ou garder quatre zones monétaires dans un même Etat ? De plus, la population avait entièrement perdu la confiance dans cette monnaie, une raison essentielle de la retirer. Dans l'histoire de l'humanité, il n'existe pas une seule nation qui ait prospéré avec une monnaie étrangère car la monnaie est étroitement liée à l'économie réelle. Il n'y a pas donc de raison qu’il en soit autrement pour la RDC. Si pour certains on peut imaginer aisément le désarroi de voir réussir le nouveau pouvoir là où il savaient échoué - ce qui démontreraient alors leur incompétence notoire - pour d'autres par contre, on peut comprendre leur intransigeance. Car c'est bien facile de crier et de s'agiter depuis l'Europe ou les Etats-Unis, de demander aux autres de continuer une lutte qu'ils ont menée depuis des années. Il s'agit tout simplement de demander au petit peuple resté dans le pays de se serrer la ceinture pendant que l'on est soi-même à l'abri. Ces gens-là doivent réfléchir à deux fois avant de lancer des mots d'ordre inutiles. Du reste, de qui ont-ils reçu le mandat? Le Congolais est aujourd'hui un citoyen responsable qui doit se déterminer en fonction de ce qui est d'abord bon pour lui.

Il faut faire confiance au gouverneur de la Banque Centrale qui est décidé à mener à bien cette mission. Avant le lancement du nouveau franc, il a parcouru tout le pays pour expliquer aux utilisateurs. Le gouvernement a décidé de mener cette opération sans le concours extérieur, hormis l'impression des billes. Même ici, il faut montrer à la face du monde que le Congo peut réussir avec ses moyens propres. Les chose ne seront pas simples, mais il faut d'abord croire en nous-mêmes au lieu de compter sur la "communauté internationale", qui est bien restée insensible à la dégradation et à la paupérisation de notre pays.

La rédaction.

Jérémy Mwanga
(j-mangalaboyi@chru-lille.fr)
CERDEC
68, rue du Marché
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