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"A propos du nouveau Congo, Dire vrai en Belgique"
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Pierre Galand
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" J’aime ce pays, j’aime son peuple, j’aime son chef ", disait Wilfried Martens, Premier Ministre belge, rendant visite au Maréchal Mobutu au Zaïre en 1989.

Entre temps, il y avait eu un projet, celui de la Conférence Nationale Souveraine. Il plaisait aux Belges, surtout à l’alliance CVP-SP qui se retrouvait avec satisfaction dans le couple de tête de la conférence assurée par l’Archevêque Président, Mgr Monsengwo, et le Premier Ministre constitutionnel, Etienne Tshisekedi.

Tout baignait et en ce mois d’octobre 1995, Mgr Monsengwo était à Leuven, l’invité vedette de "Vierkant voor Afrika "1, une initiative des ONG flamandes. Quelle ne fut la surprise lorsque l’invité de marque, prenant la parole devant 25.000 personnes et un parterre d’hommes politiques flamands, se contenta de débiter quelques banalités. L’ensemble des éminences flamandes, réunies sur la place à Leuven, se regardèrent étonnées. Une partie de la fête fut ainsi gâchée.

1. Grand rassemblement des ONG de Flandre en faveur de l’Afrique.

Peu de temps après, Mgr Monsengwo démissionnait de la Présidence de la C.N.S., laissant tomber le Premier Tshisekedi. Ce dernier, confronté seul à Mobutu et ses amis franco-belges, n’allait pas tenir la route longtemps. Dans une ultime tentative visant à être, enfin, reconnu chef de gouvernement, le 20 novembre 1996, il se rendra à Nice auprès de Mobutu mourant. Il décrédibilisera ainsi, définitivement, le projet de démocratisation dont il était porteur.

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L’abandon de Mgr Monsengwo, signifiant aussi celui de l’Eglise catholique, fragilisa et décrédibilisa le projet de la Conférence Nationale Souveraine du Zaïre et créa un vide propice au dernier "come back " des fidèles de Mobutu.

Comme en 1994, ceux-ci se saisirent, fin 1995, de la question des réfugiés du Kivu pour exercer mille et un chantages sur la communauté internationale afin d’obtenir les appuis indispensables à leur survie et celle du Maréchal Président.

En juillet 1996, le Premier Ministre belge, Monsieur Dehaene, constatant l’emprise française croissante sur le Zaïre, s’engageait à reprendre la coopération belge avec le chef du Gouvernement zaïrois, M. Kengo wa Dondo.

De plus en plus préoccupé de la situation au Zaïre, les chefs d’Etat de la région considèrent alors qu’il s’agit d’un danger d’insécurité pour eux tous.

Cette inquiétude était doublée des nouvelles, trop longuement occultées, de la réalité dans les camps de réfugiés du Kivu. Tant à Bukavu qu’à Goma, au sein des camps, s’étaient reconstitués et équipés une armée forte de 40.000 hommes et un corps aussi important de milices interhamwe. Leur projet était clair : reconquérir le Rwanda et y parachever le plan génocidaire interrompu par l’entrée du F.P.R. à Kigali en 1994.

Dans cet imbroglio, dès la mi 1996, une Alliance politique de quatre partis congolais, l’A.F.D.L., dont L. D. Kabila est porte-parole, commence à faire parler d’elle. La France et ses amis, les Pères Blancs notamment, multiplient les efforts pour présenter cette initiative sous des aspects les plus défavorables. Avec l’aide canadienne et de l’Office Humanitaire de l’Europe (ECHO), un projet régional de couloir humanitaire sous contrôle international, va être avancé. Il s’agit, officiellement, de protéger les réfugiés rwandais mais, dans les faits, c’est d’une dernière tentative pour arrêter l’avancée des troupes de l’Alliance et d’apporter ainsi un ultime soutien au mobutisme défaillant dont il est question.

L’avancée des forces de l’Alliance se fait d’abord contre l’armée et les milices rwandaises camouflées dans les camps de réfugiés. Une guerre, dure et meurtrière, aura lieu, et lorsque milices génocidaires et ex-forces armées rwandaises se replient en direction de Kisangani, le flot de réfugiés rwandais délivrés de leurs sinistres maîtres chanteurs, rentre au pays sous les yeux ébahis de la communauté internationale. Dans leur déroute, les génocidaires poussent devant eux des civils rwandais qui leur servent de bouclier humain. Parmi eux, il y aura des milliers de morts, victimes de la chasse/poursuite et de la guerre.

