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Méfiez-vous des sophistes
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Bernard Ilunga
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Chers compatriotes,

Nous sommes en Grèce. Quelques siècles avant la naissance de Jésus. Des hommes se réveillent le matin, se dirigent sur la place publique et parlent. Ils parlent de tout et de rien. Leurs discours sont beaux et séduisants. Des foules accourent, leur prêtent l’oreille, les applaudissent souvent. Ces messieurs croient détenir la vérité, ou plutôt, ils disent qu’il n’y a pas de vérité. L’un d’eux laissera à la postérité cette formule qui résume à merveille leur enseignement : "L’homme est la mesure de toutes choses". C’est-à-dire que la vérité n’existe nulle part ailleurs que dans cet homme individuel. Cette feuille blanche, sur laquelle j’écris, pour donner un exemple, je peux décider qu’elle soit rouge et personne ne peut me contredire puisque "je suis la mesure de toutes choses". Ce blanc de la feuille, l’est pour tel homme individuel, et non pour tel autre. Grosso modo, je suis le seul qui puisse décider de la vérité des choses. Nous tombons ainsi dans le relativisme total. Certains de ces beaux parleurs se plaisaient tout simplement à semer le trouble dans l’esprit de leurs auditeurs. Ils disaient, par exemple, que le cheval est à la fois grand et petit. Et quand on leur demandait comment, ils répondaient : "Eh bien, le cheval est grand par rapport au chat et petit par rapport à l’éléphant". Ces hommes ont reçu le nom de sophistes. Leurs discours ont été pernicieux pour la science, la pensée, la morale, la vie humaine tout court. De là vient que les grands penseurs de l’humanité, Socrate, Platon, Aristote..., engageront une lutte sans merci contre eux. Aristote, par exemple, pose le principe de non-contradiction. Il dit aux sophistes qu’il est impossible que le cheval soit en même et sous le même rapport grand et petit...

La race des sophistes n’a pas encore disparu. Et il en existe même chez nous en RDC. Les sophistes, chez nous, c’est tous ces messieurs qu’on appelait "parlementaires debout". Que faisaient-ils d’autre sinon que semer le trouble dans l’esprit de leurs auditeurs ? En veste et cravate (Dieu seul sait où ils les trouvaient), debout sur la place publique, à Kinshasa, ils vous tenaient des discours qui n’avaient ni tête ni queue. Et dommage, on les écoutait, la foule les écoutait ! La foule a toujours été naïve. Les sophistes, c’est ces grands messieurs, disons présidents des partis politiques rachitiques et boulimiques qui se posaient sur l’échiquier politique de notre pays en s’opposant, rien qu’en s’opposant aux autres partis, sans programme, sans charte, sans rien d’autre qui, à vrai dire, fait qu’un parti politique soit justement un parti politique. Avec une aisance déconcertante, ces messieurs maniaient l’injure, la calomnie, le mensonge... Leur force était justement dans le mensonge. Les sophistes, c’est ces messieurs qui tablent encore sur le tribalisme, le régionalisme. Ils vous disent : "On vous déteste puisque vous êtes plus intelligents que les autres, plus beaux que les autres, plus riches que les autres, plus malins que les autres". Les sophistes, c’est ces hommes politiques qui vous disent par de beaux discours qu’ils travaillent pour votre bien, alors qu’ils sont en train de renflouer leurs comptes bancaires en Suisse ou ailleurs. Les sophistes, c’est ces compatriotes convertis en pasteurs, après de longues années de débauche politique, morale, intellectuelle, spirituelle... et qui vous parlent maintenant, avec le trémolo dans la voix, de Jésus-Christ Sauveur. A la première occasion, ils retournent à leurs vieilles pratiques. Et dès que vous parlez d’eux, ils vous insultent aussi facilement qu’ils prêchent la "Bonne Nouvelle". Les sectes, chez nous au pays, sont pleins de sophistes. Les sophistes, c’est aussi tous ces grands et petits chefs de nos Eglises dont la vie contraste fort avec leurs enseignements. Je crois savoir que le Christ a envoyé ses apôtres pour enseigner d’abord et avant tout avec leur témoignage de vie. Les paroles viennent confirmer ce que la vie dit déjà par elle-même. Non, je ne juge pas, je constate. Les sophistes, c’est sont ces professeurs, et ils sont nombreux, qui refusent d’être contredits par leurs étudiants, au mépris de l’adage selon lequel "la vérité jaillit du choc des idées". Le sophiste, c’est ce chef de collectivité qui, dans son petit rayon de travail, vous déclare, tout fier : "Ici, l’Etat, c’est moi". Mais, monsieur le chef de collectivité, depuis quand l’Etat s’identifie à un individu, fût-il président de la République ? Les sophistes, c’est ces écrivains des journaux inféodés aux partis politiques... Pour eux, la vérité se trouve seulement dans leurs respectifs partis. Les sophistes, c’est, (pour parler de nous qui participons aux débats sur le forum de congonline et de congo2000) ces messieurs qui vous avancent des informations inventées par eux-mêmes. Quelqu’un nous disait sur ce net que Kabila (je ne suis pas kabiliste, ni d’ailleurs anti-kabiliste ; si c’est nécessaire de le répéter, je réaffirme que je ne fais partie d’aucun "isme") est atteint de malaria cérébrale, un autre qu’il a l’épilepsie. Mais, messieurs, où avez-vous trouvé ces informations ? Etes-vous entrés en contact avec les médecins de Kabila ? Le discours sophiste peut aussi revêtir les formes d’un exposé très technique. Faisons attention. Si mon fils m’a piqué 100 francs, et j’en suis convaincu alors que vous, vous vous efforcez de me dire avec brio qu’en vertu des règles de la psychanalyse, par exemple, il n’a pas volé, là alors, je vous dis que vous êtes sophiste.

