Appel à la communauté
internationale pour arrêter les massacres des populations de la région du Kivu (Est du
Congo) et du plan d'annexion de ce territoire par les pays voisins.Contrairement aux informations partiales disséminées
volontairement dans certains médias, les tensions observées depuis 4 mois dans la
région du Kivu et les massacres quotidiens qui en découlent ne résultent pas de
rivalités ethniques ou tribales entre Banyamulenge et les autres ethnies de la région.
Les associations de droits de l'homme dénoncent de
nombreuses exactions à l'égard des populations du Kivu. Les communiqués à propos des
massacres de plus de 300 femmes et adolescents à Butembo, de plus de 126 personnes à
Uvira, villages incendiés à Walikale, etc. en témoignent.
Les différentes communautés de cette région ont
toujours vécu ensemble sans confrontation armée. Depuis 1959, les populations de cette
région ont accueilli et aidé les réfugiés aussi bien Hutu que Tutsi fuyant les
différents conflits du Rwanda et du Burundi.
Les tensions et massacres en cours ainsi que l'offensive
militaire qui se prépare contre cette région vise à éliminer un grand nombre
d'habitants de la région. Cela est inscrit dans la logique du prolongement de la guerre
déclenchée en octobre 1996 qui visait non seulement le démantèlement des camps de
réfugiés et le départ du dictateur Mobutu mais aussi et surtout la réalisation d'un
plan ancien d'occupation de la région et d'en faire une colonie de peuplement.
Pour y arriver, dans un premier temps le conflit
inter-ethnique du Rwanda a été exporté sur le territoire congolais. Dans un deuxième
temps, on a crée des conflits qui n'ont jamais existé entre les Banyamulenge et les
autres ethnies de la région pour faire réagir leurs victimes et donner ainsi une
justification d'intervention et d'occupation du territoire par les puissances protectrices
extérieures.
Face à ce risque de massacres à grande échelle qui est
de plus en plus réel et aux inquiétudes de voir la "cisjordanisation" de ce
territoire, le peuple du Kivu lance un appel solennel à la Communauté internationale,
aux hommes politiques des puissances de ce monde, aux organisations non gouvernementales,
aux multinationales minières aux médias de prendre conscience de la gravité de la
situation du Kivu et d'arrêter cette guerre injuste qu'on lui impose.
Ne rien faire, c'est condamner à mort 7 millions
d'hommes, femmes et enfants que compte cette région.
AGISSER AVANT QU'IL NE SOIT TROP TARD!
Les pages qui suivent aideront le lecteur à se rendre
compte de l'urgence de l'action.
1. Contexte
Les derniers événements de Bukavu et Butembo
respectivement dans le Sud et le Nord Kivu appellent à une mobilisation de la Communauté
Internationale pour éviter des massacres à plus grande échelle dont risquent les
populations civiles de la province du Kivu à l'Est du Congo-Zaïre. Contrairement aux
informations diffusées dans les médias occidentaux en particulier, les récents
massacres de Butembo et la mutinerie des soldats "banyamulenge" ne résultent
pas de simples tensions ethniques ou tribales à l'Est du Congo-Zaïre mais s'inscrivent
dans la logique du déclenchement des hostilités en Octobre 1996 et planifiée depuis
plusieurs années.
Au début de la guerre en 1996, les raisons suivantes ont
été évoquées pour justifier l'intervention des forces rwandaises, ougandaises et
burundaises :
démanteler les camps de refugiés hutu rwandais qui
servaient de bases d'appui pour lancer des attaques contre leur pays le Rwanda ;
chasser le régime dictatorial de Mobutu ;
recouvrer la nationalité zaïroise pour le groupe
ethnique tutsi rwandais installé au Zaïre, les "banyamulenge" .
