Chers compatriotes,
Nous sommes en Grèce. Quelques siècles
avant la naissance de Jésus. Des hommes se réveillent le matin, se dirigent sur la place
publique et parlent. Ils parlent de tout et de rien. Leurs discours sont beaux et
séduisants. Des foules accourent, leur prêtent loreille, les applaudissent
souvent. Ces messieurs croient détenir la vérité, ou plutôt, ils disent quil
ny a pas de vérité. Lun deux laissera à la postérité cette formule
qui résume à merveille leur enseignement : "Lhomme est la mesure de
toutes choses". Cest-à-dire que la vérité nexiste nulle part ailleurs
que dans cet homme individuel. Cette feuille blanche, sur laquelle jécris, pour
donner un exemple, je peux décider quelle soit rouge et personne ne peut me
contredire puisque "je suis la mesure de toutes choses". Ce blanc de la feuille,
lest pour tel homme individuel, et non pour tel autre. Grosso modo, je suis le seul
qui puisse décider de la vérité des choses. Nous tombons ainsi dans le relativisme
total. Certains de ces beaux parleurs se plaisaient tout simplement à semer le trouble
dans lesprit de leurs auditeurs. Ils disaient, par exemple, que le cheval est à la
fois grand et petit. Et quand on leur demandait comment, ils répondaient : "Eh
bien, le cheval est grand par rapport au chat et petit par rapport à
léléphant". Ces hommes ont reçu le nom de sophistes. Leurs discours
ont été pernicieux pour la science, la pensée, la morale, la vie humaine tout court. De
là vient que les grands penseurs de lhumanité, Socrate, Platon, Aristote...,
engageront une lutte sans merci contre eux. Aristote, par exemple, pose le principe de
non-contradiction. Il dit aux sophistes quil est impossible que le cheval soit en
même et sous le même rapport grand et petit...
La race des sophistes na pas encore
disparu. Et il en existe même chez nous en RDC. Les sophistes, chez nous, cest tous
ces messieurs quon appelait "parlementaires debout". Que faisaient-ils
dautre sinon que semer le trouble dans lesprit de leurs auditeurs ? En
veste et cravate (Dieu seul sait où ils les trouvaient), debout sur la place publique, à
Kinshasa, ils vous tenaient des discours qui navaient ni tête ni queue. Et dommage,
on les écoutait, la foule les écoutait ! La foule a toujours été naïve. Les
sophistes, cest ces grands messieurs, disons présidents des partis politiques
rachitiques et boulimiques qui se posaient sur léchiquier politique de notre pays
en sopposant, rien quen sopposant aux autres partis, sans programme,
sans charte, sans rien dautre qui, à vrai dire, fait quun parti politique
soit justement un parti politique. Avec une aisance déconcertante, ces messieurs
maniaient linjure, la calomnie, le mensonge... Leur force était justement dans le
mensonge. Les sophistes, cest ces messieurs qui tablent encore sur le tribalisme, le
régionalisme. Ils vous disent : "On vous déteste puisque vous êtes plus
intelligents que les autres, plus beaux que les autres, plus riches que les autres, plus
malins que les autres". Les sophistes, cest ces hommes politiques qui vous
disent par de beaux discours quils travaillent pour votre bien, alors quils
sont en train de renflouer leurs comptes bancaires en Suisse ou ailleurs. Les sophistes,
cest ces compatriotes convertis en pasteurs, après de longues années de débauche
politique, morale, intellectuelle, spirituelle... et qui vous parlent maintenant, avec le
trémolo dans la voix, de Jésus-Christ Sauveur. A la première occasion, ils retournent
à leurs vieilles pratiques. Et dès que vous parlez deux, ils vous insultent aussi
facilement quils prêchent la "Bonne Nouvelle". Les sectes, chez nous au
pays, sont pleins de sophistes. Les sophistes, cest aussi tous ces grands et petits
chefs de nos Eglises dont la vie contraste fort avec leurs enseignements. Je crois savoir
que le Christ a envoyé ses apôtres pour enseigner dabord et avant tout avec leur
témoignage de vie. Les paroles viennent confirmer ce que la vie dit déjà par
elle-même. Non, je ne juge pas, je constate. Les sophistes, cest sont ces
professeurs, et ils sont nombreux, qui refusent dêtre contredits par leurs
étudiants, au mépris de ladage selon lequel "la vérité jaillit du choc des
idées". Le sophiste, cest ce chef de collectivité qui, dans son petit rayon
de travail, vous déclare, tout fier : "Ici, lEtat, cest moi".