Le sophiste cherche à racoler, à vaincre. Il est a priori convaincu d’avoir raison. Et il met en jeu tant d’artifices et d’astuces de la parole. Et si, malgré cela, il ne réussit pas, il verse dans la violence verbale. Il peut même en arriver à l’injure. L’injure dans la conversation ou le dialogue trahit une certaine frustration de l’esprit : on veut convaincre ou vaincre, mais on ne réussit pas par les voies "normales", alors... Les sophistes, c’est aussi ces hommes cultivés qui se sont une fois pour toutes refusés à se mettre à l’écoute de simples gens. La vérité habite aussi les simples gens. Et d’ailleurs, plus on est cultivé, plus on est ouvert même aux simples gens. Un signe d’une véritable culture : la modestie. Et justement, les sophistes pèchent par leur immodestie. Ils savent, et les autres ne savent pas. Le sage Socrate, qui était juste le contraire d’un sophiste disait : "Tout ce que je sais ce que je sais que je ne sais rien". Pour dépister les sophistes, voyez seulement leur immodestie intellectuelle.

Chers compatriotes, la liste des sophistes peut être allongées. Arrêtons ici. L’important c’est d’ouvrir grand nos yeux pour dépister ces sophistes et les mettre hors d’état de nuire. La première attitude à adopter, c’est développer l’esprit critique. Ne pas gober tout ce que l’on vous dit, pas même tout ce que l’on écrit, même dans les livres, encore moins sur ce forum. Quand vous tombez sur une information, demandez-vous : "Qui est celui qui nous informe ? Et pourquoi nous informe-t-il ? Et où a-t-il puisé son information ? Quel but poursuit-il ? etc.". N’avalez rien de ce qu’on vous sert sans vous demander d’où ça vient. Sachons distinguer le vrai du faux, le beau du laid (ici nous sommes dans le camp moral), l’utile de l’inutile... Bref, méfiez-vous des sophistes ! ! !