Plus d'une année après la prise de Bukavu et dix mois
après la prise de la capitale Kinshasa, on constate qu'effectivement ces trois objectifs
ont été atteints. En ce qui concerne le dernier, le Président de la Commission
constitutionnelle Anicet KASHAMURA a déclaré que les Banyamulenge étaient des congolais
comme tous les autres, chose que le Président Kabila avait lui-même affirmée dans son
discours à Bukavu en janvier dernier devant les notables et intellectuels du Sud-Kivu.
Même après avoir obtenu satisfaction sur les objectifs
déclarés, force est de constater que le corps expéditionnaire rwandais, ougandais et
burundais est plus que jamais présent au Congo-Zaïre avec une très forte concentration
au Kivu. Tous les postes clés de l'Armée Nationale, de la sécurité et de l'économie
tant au niveau national que provincial sont occupés par les rwandais et/ou ougandais. Au
vu de ce qui précède, des massacres perpétrées sur les populations locales du Kivu du
discours du Président Kabila à Bukavu au mois de janvier ainsi que les dernières
revendications des soldats "banyamulenge", nous disons que les objectifs visés
par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi sont autres.
2. Massacres et intimidations à l'encontre des
populations du Kivu
Depuis l'attaque sur le Kivu en 1996, plusieurs massacres
ont été perpétrées à l'encontre des populations du Kivu d'une manière systématique
au Nord-Kivu et de façon ciblée au sud-Kivu. Sans parler des massacres des réfugiés
rwandais hutu que la mort avait poursuivi jusqu'aux extrémités de la forêt tropicale
zaïroise, nous donnons ci-dessous un échantillon des tueries et exactions sur les
populations civiles innocentes du Kivu. Ces actes délibérées de violation de droits de
l'homme continuent à l'heure actuelle avec une ampleur inégalée sous les yeux du
gouvernement national.
En 1996 :
Entre septembre et octobre plus de 500 personnes civiles
ont été tuées par les Banyamulenge dans les zones de Fizi et Uvira.
Après la prise de Bukavu, on a dénombré plus de 1500
corps parmi lesquels celui de Monseigneur Munzihirwa Archevêque de Bukavu, de plusieurs
intellectuels, hommes d'affaires et de simples citoyens. Même si on peut évoquer la
situation de guerre, rien ne justifie un nombre si élevé de victimes alors que la ville
avait déjà été évacuée par les soldats de l'armée gouvernementale.
Un nombre aussi impressionnant de morts (plus de 3000
corps découverts) a été enregistré à Goma lors de l'assaut et la prise de cette ville
par les forces de l'AFDL en novembre 1996.
Au fur et à mesure de l'avancée des forces de l'AFDL à
dominance tutsi, des populations du Kivu (Masisi, Walikale, Bunyakiri, ...etc) ont été
également massacrées. Des villages entiers ont été brûlés. Les témoignages
recueillis par les enquêteurs de l'Organisation Human Right Watch sont assez édifiants
à ce sujet.
En 1997 :
Le lundi 26 mai 1997, 126 paisibles citoyens sont tués
par les forces de l'AFDL, à Uvira, Sud-Kivu pour avoir emmené, devant les bureaux de
l'AFDL, les cadavres des leurs tués et égorgés la veille.
Vers la fin de l'année 1997, une expédition punitive
ordonnée par les forces de l'AFDL à dominance et contrôlée par les tutsi inflige la
mort à plus de 100 paisibles villageois (hommes, femmes et enfants) dans la collectivité
locale de Luhwindja, zone de Walungu. Sous prétexte de rechercher des combattants May-May
des massacres systématiques et massives opérées dans les zones de Masisi et Walikale
font légion.
En 1998 :
L'arrestation des chefs coutumiers NGWESHE Ndatabaye,
KABARE Désiré, NNANINDJA, de trois universitaires RUHIGITA Majagira, MASU GA RUGAMIKA et
BABUNGA ainsi que d'autres personnalités telles que MUSHEGERA, CUBAKA au mois de janvier
montre clairement une volonté de décapiter la région du Kivu de ses forces vives
locales.
