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Congo, Juin 1998
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Pierre Galand
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L’expérience d’Unité Populaire au Chili en 1970 a vécu un peu plus de trois années. Trois années au cours desquelles une mobilisation populaire extraordinaire n’est pas parvenue à structurer un projet suffisamment puissant pour résister aux offensives multiples pour l’abattre. Parmi ces offensives, celles des Chicago boys pour organiser la déstabilisation économique et celle de la CIA pour organiser le coup d’état militaire de Pinochet.

Entre-temps, d’autres expériences, comme celle de Sankara au Burkina Faso, subiront la même loi. Le bras opérationnel étant cette fois celui de la France.

Dans cette même foulée, les peuples et leurs avant-gardes étant têtus, au Congo, les lumumbistes et leurs alliés ont conduit, 37 ans après l’assassinat de Lumumba, une alliance, l’A.F.D.L., soutenue par un mouvement populaire d’opposition à Mobutu et au mobutisme.

Aujourd’hui, comme précédemment, devant l’avancée populaire au Chili, au Burkina Faso, la communauté internationale utilise les pressions sur le gouvernement en place, joue des contradictions et des mésententes internes, alimente les projets nauséabonds de retour, même relifté, du mobutisme.

Sur le plan régional, les parrains du projet de l’Alliance (AFDL) dans les pays riverains du Congo, hésitent et sont réticents. Leurs espérances de se débarrasser d’un Mobutu gênant et déstabilisant mais aussi d’abattre au Congo leurs propres opposants (génocidaires hutus rwandais, milices burundaises, mercenaires Savimbistes, etc.) sont déçues.

Aussi, en ce moment, il est clair qu’un projet, celui de Lumumba des années 60, celui d’un peuple épuisé et révolté par 32 ans de mobutisme, s’il a vu le jour, est déjà largement hypothéqué.

Kabila, dès qu’il a pris la route avec les maquisards de l’AFDL, a été combattu par les Occidentaux et tous les alliés qu’ils pouvaient mobiliser en Afrique.

La coalition des Congolais avec ceux qui, dans la région, ont appuyé le projet de l’AFDL, déplaisait aux Occidentaux. Il continue d’être combattu par ces mêmes puissances dès après le 17 mai 1997, jour de la libération du Congo du mobutisme.

Dans le nouveau contexte international, c’est un très mauvais calcul. Aujourd’hui, combattre ou refuser son soutien à l’AFDL et au gouvernement de Kinshasa, ce n’est plus un enjeu Est-Ouest. Certains voudraient y voir un enjeu Ouest-Ouest, USA-Europe, mais là encore, c’est une absurdité.

Soutenir ceux qui s’opposent à Kabila et à l’AFDL aujourd’hui, c’est refuser ses chances à un projet de réhabilitation de la population congolaise.

En Occident, des alchimistes opportunistes, conscients de ce que l’alternative n’est plus l’UDPS, tentent déjà de présenter des équipes de remplacement au gouvernement de L.D. Kabila.

Avec tous les moyens des " biens mal acquis " durant le mobutisme, d’autres vont plus loin et préparent les troupes de mercenaires chargées de renverser Kabila et l’AFDL.

Les gouvernements européens, en général, assistent en spectateur à tout ce remue-ménage africain. Impuissants, parfois complices et estimant que ce n’est plus de leur intérêt propre (il n’y a plus de return africain), ils laissent faire et refusent par inertie de " donner leurs chances " à ceux qui ont, avec détermination et continuité, mis fin au mobutisme.

Les efforts engagés pour redresser la situation tant dans le domaine des infrastructures routières que portuaires, qu’en matière de santé, d’éducation, d’agriculture ou encore de sécurité et de redéploiement de la fonction publique, sont négligés par un Occident frustré et blasé.

Cette absence d’un appui réel, même s’il avait pu être accompagné de conditions en matière de droits de l’homme et de démocratie, est une porte largement ouverte aux aventuriers prédateurs d’un pays aux ressources importantes.

La démocratie et le soutien au peuple congolais ne trouvent pas leur compte à ce petit jeu. Est-il déjà écrit que l’Alliance de L.D. Kabila, parce qu’elle portait en elle les germes d’une alternative populaire en Afrique Centrale, connaîtra le sort de l’Unité Populaire de S. Allende ou de la révolution burkinabé de Sankara.

Pierre Galand.

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