Mais, monsieur le chef de collectivité, depuis quand lEtat sidentifie à un
individu, fût-il président de la République ? Les sophistes, cest ces
écrivains des journaux inféodés aux partis politiques... Pour eux, la vérité se
trouve seulement dans leurs respectifs partis. Les sophistes, cest, (pour parler de
nous qui participons aux débats sur le forum de congonline et de congo2000) ces messieurs
qui vous avancent des informations inventées par eux-mêmes. Quelquun nous disait
sur ce net que Kabila (je ne suis pas kabiliste, ni dailleurs anti-kabiliste ;
si cest nécessaire de le répéter, je réaffirme que je ne fais partie
daucun "isme") est atteint de malaria cérébrale, un autre quil a
lépilepsie. Mais, messieurs, où avez-vous trouvé ces informations ?
Etes-vous entrés en contact avec les médecins de Kabila ? Le discours sophiste peut
aussi revêtir les formes dun exposé très technique. Faisons attention. Si mon
fils ma piqué 100 francs, et jen suis convaincu alors que vous, vous vous
efforcez de me dire avec brio quen vertu des règles de la psychanalyse, par
exemple, il na pas volé, là alors, je vous dis que vous êtes sophiste.
Le sophiste cherche à racoler, à
vaincre. Il est a priori convaincu davoir raison. Et il met en jeu tant
dartifices et dastuces de la parole. Et si, malgré cela, il ne réussit pas,
il verse dans la violence verbale. Il peut même en arriver à linjure.
Linjure dans la conversation ou le dialogue trahit une certaine frustration de
lesprit : on veut convaincre ou vaincre, mais on ne réussit pas par les voies
"normales", alors... Les sophistes, cest aussi ces hommes cultivés qui se
sont une fois pour toutes refusés à se mettre à lécoute de simples gens. La
vérité habite aussi les simples gens. Et dailleurs, plus on est cultivé, plus on
est ouvert même aux simples gens. Un signe dune véritable culture : la
modestie. Et justement, les sophistes pèchent par leur immodestie. Ils savent, et les
autres ne savent pas. Le sage Socrate, qui était juste le contraire dun sophiste
disait : "Tout ce que je sais ce que je sais que je ne sais rien". Pour
dépister les sophistes, voyez seulement leur immodestie intellectuelle.
Chers compatriotes, la liste des sophistes
peut être allongées. Arrêtons ici. Limportant cest douvrir grand nos
yeux pour dépister ces sophistes et les mettre hors détat de nuire. La première
attitude à adopter, cest développer lesprit critique. Ne pas gober
tout ce que lon vous dit, pas même tout ce que lon écrit, même dans les
livres, encore moins sur ce forum. Quand vous tombez sur une information,
demandez-vous : "Qui est celui qui nous informe ? Et pourquoi nous
informe-t-il ? Et où a-t-il puisé son information ? Quel but
poursuit-il ? etc.". Navalez rien de ce quon vous sert sans vous
demander doù ça vient. Sachons distinguer le vrai du faux, le beau du laid (ici
nous sommes dans le camp moral), lutile de linutile... Bref, méfiez-vous des
sophistes ! ! !