Le Nord-Kivu et plus particulièrement la ville de Butembo
a vécu un mois de février / mars atroce. Encore une fois sous prétexte de rechercher
les combattants May-May, les soldats de l'AFDL appuyés cette fois-ci de militaires venus
d'Ouganda et des combattants érythréens, éthiopiens et somaliens ont massacré
plusieurs centaines de jeunes gens âgés de 15 à 30 ans. L'Organisation des droits de
l'homme AZADHO a fait état de 300 morts dénombrés mais l'empleur des massacres fait
craindre que le chiffre réel ne soit supérieur à 1000 tués.
Plusieurs villages aux alentours de Butembo et du Lac
Edouard ont été brûlés.
Cette liste macabre est malheureusement très longue, il
est impossible de donner tous les détails dans un document de quelques pages comme
celui-ci. Ainsi nous l'arrêtons volontairement ici.
3. La population du Kivu est pacifique et veut la paix
En dépit de ces massacres et actes d'humiliation et même
de harassements et provocations dont sont victimes les populations du Kivu, celles-ci ont
fait preuve de courage, de retenue et de sagesse. Cette attitude pacifique a été
prouvée à plusieurs occasions.
Depuis plusieurs décennies, il n'y a jamais eu de guerres
ethniques ou tribales entre les populations du Kivu susceptibles de mettre en danger
l'équilibre et la paix en Afrique Centrale. Les quelques problèmes qui ont surgi d'ici
et là ont été résolus pacifiquement sans recourir aux armes. Même les pratiques
politiciennes des régimes dictatoriaux que le Zaïre a connu n'ont pas vraiment opposé
les peuples du Kivu jusqu'à l'affrontement armé. Tous les conflits de grande envergure
ont eu comme origine le Rwanda et le Burundi et ont été exportés vers le Kivu par ces
protagonistes. C'est cette guerre injustement exportée que le Kivu ne veut plus.
Depuis la victoire de l'AFDL sur les troupes de Mobutu,
aucun acte de vengeance n'a été enregistré à l'encontre des tutsi rwandais ou
zaïrois, même après la mort de Mgr MUNZIHIRWA et l'occupation / spoliation de leurs
biens ; la méfiance observée ces derniers jours n'est que le résultat des menaces et
intimidations proférées à leur égard par les rwandais.
Lors de la conférence provinciale préparatoire à la
Conférence Nationale sur la Reconstruction, les délégués du Sud-Kivu réunis à Bukavu
ont exprimé leur point de vue en 32 propositions dont voici un extrait :
Proposition no 3 : Que soient éliminées de notre
province ces ambiguïtés étranges : subdivisions administrative, militaire, ecclésiale
et sanitaire qui font dépendre Shabunda de Maniema ou du Kasa Oriental, Idjwi du
Nord-Kivu ou du Rwanda, Kalehe du Nord-Kivu et la suite !
Proposition no 4 : Que soit vite appliquée la loi no
81-002 du 29 juin 1981 sur la nationalité pour mettre fin à l'apatridie des uns et à la
nationalité transfrontière des autres.
Proposition no 6 : Que nous soit évitée nous autres
populations congolaises cette irrationalité de devoir continuer à subir sur le sol de
nos aïeux les horreurs et les turpitudes relatives aux conflits entre factions armées du
Rwanda et du Burundi ;
Proposition no 7 : Au nom de l'unité nationale, que soit
rétabli le dialogue avec les Mayi Mayi et autres insurgés de même obédience ;
Proposition no 10 : Que soient désarmées sans conditions
toutes les populations civiles qui détiennent illégalement par devers elles des armes de
guerre ;
Proposition no 28 : Que soient libérés nos compatriotes
congolais détenus depuis 1994 dans les prisons rwandaises, telles que celles de la
préfecture de Kikongoro, etc...