En cette fin d’année 1996, l’Europe poussée par le couple franco-belge s’obstine et ne croit pas encore à la fin du mobutisme. Elle espère toujours une alternative négociée entre mobutistes et tshisekedistes. Kabila est présenté comme un prédateur. Seule l’avancée victorieuse des forces de l’A.F.D.L. crédibilise, petit à petit, un projet qui a pourtant le soutien de toutes les capitales africaines non contrôlées par Paris. Ce projet rencontre l’adhésion des populations zaïroises qui soutiennent l’avancée des forces de L.D. Kabila.

Début 1997, c’est fort de ses soutiens africains que Kabila résiste aux pressions occidentales en vue d’une solution négociée, qu’il annonce son arrivée à Kinshasa avant le 30 juin 1997 et son intention de gouverner le pays avec les seules forces qui n’ont pas "serré la main du dictateur ".

L’Alliance s’élargit chaque jour entre mi 1996 et début 1997. Les Congolais relégués aux confins du pays et à l’étranger affluent. Ce sont des nationalistes lumumbistes qui savent que le mobutisme va connaître son pire revers, que la fin de Mobutu est proche. Ils rêvent de pouvoir, enfin, réaliser la décolonisation manquée de juin 1960.

La tête pleine de projets, les forces de l’Alliance font leur entrée dans Kinshasa le 17 mai 1997.

La population, épuisée par 32 ans de dictature, les aide et espère un grand tournant dans l’histoire du pays.

Etienne Tshisekedi sait que les Européens détestent les lumumbistes, se méfient au plus haut point de Kabila et il en joue. Fort de la légitimité lui conférée par feu la Conférence Nationale Souveraine, plutôt que de soutenir franchement l’Alliance, il dénonce l’absence de démocratie.

Mi 1997, alors que les nouveaux ministres font l’inventaire catastrophique du désastre laissé par les gouvernements successifs de Mobutu, qu’ils s’essayent à relancer un Etat complètement inexistant et exsangue financièrement, les amis de Tshisekedi protestent contre l’absence de partis, l’échéance des élections fixée d’autorité pour 1999, l’interdiction de manifester à l’université et dans les rues de Kinshasa. Tshisekedi se croit encore incontournable et pense pouvoir compter sur ses amis en Europe.

Les Européens, Français et Belges, ne se privent pas de cette opportunité et un formidable lobby se met en place pour décrédibiliser le nouveau pouvoir congolais.

Les premiers résultats encourageants en matière de lutte contre le chaos laissé par les mobutistes : meilleure sécurité, réduction de la corruption, monnaie stabilisée, amélioration des paiements des fonctionnaires (enseignants et santé notamment), rétablissement des moyens de communication (routes, ports, aéroport), sont minimisés. Les Européens frustrés de leurs propres échecs au Rwanda, au Kivu et à Kinshasa, opposent à Kabila et son équipe, les morts du Kivu et la nécessité d’une enquête préalable avant d’engager une aide réelle en faveur de la reconstruction du pays.

Ils sont maigres les seuls Ecus européens qui ont été engagés au Congo depuis mai 1997.Il s’agit, essentiellement, de ceux qui avaient été promis à Mobutu début 1996 pour qu’il suspende le renvoi des réfugiés du Kivu.

Les aides promises par la Belgique ne le sont pas dans le cadre d’un accord bilatéral mais vont, essentiellement, aux ONG. L’aide américaine est, comme ailleurs en Afrique, des plus modestes. L’Europe est assise sur les fonds contractuellement dus au Congo par les accords de Lomé : des centaines de millions d’Ecus.

Par contre, les pressions du système financier international sont fortes pour amener le nouveau régime à honorer la dette et surtout la charge de la dette laissée par le mobutisme, dette de près de 15 milliards de $ US.

Ces pressions contrastent avec le peu d’enthousiasme et l’ensemble des arguments juridiques opposés à ceux qui tentent de voir clair et de récupérer les fortunes accumulées par les privilégiés de la dictature mobutiste sous forme de "biens mal acquis ". Ces biens et les fonds accumulés en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne mais aussi dans de nombreux pays africains dont l’Afrique du Sud, le Maroc et le Gabon, représentent quelque 22 milliards de dollars.

L’argent des mobutistes ne dort pas. Il circule en masse pour financer des achats d’armes, entretenir des foyers d’insécurité au Congo et principalement au Kivu.

Une fois encore, le Kivu est considéré comme base de déstabilisation des gouvernements congolais mais aussi rwandais et burundais. Le Soudan, tout proche, offre des pistes pour avions et charrois militaires. En Europe, l’argent circule aussi pour acheter, corrompre et organiser des réunions dites secrètes à Bruxelles, Paris, Genève en vue de présenter un prétendu projet de rechange à Kabila.

