| Lexpérience dUnité Populaire
au Chili en 1970 a vécu un peu plus de trois années. Trois années au cours desquelles
une mobilisation populaire extraordinaire nest pas parvenue à structurer un projet
suffisamment puissant pour résister aux offensives multiples pour labattre. Parmi
ces offensives, celles des Chicago boys pour organiser la déstabilisation économique et
celle de la CIA pour organiser le coup détat militaire de Pinochet. Entre-temps, dautres expériences, comme celle de Sankara au
Burkina Faso, subiront la même loi. Le bras opérationnel étant cette fois celui de la
France.
Dans cette même foulée, les peuples et leurs
avant-gardes étant têtus, au Congo, les lumumbistes et leurs alliés ont conduit, 37 ans
après lassassinat de Lumumba, une alliance, lA.F.D.L., soutenue par un
mouvement populaire dopposition à Mobutu et au mobutisme.
Aujourdhui, comme précédemment, devant
lavancée populaire au Chili, au Burkina Faso, la communauté internationale utilise
les pressions sur le gouvernement en place, joue des contradictions et des mésententes
internes, alimente les projets nauséabonds de retour, même relifté, du mobutisme.
Sur le plan régional, les parrains du projet de
lAlliance (AFDL) dans les pays riverains du Congo, hésitent et sont réticents.
Leurs espérances de se débarrasser dun Mobutu gênant et déstabilisant mais aussi
dabattre au Congo leurs propres opposants (génocidaires hutus rwandais, milices
burundaises, mercenaires Savimbistes, etc.) sont déçues.
Aussi, en ce moment, il est clair quun projet, celui
de Lumumba des années 60, celui dun peuple épuisé et révolté par 32 ans de
mobutisme, sil a vu le jour, est déjà largement hypothéqué.
Kabila, dès quil a pris la route avec les
maquisards de lAFDL, a été combattu par les Occidentaux et tous les alliés
quils pouvaient mobiliser en Afrique.
La coalition des Congolais avec ceux qui, dans la région,
ont appuyé le projet de lAFDL, déplaisait aux Occidentaux. Il continue
dêtre combattu par ces mêmes puissances dès après le 17 mai 1997, jour de la
libération du Congo du mobutisme.
Dans le nouveau contexte international, cest un
très mauvais calcul. Aujourdhui, combattre ou refuser son soutien à lAFDL et
au gouvernement de Kinshasa, ce nest plus un enjeu Est-Ouest. Certains voudraient y
voir un enjeu Ouest-Ouest, USA-Europe, mais là encore, cest une absurdité.
Soutenir ceux qui sopposent à Kabila et à
lAFDL aujourdhui, cest refuser ses chances à un projet de
réhabilitation de la population congolaise.
En Occident, des alchimistes opportunistes, conscients de
ce que lalternative nest plus lUDPS, tentent déjà de présenter des
équipes de remplacement au gouvernement de L.D. Kabila.
Avec tous les moyens des " biens mal
acquis " durant le mobutisme, dautres vont plus loin et préparent les
troupes de mercenaires chargées de renverser Kabila et lAFDL.
Les gouvernements européens, en général, assistent en
spectateur à tout ce remue-ménage africain. Impuissants, parfois complices et estimant
que ce nest plus de leur intérêt propre (il ny a plus de return africain),
ils laissent faire et refusent par inertie de " donner leurs chances "
à ceux qui ont, avec détermination et continuité, mis fin au mobutisme.
Les efforts engagés pour redresser la situation tant dans
le domaine des infrastructures routières que portuaires, quen matière de santé,
déducation, dagriculture ou encore de sécurité et de redéploiement de la
fonction publique, sont négligés par un Occident frustré et blasé.
Cette absence dun appui réel, même sil avait
pu être accompagné de conditions en matière de droits de lhomme et de
démocratie, est une porte largement ouverte aux aventuriers prédateurs dun pays
aux ressources importantes.
La démocratie et le soutien au peuple congolais ne
trouvent pas leur compte à ce petit jeu. Est-il déjà écrit que lAlliance de L.D.
Kabila, parce quelle portait en elle les germes dune alternative populaire en
Afrique Centrale, connaîtra le sort de lUnité Populaire de S. Allende ou de la
révolution burkinabé de Sankara.
Pierre Galand. |