Proposition no 30 : Que soient reprises les activités des
partis politiques. Peu avant la mutinerie des milices banyamulenge dont nous parlerons
ci-dessous, les populations bembe ont remis aux autorités les armes qu'elles détenaient.
Les autres n'ont pas fait de même.
Plusieurs commissions de pacification ou de
réconciliation ont été mises sur pied soit par les autorités nationales, soit au
niveau de la province. Dans toutes ces commissions la volonté et le désir de la paix
était clairement exprimées par la population du Kivu. Seule chose qu'elle n'admet pas :
l'occupation et l'humiliation par des puissances étrangères.
4. Le discours du Président Kabila à Bukavu 25 janvier
1998
Il est difficile de s'imaginer qu'un Président de la
république qui aime son pays et son peuple puisse prononcer un tel discours plein de
menaces et de mépris à l'encontre de ceux-là même qu'il est sensé servir et
protéger. On peut cependant observer des éloges à ses amis rwandais. A moins d'une
manoeuvre politique au vu de ce discours il est difficile de croire que le Président
tente de se libérer de ses amis et jouer le jeu des zaïro-congolais. Le contenu de ce
discours est en flagrante contradiction avec la mutinerie banyamulenge un mois plus tard
toujours à Bukavu (voir ci-dessous). Voici un extrait de ce discours (traduit du Swahili
à partir d'une bande sonore).
".... Donc qu'on ne vienne pas nous intimider avec
les histoires d'intellectuels; c'est absolument rien du tout. Parce que Mobutu il a vu
comment il les a utilises, il a constate que c'etait des gens qui ne valaient rien, il les
a compromis dans tous les sens et ils les montre comme des gens peu recommandables et en
qui on ne peut avoir confiance. Ce sont des gens qui vendent le pays tous les jours. Ceux
que nous sommes en train de traquer a l'extérieur du pays, disent qu'ils viendront nous
renverser. Ce sont eux qui après avoir mangé avec Mobutu se jettent encore à
l'aventure. Ainsi donc, j'ai voulu vous dire la vérité': la mesure grave que j'ai voulu
prendre hier, c'est la proclamation de "l'état d'urgence", et nommer un
administrateur qui serait responsable de la cour martiale. "VOUS AURIEZ 24 HEURES SUR
24 HEURES DE COUVRE - FEU ET CHAQUE MAISON SERAIT FOUILLEE POUR CHERCHER DES PREUVES
D'APPARTENANCE AUX MAI-MAI ET CELUI QUI SERAIT ATTRAPPE', FUSILE' SUR PLACE. C'EST CA! Le
monde allait pleurer, mais il me connaissent assez; je suis dur ! Ils ne viendront pas
faire quelque chose ici. Ils auraient pu venir quand nous étions en train de nous armer.
Ce n'est plus avec deux cent mille hommes bien armés, bien équipés que quelqu'un
viendra s'amuser ici".
J'allais envoyer ici cent mille soldats: ou est ce que
vous seriez? ce n'est pas de l'amusement, nous ne sommes plus a' l'époque de Mobutu.....
... Celui qui veut me dénoncer n'a qu'a' me dénoncer.
Voyez-vous nous avons les moyens de montrer a tout le monde que nous sommes capables de
mettre hors d'etat de nuire tous ces Bahutu. Et le travail nous allons le laisser à nos
troupes, à la police... L'armée que j'allais envoyer ici, les trente mille hommes qui
devaient descendre ici, j'ai stoppe' leur mouvement. Nous allons d'abord utiliser les
troupes qui sont ici parce qu'elles n'ont pas encore commence' leur travail.
