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Que penser des provocations et de la haine? (à propos des injures, insultes et menaces)
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Pr Gérard Buakasa
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Pour avoir décidé de parler pour l'AFDL sur l'Internet, mon collègue Albert Djolosoko Lomomba et moi-même, nous sommes l'objet d'injures et de menaces. N'eut été le contrôle exercé, pour des raisons d'éthique, par les responsables de cette autoroute (l'Internet), il y a de fortes chances que beaucoup de gros mots de honte (makambo ya nsoni) nous soient tombés sur la figure. Il n'empêche que même alors injures, insultes et menaces sont courantes, même sur l'Internet, mais surtout dans la rue et lors des rencontres publiques congolaises, à l'occasion, par exemple, des deuils ou des fêtes. De plus, des appels d'amis ne manquent pas de nous signaler et de nous prévenir des intentions ou des projets bien arrêtés de nous molester ou attaquer, comme ce fut le cas à l'endroit du Ministre Congolais Kibasa Maliba qui était récemment de passage à Montréal, à Ottawa et à Toronto.

Parmi les personnes qui nous attaquent ou qui nous menacent, il y a un qui m'a dit, pour ce qui me concerne personnellement, que je devrais avoir honte d'être pour Kabila et que je ne connais pas les réalités de mon pays, parce que je vis à l'étranger.

Mon collègue Albert Djolosoko Lomomba a déjà eu l'occasion, sur le plan strictement de l'éthique politique, de bien répondre à cet état d'esprit qui se complaît dans des injures, des insultes et des menaces de la part des gens qui disent pourtant se réclamer de la démocratie. Je ne voudrais donc pas y revenir. Par contre, deux questions n'ont pas été abordées :
a) la première peut être formulée de la manière suivante : est-il possible de connaître la vie comme elle va chez nous, au Congo, en restant vivre à l'étranger?
b) devrais-je d'abord être en accord avec mes adversaires - politiques - pour avoir raison dans l'analyse des faits de chez nous?

En réponse à la première question, je voudrais me résumer en recourant à l'analyse faite, voici maintenant dix ans, par mon ami Paulin-Joachin Hountondji, grand philosophe africain d'origine béninoise bien connu des milieux universitaires congolais. Qu'a-t-il dit? Utilisant le schéma de Samir Amin, Hountondji a dit à la décade de Georges Balandier organisée en France, qu'au même titre que les matières premières du domaine économique qui circulent librement de la périphérie (tiers-monde) au centre (pays développés), ainsi les informations de tous les secteurs confondus circulent librement, elles aussi, de la périphérie au centre des décisions.

Certes, cela ne veut pas dire qu'aller sur le terrain pour voir et observer les faits est devenu inutile; mais que, comme le dit aussi Marc Augé, de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris, en ces temps de la société postmoderne, voire surmoderne, caractérisée par une surabondance ou par un excès de temps et d'espace, les Africains sont à la portée de tout le monde, en particulier du centre. A la limite, on peut ajouter que tout lecteur ou tout auditeur de n'importe où au monde est, sans difficulté, au courant des nouvelles africaines à partir des media, particulièrement ceux du centre du monde. Il suffit de songer à l'importance des journaux et des télévisions des pays étrangers, tout au moins pour les cadres africains en général, l'intelligentsia en particulier. C'est ce qui fait qu'en Afrique-même, nos intellos ne semblent pas donner des assurances de bien voir, alors qu'ils sont sur place, parce qu'ils reproduisent souvent les clichés des médias ou réagissen!
t selon TV 5, Le Monde, etc. Simplement, parce que les Cadres africains n'ont pas un lieu autonome à eux d'information et de formation en rapport avec les intérêts de leurs peuples; ils sont eux-mêmes piégé et les Nelson Mandela ne sont pas nombreux.

En conséquence, dire que vivre à l'étranger équivaut à ignorer la réalité de son pays est complètement à revoir. Sauf pour une chose qui reste un privilège de celui qui vit sur place : l'intimité, l'autochtonie, l'expérience des faits.

Sur la deuxième question, je ne m'attarderai pas longtemps. En quelques mots, je dirais que je ne cherche qu'à m'impliquer, qu'à m'engager avec ma tête et mon cœur. J'ai donné, à propos, mes raisons de croire, par écrit, qui m'ont amené à me voir dans le gouvernement de salut public dirigé par le Président Laurent Désiré Kabila, sur cet Internet : depuis ma jeunesse, lorsque je fus sur les bancs de l'école d'abord à l'Université de Louvain, ensuite à l'Université de Paris-Nanterre et enfin à la Sorbonne, puis j'ai maintenant 60 ans d'âge, jusque-là, j'ai toujours vécu à la périphérie, comme un simple professeur d'université, on m'a offert des postes que j'ai refusés sous le régime de dictature, puis je me suis enfui dans un pays étranger, le Canada; et depuis cet itinéraire j'ai des relations, des amis et une grande expérience. A travers cet itinéraire, surtout à partir de mon passage au sein de l'Union Générale des Étudiants Congolais - UGEC - où j'ai eu ma première expérience politique, c'est la même espérance en une vie meilleure pour tous: moi-même, ma famille au sens de mes Ancêtres, mon pays ou mon peuple.

Si cela doit me valoir des insultes, des injures ou des menaces, j'appelle cela de la provocation. Mais je ne suis pas prêt à suivre les provocateurs. Quand quelqu'un insulte, injurie ou menace quelqu'un d'autre, il commet là des actes d'émotion, en particulier de colère dont je voudrais bien me priver; et pour ce faire, je voudrais m'armer d'un proverbe de chez moi, en pays kongo, qui dit : " quand tu poursuis un fou, qui est nu, veille à ce que tu sois habillé correctement, pour ne pas lui ressembler ". Je n'ai donc que faire des provocateurs, les provocations engendrant la haine, alors que moi je n'ai que faire de la haine qui est douloureuse à vivre. J'essaie donc d'être prudent et de cultiver cette prudence, pour ne pas tomber dans cet état d'âme de haine.

La démarche de la haine est difficile; elle fait souffrir inutilement, gratuitement. Ensuite, elle diminue ou fait baisser l'intelligence et le calme nécessaires pour embrasser les problèmes de notre pays et bien les résoudre dans le calme. J'ai justement envie de rester calme, intelligent comme je le peux et, si possible, davantage. Enfin, elle détourne du chemin qui ramène au pays même si on est dans le pays. Elle éloigne des ressources dont le peuple a tant besoin pour lui servir de point d'appui.

Pour réussir cette démarche, je me soustrais du lieu d'où les provocateurs parlent pour privilégier celui de nos valeurs de tradition, de quiétude et de transcendance.

Pr. Gérard Buakasa

Afdl – Canada

Secrétaire Général du Comité Exécutif Fédéral

kd491862@er.uqam.ca

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