Une situation pourrie, propice à toutes les aventures, tel est l’héritage laissé par le mobutisme et ses alliés européens au peuple congolais en ce mois de juin 1998, 38 années après l’assassinat de Patrice Lumumba.

Loin d’imaginer que le peuple congolais est en droit, après 32 ans de spoliation, de bénéficier d’un contexte de paix et de sécurité indispensable à une relance économique, l’Europe refuse d’accorder ses chances à l’A.F.D.L. Un peuple continue, dans ces conditions, de subir un état grave de sous- développement.

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Entre-temps, les derniers mois, régionalement, les choses se compliquent car ceux qui ont soutenu la campagne de l’Alliance pour le renversement de Mobutu espéraient, également, que l’A.F.D.L. règle, au passage, quelques-uns uns de leurs problèmes. Le Congo, bien malgré lui, sert encore de base arrière tant à Savimbi et ses milices de l’UNITA, l’ennemi héréditaire du M.P.L.A. angolais, qu’aux ex-forces armées rwandaises et milices de l’ex-régime d’Habyarimana au Rwanda ainsi qu’aux opposants burundais et ougandais.

L’A.F.D.L. n’a pas répondu à ces genres d’attentes car ses objectifs étaient le Congo et Kinshasa. Les forces alliées africaines prêtées à L.D. Kabila n’étaient pas unies, ni coordonnées. Le sont-elles aujourd’hui ou s’agit-il encore de différents corps d’armées, telles des légions quelque peu étrangères ?

Internationalement, le gouvernement de L.D. Kabila, faisant son travail, a très vite déplu tant aux Américains qu’au F.M.I. Ils s’attendaient à un pouvoir fort prêt à transformer le Congo pacifié en un vaste "Supermarket " pour hommes d’affaires attirés par les énormes richesses et potentialités du pays. Or il y a des résistances fortes à brader le pays. Les dénationalisations n’ont pas eu lieu. Bien qu’impréparé, le Gouvernement cherche une voie qui allie la valorisation des richesses à une relance du développement du pays au profit des populations.

Les malentendus sont multiples entre ceux qui, avec une volonté affichée et réelle, tentent, côté Gouvernement, de réorganiser le pays et ceux qui, dans le pays au sein de la société civile, souhaitent un dialogue avec les autorités et ont des exigences fondées sur leur connaissance du pays et leur résistance au mobutisme.

Un fossé d’incompréhension, souvent basée sur des maladresses, des erreurs de communication, des susceptibilités dues aux blessures passées mais, parfois aussi, sur des paresses, intimidations, tentatives de corruption ou corruption active, orgueil déplacé, isolent les autorités de ceux avec lesquels elles doivent travailler dans le pays, en Afrique et dans le Monde.

Est-ce déjà trop tard ? Absolument pas.

L’A.F.D.L. a gagné le respect des Congolais en chassant le mobutisme et une nouvelle alliance doit, aujourd’hui, permettre de créer les nouvelles institutions, les nouvelles règles du jeu démocratique qui faciliteront l’adhésion des Congolais au développement futur de leur pays.

Une autre approche est aussi possible dans les rapports euro-africains et belgo-congolais.

Au Congo, vit un peuple chaleureux, ingénieux. Nous lui devons énormément dans la mesure où ses richesses, durant plus d’un siècle, nous ont grandement aidés dans notre développement. Il est temps d’en tenir compte et de changer notre approche pour un développement conjoint.

Aujourd’hui encore, il y a bien plus de choses qui rapprochent un Belge d’un Congolais que de beaucoup d’autres peuples. Le passé est fait d’une histoire commune, avec tout ce que cela comporte d’aventures tragiques et peu reluisantes, mais aussi de coopération à visage humain. Si un inventaire s’impose, il doit être fait de part et d’autre.

Pourquoi aurions-nous tout à dire à L.D. Kabila en matière des Droits de l’Homme, alors que lui, à l’inverse, devrait se taire sur le soutien belge à Mobutu, le pillage de son pays et les conséquences iniques, pour des générations de Congolais, de cette présence belge au Congo ?

Une nouvelle table ronde belgo-congolaise est-elle pensable après l’échec de celle de 1960 ? Un autre rendez-vous est-il imaginable ? Celui du développement conjoint, celui des intérêts réciproques, d’une coopération fondée sur le respect de quelques règles élémentaires toutes déjà contenues dans la charte Universelle des Droits de l’Homme et dans les différents sommets des Nations Unies pour la protection des droits économiques, sociaux, environnementaux, pour la promotion des droits de la femme et la promotion de l’habitat.