5. La mutinerie Banyamulenge de février 1998
Au mois de février 1998, des perquisitions sont
organisées par les forces armées dans les maisons habitées par des civils dans la ville
de Bukavu. Une quantité impressionnante d'armes de guerre (lourdes et légères) est
ainsi découverte dans les habitations de certains banyamulenge parmi lesquels le
vice-gouverneur lui-même tutsi. Suite à cette perquisition les banyamulenge sont
mécontents et décident de quitter la ville. Bénéficiant d'une certaine complicité au
camp militaire Saïo, ils récupèrent leurs armes et prennent la direction d'Uvira d'où
ils formulent les revendications suivantes : ils refusent d'etre envoyés ailleurs au
Congo.
Ils veulent une unité monoéthnique au sein de l'armée ,
et rester au Kivu. Ils refusent que l'administration procède à une mutation des agents
Banyamulenge travaillant au Kivu. Ils refusent de désarmer leurs milices comme l'ont fait
leurs voisins Babembe (ceux -ci ont déposé 6.000 armes à feux en signe de leur
engagement pour la paix). Ils s'opposent aux perquisitions des militaires dans leurs
maisons. Ils veulent que la zone de Fizi soit déclarée leur territoire et dirigée par
les chefs banyamulenge.(sources : interview des représentants des rebelles). Plus tard
ils en ajouteront d'autres revendications : former 75 % de l'effectif de l'armée
congolaise toute la bande territoriale de Kalemie à Beni doit leur appartenir !
Dans l'entre-temps des messages concernant cette mutinerie
circulaient sur le réseau internet. L'un faisant état de l'interview d'un des leurs
chefs Mr Müller Ruhimbika qui aurait fait une déclaration à la BBC menaçant une guerre
de reconquête du Kivu car Kabila a failli à sa mission. L'autre était un interview d'un
autre chef des banyamulenge à l'AFP dont voici un extrait (NAIROBI, 26 fev (AFP)) :
........ Un Munyamulenge a affirmé à l'AFP à Bujumbura
que "le chef actuel de la sécurité intérieure (Agence nationale de renseignements,
ANR) dans le Sud-Kivu, Miela Mwanzo (un ancien chef adjoint de sécurité sous le régime
Mobutu) est implique dans le massacre de quelque 4.000 Banyamulenge tues avant et pendant
la guerre dans l'est de l'ex-Zaïre". La "communauté est choquée par
l'attitude du gouvernement" et "près de mille soldats Banyamulenge ont
déserté l'armée de Laurent-Désiré Kabila", a-t-il dit.
"On nous force a quitter la région du Kivu, mais
nous ne pouvons accepter de laisser nos familles dans l'insécurité", a affirme a
l'AFP le Munyamulenge en precisant qu'une centaine de membres de sa communauté avaient
été tués après la guerre, soit lors d'attaques de guerriers Mai-Mai dans les hauts
plateaux, soit lors des lynchages. "Nous ne pouvons pas quitter la région du Kivu,
nous nous battrons comme nous l'avons fait sous Mobutu et quiconque veut occuper le Kivu
le fera après la mort du dernier Munyamulenge", a-t-il conclu.
Selon une autre source ayant requis l'anonymat, le
gouvernement joue le jeu des autres tribus, et force les Banyamulenge à céder leurs
postes (dans l'administration, l'armée et a l'agence nationale du renseignement) aux
Congolais qui avaient fui la guerre et qui reviennent".
Des organisations humanitaires a Nairobi se font
également l'écho de tensions dans le sud-Kivu, a Uvira et Bukavu. Dans cette dernière
ville, la sécurité serait assurée directement par des soldats rwandais. Des soldats
rwandais et ougandais sont toujours dans l'armée congolaise et il est très difficile
d'établir si ces militaires rwandais relèvent du commandement de Kinshasa ou,
directement, de Kigali...
Dans sa réaction au message circulant sur le réseau
internet Mr Ruhimbika a qualifié les populations du Kivu de génocidaires. Ceci est une
accusation grave.
Il doit savoir que les fils et les filles du Kivu n'ont
aucune responsabilité dans le génocide des tutsi ou de hutu où que ce soit, au Rwanda,
au Burundi ou au Congo. Ils ne doivent donc pas être traités de génocidaires surtout
quand on sait combien ils ont souffert pour accueillir et protéger les réfugiés
rwandais et burundais aussi bien tutsi que hutu.
