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Mr. Albert Ngama, une autre idéologie!
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Ilunga Bernard
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Cher monsieur Albert Ngama,

Votre longue tirade, écrite en réponse à l’interpellation de monsieur Sassa, m’a démocratiquement jeté hors de mes gonds. Et à ce moment précis où je vous écris, j’enrage devant mon ordinateur. Grand Dieu, comment est-ce possible des choses pareilles ? Vous me direz que la colère, ce n’est pas très démocratique, et vous aurez raison. Mais il y a une sorte de colère démocratique... Mr. Ngama, vous nous embobinez ; vous vous efforcez (vainement) de nous faire avaler des couleuvres ; vous nous jetez de la poudre aux yeux. Et permettez-moi de vous faire remarquer que c’est pas très sérieux de la part d’un intellectuel de votre calibre. A la fin, me demandé-je, le mobutisme est né du mensonge, a vécu et survécu du mensonge, est mort (du moins comme pouvoir politique) de son mensonge ; eh bien, ce mobutisme-là, revivra-t-il, ressuscitera-t-il du même mensonge létal ? Non, Mr Ngama, présentez-nous une AUTRE VERSION DU MOBUTISME !  Il y a urgence ! Car, ne vous bercez pas d’illusions, les Congolais ne laisseront plus jamais survivre sur leur terre ce système maudit, corrompu et corrompant tout ce qu’il touche. Les Congolais combattront jusqu’au sacrifice suprême, s’il le faut, votre système qui s’était donné comme tâche principale d’étouffer la vie partout où elle éclosait. Le mobutisme, comme système politique mortifère, est bel et bien mort, soyez-en convaincu cher monsieur Ngama. Ou si, agonisant, il n’a pas encore rendu l’âme, soyez tranquille monsieur, le peuple Congolais lui donnera le coup de grâce. Le mobutisme, comme "la mort faite système" : RIP ! (requiescat in pace). Le matin du 12 mai 1990, j’étais sur le campus universitaire de Lubumbashi . Pour rappel, la nuit de ce jour-là, il y avait eu le fameux massacre des étudiants... Ce matin-là, disais-je, je n’en crus pas mes yeux ! Et toute cette journée-là, j’étais à me demander comment était-il possible qu’on en arrivât là. Comment était-il possible que le pouvoir politique (le "mobutisme", puisqu’il s’agit de lui), appelé à protéger la population, comment était-il possible que ce pouvoir-là conçût, organisât, planifiât une chose si épouvantable, si abjecte ? A partir de ce matin-là, je me suis donné à moi-même une définition du mobutisme que j’opposerais désormais à toutes les belles définitions apprises dans les interminables cours de civisme et éducation politique. Le mobutisme, c’est (c’était) la mort faite système. Oui, le gâchis rencontré ce matin-là à l’UNILU me donna la clé de lecture de ce système dont tant de chantres forcenés nous vantaient les merveilles matin, midi et soir, sans oublier la nuit et l’aurore. Mr. Ngama, pour que vous soyez digne de confiance, dites-nous que le mobutisme dont vous vous réclamez n’est pas celui-ci. Dites-le nous d’urgence et sans tergiverser. Et même, je vous suggérerais de changer carrément le nom de votre... appelons-la idéologie, histoire de ne pas créer de confusion avec l’ancienne. Car, ne soyons pas sourds, le simple nom de mobut... suscite chez le peuple Congolais (du moins la majorité) des sentiments de dégoût et de rejet presque instinctifs. Tout ce qui se rapporte au mobutisme, c’est désormais du vomitif, ou plutôt, de la vomissure !  Changer le nom de votre... idéologie, monsieur. Appelez-la, par exemple, du ngamisme (c’est une suggestion).

Mr Sassa a demandé aux mobutistes "doctrinaux" de nous dire ce qu’ils entendaient par "mobutisme". Autrement dit, si j’ai bien compris sa question, Mr. Sassa a demandé aux mobutistes de nous dire comment ils se positionnent, comment ils se (re)définissent aujourd’hui. L’interpellation n’était donc aucunement une invitation à entonner encore une fois de plus les louanges d’un homme qui, de son vivant même, a été vomi par presque tous ses compatriotes, et pour cause ! Sauf évidemment par les siens, c’est-à-dire ceux de son clan auxquels il faut ajouter cette longue liste des lèche-culs actuellement en débandade dans le monde entier.