Nos responsables politiques sont timides, généralement parce qu’ils n’ont ni vision, ni compréhension des nouvelles donnes africaines. Frileusement retranchés derrière leurs conditionnalités démocratiques, ils cachent mal une incapacité à se mettre d’accord entre eux sur une nouvelle coopération en Afrique Centrale. La Belgique francophone et wallonne est favorable à un engagement en Afrique. La Ministre Présidente L. Onkelinx s’est rendue au Rwanda et le Président de la Cocof, le Bruxellois Hervé Hasquin, est allé à Kinshasa. Mais voilà, en Flandre, l’avis est différent. Pendant que le S.P. campe sur une vision qui a mal vieilli, sans même qu’il en prenne conscience, le C.V.P. est déchiré entre ses courants qui vont du pire soutien aux génocidaires et aux mobutistes à ceux qui pensent que la Démocratie chrétienne et l’Eglise catholique font partie de la solution à apporter aux déchirements et conflits dans cette région.

En refusant de donner ses chances à l’Alliance de L.D. Kabila, à cette génération qui, 32 ans durant, a combattu pour voir le jour où Mobutu et le mobutisme seraient vaincus et reprendre le rêve de Lumumba, nous prenons de lourdes responsabilités :

  1. Celle de rendre espoir aux familiers du tyran qui, en toute impunité, organisent chez nous des réunions et les plans de reconquête du pouvoir qui les a tellement servis et enrichis.
  2. Celle de radicaliser et d’isoler l’Alliance et le gouvernement de L.D. Kabila et d’empêcher ainsi le dialogue qui doit conduire à la mise en place urgente d’un Etat moderne, démocratique, développant le Congo.
  3. Celle, la plus grave, de contribuer par défaut à la déstabilisation et à l’insécurité croissante dans le pays et à ses frontières. Ceci a des effets graves de retard dans la reconstruction du pays, le forçant à maintenir une armée surnuméraire et équipée à grands frais.
  4.  

  5. Celle, la plus scandaleuse, de retarder, mois après mois, de contribuer avec les moyens appropriés à la réhabilitation de la santé, des écoles, des routes, des entreprises et à la relance de l’agriculture. Le scandale provient notamment de l’impasse faite sur les richesses accumulées par les mobutistes en Belgique et dans les banques de la place.

Un an après la déroute de Mobutu, il n’est pas trop tard pour oser parler franc avec les responsables du nouveau Congo R.D.C. et d’engager en commun un plan de coopération mobilisateur des compétences et des ressources pour un développement conjoint.

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L’internationalisme n’est pas un délit, que je sache. Nous avons à combattre les tenants de l’abandon ou du laisser faire. Nous avons à revendiquer un autre "vivre ensemble " belgo-congolais et euro-africain.

Kabila et ses amis font partie des rebelles de l’histoire. Avec les militants de l’A.F.D.L., il a, 32 ans durant, refusé de se résigner, d’abandonner le combat.

Loin de revendiquer un parcours sans faute, il offre cependant aujourd’hui une occasion de transformation de la société congolaise.

Cela dérange beaucoup l’establishment. C’est alors qu’il nous appartient de dire notre différence en osant apporter un appui sincère à ceux qui, aujourd’hui au Congo, tentent, dans des conditions plus que difficiles, de faire revivre le rêve de Lumumba. La société congolaise en regorge.

Critique et exigeant en terme des droits du peuple congolais à être maître de son destin, il faut l’être, tant vis-à-vis de la Communauté internationale que des nouvelles autorités de Kinshasa.

C’est dans cette perspective que nous devons construire les relations nouvelles et imaginer une coopération. Un espace nouveau est à créer car les instruments d’un tel projet sont inexistants. La coopération officielle, tant belge qu’européenne, se meurt.

N’en déplaise aux responsables des relations internationales de l'Etat Fédéral, la Belgique a encore une responsabilité citoyenne à exercer dans ses relations avec la République Démocratique du Congo.

Il n’existe pas de règles vertueuses qui feraient du business un moyen d’accroître, automatiquement, le bien-être populaire. Seuls le renforcement des projets fondés sur la solidarité, la redistribution de la richesse créée, le renforcement des organisations sociales, le partage du savoir et le respect des cultures, sont fondement de la démocratie. Le pluripartisme, la liberté d’association, la liberté d’expression qui contribuent à renforcer un tel projet, sont des fleurons. Nous nous devons d’y adhérer et pouvons y coopérer dans les relations belgo-congolaises renouvelées.

 

Pierre Galand

Président du "Forum pour un contrat de génération Nord-Sud ".

30 juin 1998

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