6. Des interrogations suite à cette mutinerie
Cette déclaration en dit long sur les vraies raisons de
la mutinerie de février et sème en même temps un trouble profond dans les esprits si
l'on se souvient que :
C'est le groupe banyamulenge avec l'appui des rwandais et
ougandais qui a permis à Kabila de prendre le pouvoir à Kinshasa. D'ailleurs ils ne se
gênent pas de déclarer tout haut que c'est eux qui ont fabriqué Kabila à Kigali.
Tous les secteurs clés de la vie du pays (politique,
militaire et économique) sont contrôlés soit par des tutsi congolais soit directement
par des tutsis rwandais et/ou ougandais. Cette déclaration à l'AFP montre encore une
fois une victimisation du groupe éthnique tutsi en gonflant artificiellement les
chiffres. Des négociations entre mutins et gouvernement ont eu lieu et ont abouti à une
amnistie pure et simple sans qu'une sanction ne soit prise. Même les civils qui
détenaient illégalement des armes ont été réhabilités dans leurs fonctions.
Pourquoi alors de simples citoyens sont-ils fusillés sur
la place publique pour avoir volé une banane au moment même où un groupe armé qui
menace la stabilité de tout un pays est laissé en liberté ?
Au nom de quel principe un groupe de 40.000 personnes qui
se réclament des citoyens comme tous les autres peuvent-ils revendiquer 75 % d'effectifs
de l'armée nationale d'un pays de 50 millions d'habitants ? Une mutation administrative
somme toute normale et courante peut-elle être assimilée à une volonté de chasser les
banyamulenge du Kivu ?
7. Qui veut la guerre au Kivu et pourquoi ?
Les contradictions entre les propos d'un Président qui
défend ses alliés et les alliés qui veulent combattre le Président montrent à coup
sûr que quelque part il y a eu non respect de la parole donnée : les objectifs réels de
la guerre n'ont pas été atteints.
La vérité est que les puissances limitrophes du
Congo-Zaïre (Rwanda, Burundi, Ouganda) ont des velléités territoriales sur le
Congo-Zaïre. Tout le monde se souviendra des présentations du Président rwandais,
Pasteur BIZIMUNGU, cartes à l'appui, au début de la guerre revendiquant une portion du
territoire congolais.
La volonté du Président ougandais de constituer une
confédération d'états des Grands Lacs sous sa houlette n'est plus un secret. Les
ressources naturelles du Kivu suscitent beaucoup de convoitises et des sociétés
multinationales minières aimeraient en assurer le monopole d'exploitation.
Le groupe banyamulenge en particulier et les tutsi en
général projettent créer un nouvel état (un tutsiland ou même un himaland) au Kivu
autonome et ancré sur le Rwanda et le Burundi. Parmi les promesses non tenues de la part
de Kabila il y aurait la satisfaction de ce voeu en guise de récompense ou butin de
guerre pour la chute de Mobutu. Les conditions actuelles ne permettant pas de tenir ces
promesses, on crie à la trahison.
La conséquence de toutes ces contradictions et mensonges
est l'aggravation des tensions entre les populations du Kivu et les rwandais qui malgré
tout pour accéder à leurs revendications préfèrent faire à nouveau la guerre.
D'après des sources concordantes, les hostilités peuvent éclater d'un moment à
l'autre.
Plusieurs centaines de soldats rwandais, burundais et
ougandais sont en effet stationnés au Kivu et aux frontières.
8. Les menaces d'extermination des populations autochtones
du Kivu
Une organisation rwandaise de droits de l'homme en exil a
déclaré récemment
(NAIROBI, Feb 20 (AFP)) que les quatre pays Ouganda,
Rwanda, Burundi et R.D.C. sont en train de mettre sur pied un plan d'élimination de
groupes éthniques hostiles vivant sur leurs frontières communes (Nande, Shi, Bembe,
Vira, ...) pour les remplacer par des populations tutsi. considérées comme moins
hostiles.