Voilà, celle-ci est ma dernière livraison sur ce forum, du moins pour au moins trois mois. Demain, je voyage. Comme l’Abraham biblique, je suis un nomade, un nomade qui se refuse obstinément à se sédentariser. Le monde est mon pays. J’ai choisi d’être nomade, d’être un citoyen du monde. Cependant, congonline et congo2000 vont me manquer. Je le sens déjà. J’ai assisté à la naissance de ces deux sites. Et je peux vous avouer que je suis l’un de leurs clients les plus fidèles. Tous les messages arrivés sur leur forum, depuis le début, je les ai lus. D’abord, j’étais un simple lecteur ; je ne voulais pas participer aux échanges d’idées. Mais un lundi de mai, le 04 précisément, j’ai été malgré moi poussé à intervenir, après lecture de l’article de la demoiselle J. Kanga. Et depuis lors, assez régulièrement j’ai donné ma voix sur ce forum, et je ne le regrette pas. Je remercie donc mademoiselle J. Kanga de m’avoir, malgré elle, incité à parler. Doivent aussi être remerciés messieurs Emmanuel Makondambuta et Michel Léonard, eux grâce à qui congonline est venu à l’existence. Emmanuel, vous êtes un vrai nationaliste, oh pardon ! un vrai patriote. Michel, je pense que les congolais doivent inscrire votre nom sur la liste de vrais amis du Congo. Méritent aussi d’être remerciés tous ceux qui donnent de leur temps et de leur poche pour que vive congo2000.

Sur les forums, j’ai rencontré des têtes pensantes. Des noms me sont devenus désormais familiers. Je me suis efforcé de comprendre les préoccupations des uns et des autres. Je comprends la véhémence du ton de Biminayi, j’apprécie la pondération et le souci de rigueur de Kabundi, la modération et le style de Sassa ; j’apprécie les intuitions féminines de madame Libambu Schiller, des intuitions qu’elle expose et défend avec une ardeur et un courage viriles. Elle est l’une de rares dames à s’exprimer sur le forum. J’aime le ton de F. Kazadi, de Beya, etc ; je lis volontiers les articles de Corneille Kazadi, de Jules de Tibeiro, de La Firenze, etc. Je comprends enfin que bien des compatriotes puissent laisser déborder leur colère sur ce forum. Qu’on le veuille ou non, le forum fait aussi fonction d’exutoire. Cependant, j’avoue avoir du mal à excuser l’injure. Celle-ci nuit d’abord et avant tout à son auteur...

La beauté de congonline, c’est son indépendance (idem pour congo2000). Toutes les tendances s’y coudoient. Et même, sur ce forum, les extrêmes se rejoignent : les mobutistes côtoient les tshisékedistes, les kabilistes palabrent avec les autres ; les nimistes (avocats de Nimy) engagent une discussion passionnée avec les animistes (les procureurs de Nimy). Les indépendantistes, pardon ! je voulais dire les indépendants s’expriment librement. Je suis content d’avoir été témoin, et parfois acteur de ces débats. Et je me suis toujours efforcé de garder la tête froide, bien que parfois ce m’eût été difficile. Avant-hier, j’ai tiqué en lisant l’article du sieur Manza Mamboté... et j’ai réagi sur le champ sans avoir pris le temps de laisser ma tête se refroidir. S’il s’est senti froissé, qu’il veuille bien ne pas m’en tenir rigueur. L’erreur est humain. Toutefois, je réaffirme que je ne suis pas d’accord avec ses idées.

Voilà, je vous laisse. Demain matin, j’allumerai encore mon ordinateur et entrerai pour la dernière fois (avant mon voyage) dans congonline et congo2000, au moins pour voir comment cet article se présente sur le forum. Et puis... Au plaisir de vous lire, pourvu que congonline ne s’éteigne pas le 12 juillet prochain. Entre temps, je vous le recommande : MEFIEZ-VOUS DES SOPHISTES !

Congolaisement vôtre,

Bernard Ilunga

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