Je vous fais remarquer, en passant, que la construction du barrage d’Inga n’est pas à mettre sur le compte des réalisations du feu le président du Zaïre, bien au contraire, c’est à inscrire à son passif. Lisez Jean-Claude Willame, Zaïre, l’épopée d’Inga. Chronique d’une prédation industrielle, Paris, l’Harmattan, (je ne me rappelle pas exactement l’année). L’authenticité prônée par lui n’était pas très très authentique, c’était une vaste mystification : le résultat, on l’a vu quelques deux ans après, et plus clairement encore à la fin du règne... Un mobutiste, dites-vous, "c’est quelqu’un qui manifesterait de l’attachement en (sic) la personne du président Mobutu, mais aussi une sorte de préférence par rapport à ses idées et actions". Monsieur Ngama, comment rendrez-vous compte de votre attachement aux idées et aux actions délétères ? Je ne dis pas que tout a été mauvais dans ces idées et ses actions, mais comme je répondais à quelqu’un sur ce même net, c’est la fin de la vie d’un homme qui sanctionne finalement ce qu’aura été ladite vie. En outre, je l’ai aussi déjà dit sur ce net, le sens de l’histoire est global, et jamais parcellaire. Le sens global de l’histoire du mobutisme est... vous le connaissez déjà, monsieur Ngama, à moins de ne pas être de ce monde-ci. Avant même d’aller au sens global du mobutisme, on peut à bon droit vous demander quelles sont les idées et les actions de Mobutu auxquelles vous vous accrochez ? Ces idées et ces actions : voler, torturer, tuer, emprisonner, ne pas payer les fonctionnaires, faire des remaniements ministériels tous les trois mois (de peur d’être victime d’un coup d’Etat), mettre à la tête de l’armée et des services de sécurité les gens de son ethnie, se payer des châteaux en Suisse, renflouer ses comptes bancaires dans le même pays au mépris de toute morale, se proclamer maréchal d’une armée en pleine décomposition (laquelle armée était devenue l’ennemi n°2 du peuple), se refuser carrément à entretenir, les écoles, les routes et d’autres "monuments" sociaux que nous avaient laissées les colons, le "olinga, olinga te, tu fais partie du MPR", la déflation sans précédent et sans fin, des milliers d’enfants des rues sacrifiés, vivant "au taux du jour", la corruption à tous les niveaux... Grâce du reste ! Si le mobutisme est ainsi, alors, ça ne vaut même pas la peine qu’on en discute. Et ma conviction est que l’on ne peut même pas espérer amender ce système naturellement, fondamentalement et fatalement générateur de mort. La preuve en est que le peu de mobutistes qui ont le courage (et toutes mes félicitations !) de s’exprimer sur ce net, se réfère plus au passé qu’au présent et au futur pour définir leur système, ou rendre raison de leur adhésion audit système. Comme pour dire que leur avenir est dans le passé. Et quelque chose qui a son futur dans le passé, c’est une chose déjà finie !

Conclusion : en bref, monsieur Ngama, inventez-nous autre chose... Laissez le mobutisme se reposer en paix (RIP) ! Je pense que un homme aussi intelligent que vous ne peut être à court d’idées. Imitez monsieur Nimy : il a fondé un parti qui s’appelle FRR (lisez fleurs, ou plutôt frère, encore qu’on puisse se demander frère de qui ?). Offrez-nous quelque chose de beau, de neuf... Redéfinissez-vous, repositionnez-vous. Notre pays a besoin de tous ses fils pour sortir enfin des ornières où le mobutisme l’a foutu. En manière de lettre de créance au peuple Congolais, le mobutisme doit opérer un virage de 180°, autant dire qu’il doit mourir, et sur ses cendres poussera un autre mob... (non, le nom doit aussi mourir), je ne sais pas comment dire... disons sur ses cendres germera une autre idéologie (le ngamisme, par exemple, n’est-ce monsieur Ngama ?) qui aura pour but principal : la promotion de la vie. Voilà monsieur, mon point de vue démocratiquement formulé. Je suis pleinement conscient que je ne détiens pas le monopole de la vérité. Donc, ma conviction ne prétend pas jouir d’infaillibilité. Je la livre patriotiquement et démocratiquement à tous mes compatriotes, et surtout à ceux d’entre eux intéressés par le présent et le futur de notre Congo. Car si nous parlons, c’est, en dernière instance, pour le bien de notre pays, du moins, mes interventions sur ce net, je les inscris démocratiquement dans ce cadre.

Nous tenons, nous autres, aux idées, et nous convaincrons !

Un salut cordial à tous


Ilunga Bernard

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