Les chefs militaires des pays concernés travailleraient
sur ce plan.
Cette information est à prendre au sérieux, elle va dans
le même sens que les menaces proférées par le Président Kabila lors de son discours du
28 janvier à Bukavu devant les notables et intellectuels du Sud-Kivu.
Les populations tutsi sont préparées à une telle
guerre, sinon il n'y a pas d'autre explications à la quantité d'armes retrouvées chez
les civils banyamulenge lors des perquisitions du mois de février.
Il semble qu'une telle attaque devrait avoir lieu durant
l'attaque que les USA allaient lancer sur l'Irak pour bénéficier du fait que la
communauté internationale aurait les yeux tournés vers le Moyen-Orient et ne pas
s'intéresser à ce qui se passe en Afrique Centrale. Malheureusement ces frappes n'ont
pas eu lieu et la stratégie a dû être modifiée. Les mots d'ordre pour cette
opérations auraient été les suivants :
Tout jeune homme non tutsi est réellement ou
potentiellement Mayi-Mayi ou Interhamwe, il doit être éliminé ;
Toute personne de sexe masculin qui sait épeler son nom
ou riche est un mobutiste, il doit être éliminé ;
Comme avant, ne laissez pas de traces ;
Ne prenez pas de prisonniers.
Tenant compte du sort qui a été réservé aux réfugiés
hutu et plus récemment les événements Butembo, ces menaces sont à prendre au sérieux,
les populations du Kivu ont toutes les raisons de s'inquiéter. Tout doit être mis en
oeuvre pour que de tels horreurs ne se reproduisent plus.
9. APPEL AUX SPONSORS ET AUX LOBBIES
Toutes les organisations "humanitaires" qui
financent les ONG tutsi telle le Groupe Milima doivent savoir que l'argent versé à cette
organisation ou à d'autre du même genre est utilisé non pas pour financer des projets
de développement mais pour l'achat des armes utilisées pour massacrer les populations
civiles du Kivu. Elles sont priées de stopper ce financement. Dans le cas contraire ces
organisations seraient complices et co-responsables de la tragédie qui se joue au Kivu.
Des sociétés minières ou autres exploitant les
ressources naturelles du Kivu doivent savoir que leurs intérêts ne peuvent être
préservés que si une paix durable existe au Kivu et dans tout le pays. En conséquence
elles sont priées de cesser toute activité visant à déstabiliser la région.
10. APPEL SOLENNEL A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE
L'appel à la Communauté Internationale se résume en ce
cri d'alarme poussé par les paysans des villages du Kivu (Mugogo, Kalonge, Lurhala, ...)
que voici : Que tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir à quelque niveau que ce soit de
tout mettre en oeuvre pour éradiquer ce mal qui a élu domicile dans les localités de
Mugogo et de Bugobe, ...
Pour cela :
que soit mis fin à l'impunité de ceux là qui
distribuent la mort comme de petits pains
que tout soit mis en oeuvre pour éviter la sécession du
Kivu qui serait suivie d'une annexion de cette province aux puissances limitrophes et de
l'effondrement du Congo-Zaïre
que soit mis fin à la présence de troupes étrangères
sur le territoire national et écarter ainsi cette menace d'envahissement ou de
reconquête du Kivu
que des pressions suffisantes soient exercées sur le
Président Kabila pour qu'il libère tous les prisonniers politiques et d'opinion et qu'il
instaure un dialogue démocratique seul capable de garantir la paix et la stabilité du
pays et de la Région des Grands lacs.
qu'il soit mis fin aux velléités territoriales de la
part des puissances limitrophes du Congo et que l'intégrité territoriale du pays soit
garantie.