Voilà, celle-ci est ma dernière
livraison sur ce forum, du moins pour au moins trois mois. Demain, je voyage. Comme
lAbraham biblique, je suis un nomade, un nomade qui se refuse obstinément à se
sédentariser. Le monde est mon pays. Jai choisi dêtre nomade, dêtre
un citoyen du monde. Cependant, congonline et congo2000 vont me manquer. Je le sens
déjà. Jai assisté à la naissance de ces deux sites. Et je peux vous avouer que
je suis lun de leurs clients les plus fidèles. Tous les messages arrivés sur leur
forum, depuis le début, je les ai lus. Dabord, jétais un simple
lecteur ; je ne voulais pas participer aux échanges didées. Mais un lundi de
mai, le 04 précisément, jai été malgré moi poussé à intervenir, après
lecture de larticle de la demoiselle J. Kanga. Et depuis lors, assez régulièrement
jai donné ma voix sur ce forum, et je ne le regrette pas. Je remercie donc
mademoiselle J. Kanga de mavoir, malgré elle, incité à parler. Doivent aussi
être remerciés messieurs Emmanuel Makondambuta et Michel Léonard, eux grâce à qui
congonline est venu à lexistence. Emmanuel, vous êtes un vrai nationaliste, oh
pardon ! un vrai patriote. Michel, je pense que les congolais doivent inscrire votre
nom sur la liste de vrais amis du Congo. Méritent aussi dêtre remerciés tous ceux
qui donnent de leur temps et de leur poche pour que vive congo2000.
Sur les forums, jai rencontré des
têtes pensantes. Des noms me sont devenus désormais familiers. Je me suis efforcé de
comprendre les préoccupations des uns et des autres. Je comprends la véhémence du ton
de Biminayi, japprécie la pondération et le souci de rigueur de Kabundi, la
modération et le style de Sassa ; japprécie les intuitions féminines de
madame Libambu Schiller, des intuitions quelle expose et défend avec une ardeur et
un courage viriles. Elle est lune de rares dames à sexprimer sur le forum.
Jaime le ton de F. Kazadi, de Beya, etc ; je lis volontiers les articles de
Corneille Kazadi, de Jules de Tibeiro, de La Firenze, etc. Je comprends enfin que bien des
compatriotes puissent laisser déborder leur colère sur ce forum. Quon le veuille
ou non, le forum fait aussi fonction dexutoire. Cependant, javoue avoir du mal
à excuser linjure. Celle-ci nuit dabord et avant tout à son auteur...
La beauté de congonline, cest son
indépendance (idem pour congo2000). Toutes les tendances sy coudoient. Et même,
sur ce forum, les extrêmes se rejoignent : les mobutistes côtoient les
tshisékedistes, les kabilistes palabrent avec les autres ; les nimistes (avocats de
Nimy) engagent une discussion passionnée avec les animistes (les procureurs de Nimy). Les
indépendantistes, pardon ! je voulais dire les indépendants sexpriment
librement. Je suis content davoir été témoin, et parfois acteur de ces débats.
Et je me suis toujours efforcé de garder la tête froide, bien que parfois ce meût
été difficile. Avant-hier, jai tiqué en lisant larticle du sieur Manza
Mamboté... et jai réagi sur le champ sans avoir pris le temps de laisser ma tête
se refroidir. Sil sest senti froissé, quil veuille bien ne pas
men tenir rigueur. Lerreur est humain. Toutefois, je réaffirme que je ne suis
pas daccord avec ses idées.
Voilà, je vous laisse. Demain matin,
jallumerai encore mon ordinateur et entrerai pour la dernière fois (avant mon
voyage) dans congonline et congo2000, au moins pour voir comment cet article se présente
sur le forum. Et puis... Au plaisir de vous lire, pourvu que congonline ne séteigne
pas le 12 juillet prochain. Entre temps, je vous le recommande : MEFIEZ-VOUS DES
SOPHISTES !
Congolaisement vôtre,
Bernard Ilunga |